Refaire ses valises pour la France, la mort dans l’âme…

Quel déchirement à chaque fois de quitter ce pays. Refaire ses valises la mort dans l’âme. Arriver à Ben Gourion. Apercevoir la tour de contrôle qui doit guider mon avion et me ramener dans ce pays où c’est moi qui aujourd’hui me sens étrangère parce que je ne le reconnais plus. Pendant la période estivale, Coolamnews vous propose une sélection des meilleurs articles ou vidéos des années écoulées. Bonne (re) lecture ou visionnage. Article publié le 04 mars 2018.

Décollage…déchirement…comme un lambeau de peau qui s’arrache à chaque fois que je quitte ce minuscule pays qu’est  Israël.

Ce pays, je le trouve si éloigné du charme et de l’esthétisme des pays européens. Si éloigné d’une certaine conception de l’élégance. Ce pays qui me fait un peu penser à un homme qui n’est pas beau mais avec qui je me sens en osmose, en fusion totale. Le complément d’âme qui me manque.

Ce pays de dingues. De fous furieux. Ce pays orgueilleux à outrance avec toute l’audace et aussi toute l’indécence que cela peut supposer parfois.

Le seul sur cette petite planète où je ne suis pas l’étrangère. La voisine estampillée ‘ juive ‘.

Alors pas après pas, je suis la procédure. Parking. Pieds en plomb et parfois cœur au bord des larmes.

Si stupides larmes. La file d’attente. L’enregistrement. La douane, puis la fameuse place ronde des duty free où j’essaie d’oublier ce pincement, cette crampe abdominale qui à chaque départ m’assiège.

Qu’est-ce que je laisse ici de moi qui me touche tant? Pourquoi repartons-nous si nous l’aimons tant ce pays? Pourquoi nous contentons nous d’y passer quelques jours. Quelques semaines puis de reprendre ce fichu vol de retour ?

Depuis quelques temps…je me sens comme en exil en France.

Qu’en reste-t-il de la France de mon enfance ? Pays pour lequel mon grand-père a combattu. Pays des lumières quelque peu éteintes et qui semblent avoir des difficultés à se rallumer.

Ce miroir au visage écorché et parfois même égorgé. Me mobiliserais-je en cas de guerre pour ce pays? Mourrais-je pour ce pays. Y mourrais-je alors qu’y vivre comme femme  juive est devenu dangereux?

Je crois qu’on est vivant tant qu’on est fort. Tant qu’on croit en une communauté de valeurs.

C’était il y a 3 ans. Attentats. Bataclan. Hypercacher. Nice. Belgique. Les cadavres, le sang, les cris, l’odeur.

C’était il y 1,5 ans. Un taxi. Un concert. Les barbus. Pas les nôtres. Les autres. Ceux qui tuent au nom de leur religion. La peur présente.

L’évitement omniprésent des gouvernants. Leur déni systématique. Leur collaboration avec le terrorisme. La montée des extrêmes politiques. Notre gouvernement aux abonnés absents hiérarchisant les morts. Niant les actes antisémites.

Un gouvernement qui pathologise jusqu’à créer une nouvelle maladie: les humains « déséquilibrés » et les véhicules qui perdent seuls le contrôle. Massacrant. Egorgeant jeunes femmes, aspergeant enfants et écrasant tout sur son passage.

Non, en France il n y a pas d’Islamisme et c’est d’ailleurs pour cela qu’aucune agression, qu’aucun crime, qu’aucun attentat n’est commis au cri d’Allah Akbar !

Tout cela est dans notre imagination, nous les français de religion juive. Des paranoïaques les juifs c’est bien connu.

Ni dhimmitude, ni déportation, ni pogrom, ni shoah. D’ailleurs les pays arabes sont florissants de leur communauté juive !

Nous, les juifs comme ils disent « Yehoud ». Nous serions les canaris des mines? Les lanceurs d’alerte annonçant le coup de grisou?

Tout cela n’est que dans notre tête…ici tout va bien. Tout – va – bien.

Secourir, être utile à son prochain

Aussi, lorsque j’ai appris qu’un stage de secourisme avancé en milieu extrême avec une option Kravmaga allait ouvrir ses portes, je m’y suis inscrite sans hésitation.

Secourir, être utile à son prochain. Tant de valeurs fraternelles qui me semblent mises à mal. Aider…être utile dans l’ombre, transmettre, aider à réparer. Soigner.

Rendre à une minuscule échelle le monde meilleur. Secourir un être humain c’est comme une transmission. Comme compresser son cœur pour ranimer son souffle de vie. Pour l’empêcher coûte que coûte de s’échappe à jamais..

À l’aide de quelques gestes simples. Cette vie si précieuse, cette flamme si éphémère restera en lui. Et dans ce geste, c’est un peu de nous qui survivra alors en lui, pour la vie. Un peu Comme le ferait un don d’organe. En lui à jamais. Qu’il en ai conscience ou pas.

Nous sommes quelques-uns, des milliers dans le monde, à trouver que rien n’est plus gratifiant que ces gestes d’urgence qui sauvent. Non juifs, juifs, croyants, non croyants. Tous viennent à ce stage faire don de leur générosité en échange d’un apprentissage vital. Cette expérience émotionnelle intense, ni la richesse et ni la gloire ne la permettent.

Cette inégalable gratification d’œuvrer à sauver. Ou à perdre.

Venir à ce stage c’est aussi rechercher et trouver la fraternité autour de valeurs communes. Y a-t-il plus grand sens d’une vie que celui d’être UTILE..

Le dernier combat

À 49 ans, la survivante assumée que je suis ne voit pas de meilleur sens à la vie. Probablement le dernier combat d’une vie dans le pays de mes aïeux et de mes frères. La même rivière y coule dans nos veines.

« Ma vie est un combat et mon combat est ma vie » a dit un homme que j’aime lorsque je lui ai demandé s’il était heureux. Je n’ai moi-même,  pas de meilleure réponse à ce jour.

2 jours de terrain, d’apprentissage et de connections aux réalités du secourisme et de vie en conditions difficiles. Un stage ouvert au 15-90 ans. Impossible d’envisager ce stage sans Ethan, mon fils de 11 ans.

Comment puis-je concevoir qu’il soit un frère. Un camarade. Un citoyen sans être en capacité de sauver son voisin en cas de besoin? Accidents de la route, accidents  ménagers, agression physique.

Comment peut-on former une humanité, si précisément aucun de nous ne connait les gestes élémentaires permettant de protéger une vie.

Qui sauve une vie sauve l’Humanité ai-je entendu quelque part? En quoi me suis-je demandée. Puis j’ai compris qu’il ne s’agissait pas de sauver la terre et son humanité ni même de sauver UNIQUEMENT la vie d’un autre être humain..

Sauver une autre vie…n’est-ce pas d’abord comme se sauver nous-même ?

Le bien le plus précieux au monde

Préserver en nous l’Humanité fraternelle qui nous caractérise, l’élan salvateur envers l’Autre, l’Inconnu, le frère, sans distinction de religion ?

Peut-être celui que la France a perdu vis à vis de ses citoyens. Juifs ou pas.

Je l’ignorais. Mais il y a une dimension mystique à sauver, une dimension presque divine (oui je sais. Sacrilège!) à détenir entre ses mains la capacité unique de sauver une vie lors des premières minutes.

Péché d’orgueil ou immense fierté fraternelle.

Savez-vous que la première minute est cruciale? Et celle-là est entre vos mains. On l’ignore trop souvent..

Aussi.

Ce que je sais, c’est qu’à ce stage, nous allons  découvrir ce monde fantastique où sauver et se protéger de façon appropriée sont les vestiges d’un monde dans lequel les émotions vous percutent le ventre, le cœur…envahissent et inondent du bien le plus précieux au monde. Le seul qui, au bout du bout, comptera le plus:

L’Amour.

E.Halioua

Thérapeute Hypnose-Trauma-Famille

Sauveteurs sans frontières

Emmanuelle Halioua

Emmanuelle Halioua

Emmanuelle Halioua, femme et mère est thérapeute spécialisée en trauma et en hypnose. Depuis Paris, elle nous envoie ses chroniques qui ne laissent personne indifférent

8 pensées sur “Refaire ses valises pour la France, la mort dans l’âme…

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    4 mars 2018 à 10 h 32 min
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    Shalom ,
    sentiments partages et pour repondre a votre interogation :
    Le Rav Yoram ז »ל nous avait apris que sur nos 5 niveaux d ame ( nefesh, rouah , neshama , haya , yehida ) les 2 premiers seulement peuvent sortir a l exterieur de la terre d Israel !

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      18 août 2019 à 9 h 21 min
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      Déposez définitivement, vos valises, en Eretz Israël ! Entre la valise, et le cercueil, choisissez la valise. Retrouvez votre âme, vos racines, vos aïeux, votre futur. Je vous dis cela bien que je n’y suis pas, dans ce merveilleux endroit qui ne craint rien, à l’instar de David face à Goliath, mais, moi, la raison est la retraite qui ne pourrait me faire vivre ailleurs. Moi, à mon âge, je garde précieusement en moi, dans mon âme et mes pensées, l’Etat hébreu.
      VOUS ? Reprenez votre liberté de penser et d’agir, vous êtes une privilégiée parce que… Juive ! Lisez mon récit : La Force d’y Croire ! et vous comprendrez l’amour que dégage, en soi, une vérité millénaire qui réapparaît en vous.

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    5 mars 2018 à 1 h 42 min
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    Paroles emplies d’émotions…d’une petite fille plutôt perdue, qui, je l’espère… saura grandir.

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    5 mars 2018 à 11 h 09 min
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    merci madame pour votre texte, splendide , émouvant et si réel pour notre conscience de juif.

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    5 mars 2018 à 17 h 17 min
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    « Le complément d’âme qui me manque », voilà qui est très bien exprimé.

    Je compatis, et pense que nous sommes nombreux à avoir senti ce poids supplémentaire sur les épaules, de retour d’Israël en France (ou ailleurs).
    Erets Israël, le pays où l’air est plus léger !

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    18 août 2019 à 21 h 40 min
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    « Ce pays de dingues. De fous furieux. Ce pays orgueilleux à outrance avec toute l’audace et aussi toute l’indécence que cela peut supposer parfois. » inacceptable !
    En écrivant cela cette femme se discrédite et se place en dehors de toute possibilité de vivre en Israel, elle n`est pas bien dans sa peau et peut être complètement malade de son soi -même. les louanges que j`ai lu sont déplacés

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    19 août 2019 à 5 h 25 min
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    Non, Il n’y aura pas une seconde Shoah bien évidement mais, ne perdons pas l’enseignement de cette fameuse phrase concernant la période des années 30 et qui résume toute la situation. « Les pessimistes se sont retrouves a Hollywood tandis que les optimistes se sont retrouves a Auschwitz »

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