Moi juive de Paris, je ne vous souhaite pas un bon ramadan

 

Je ne vous souhaite pas un bon ramadan. Parce que pour moi qui vit à Paris, qui ne suis pas musulmane, qui aime me maquiller, le ramadan est chaque année le mois des regards courroucés, des regards noirs de haine. Par Emmanuelle Halioua.

Je ne vous souhaite pas bon ramadan parce que depuis que j’ai 18 ans, ce mois est synonyme d’intolérance pour moi. Au Maroc pays arabe dans lequel j’ai détesté vivre, on crachait dans ma direction, on hurlait sur moi d’une voiture des  « rentre chez toi enlever ce rouge à lèvre !  va te cacher. Tu n’as pas honte ! » Ou juste les dents serrées en me croisant, un petit ‘Kehba’  lançait: « sale pute » bien placé.

Que de bons souvenirs d’enfance ai-je au Maroc. Les mêmes que je retrouve peu à peu en France. Au Maroc je me sentais harcelée jeune fille. En France je me sens en danger femme adulte.

C’est que nous cumulons les handicaps : Femmes, mécréantes, Juives, coquettes, militantes, sionistes. La parfaite recette pour s’attirer des ennuis en Europe en 2019.

Alors quand arrive ramadan, arrive le mois des retards, des mauvaises haleines, des mauvais regards, des agressions verbales. Et ce sentiment de valeurs  inversées. Un peu comme si c’était moi qui vivais dans un pays musulman et que je devais me censurer dans la rue ou me cacher pour manger mon sandwich.

Quand on perd le droit d’être différent

Quand on perd le droit d’être différent, on perd le privilège d’être libre a dit un sage. Je ne vous souhaite pas bon Ramadan  parce qu’aussi loin que je me souvienne, ce qui vient de cette religion m’a essentiellement apporté des peurs, des menaces, des agressions.

Je ne vous souhaite pas bon ramadan parce que vous êtes des milliers à rester silencieux au lieu de descendre dénoncer les meurtres antisémites, les égorgements, les églises qui brûlent et le génocide des chrétiens d’Orient !

Je ne vous souhaite pas bon ramadan parce que le silence de la majorité dite ‘modérée’ ressemble trop à de la complicité !

Et même.. Même si cela était de la peur, que valons-nous si nous ne sommes pas capables d’affronter nos convictions ?

Emmanuelle Halioua

Emmanuelle Halioua

Emmanuelle Halioua, femme et mère est thérapeute spécialisée en trauma et en hypnose. Depuis Paris, elle nous envoie ses chroniques qui ne laissent personne indifférent

6 pensées sur “Moi juive de Paris, je ne vous souhaite pas un bon ramadan

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    23 mai 2019 à 2 h 35 min
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    Très bien envoyé, cet article acerbe !
    Etonnant de constater, encore et encore, que du Maroc les Juifs en ont ramené des souvenirs variant énormément, entre ceux proches du Roi, et ceux – rares – obligés de partir de toute urgence.

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    25 mai 2019 à 14 h 54 min
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    madame Halioua utilise un argument maladroit là où elle énonce que… « le silence de la majorité dite ‘modérée’ ressemble trop à de la complicité ! » Car c’est un spectacle de puanteur à n’en pas finir, que donnent les sites-web qui lèchent l’arrière-train de Nétanyahou : et ce, sans que grande protestation ne s’élève du côté de la communauté concernée

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      28 mai 2019 à 10 h 58 min
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      Quel rapport avec Natabyaou ?? Tout doit toujours tourner autour d’Israel?
      pas compris…….

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        29 mai 2019 à 18 h 46 min
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        sauf erreur de ma part ce sont bien… les sites-web ici concernés et qui dans leur défense inconditionnelle de ce qu’ils appellent Israël -mais qui n’est qu’une défense de la droite israélienne- font tout tourner autour de Nétanyahou et de tout ce qui l’entoure.
        cela dit, sur un point vous n’avez pas tort, il n’y a pas besoin de faire intervenir « Nétanyahou » pour ne pas apprécier cet article -qui est un monument d’hypocrisie là où il s ‘abrite derrière… la cause des femmes. En effet (et je laisse ici de côté les « hommes en noir » de la religion juive, mon dieu quelle horreur) il en est qui dans les pays musulmans LUTTENT et non sans courage pour la dignité et même pour la liberté des femmes : sauf élément dont je ne disposerais pas je n’ai jamais entendu parler du moindre soutien dont elles auraient bénéficié de la part de madame Halioua

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    26 juin 2019 à 9 h 15 min
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    Bonjour et merci de votre témoignage d’une, hélas, grande réalité, où que l’on soit né, je suis né en France tout comme mes parents, et les mots, le youpin, le Juif proférés le plus souvent dans mon dos résonnent encore depuis mon enfance, mon adolescence …
    La liberté, le respect des femmes, des hommes sont en régression et sont le marqueur des qualités d’une démocratie aujourd’hui en grand danger devant certains prosélytismes importés.

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