Ce que je voulais vous dire avant d’aller voter ce mardi, en Israël

En cette veille d’élections, il est de bon aloi d’en appeler à notre mémoire. Par Rony Akrich

Souvenons-nous avant d’aller voter. La démission surprise de l’ancien ministre de la Défense, Avigdor Lieberman (Yisrael Beiteinu). Ce dernier conteste ce qu’il considère comme une capitulation sans nom de la part  d’Israël. Le Premier ministre, Binyamin Netanyahou, autorise un cessez-le-feu malgré des pluies de roquettes, sans précédent, tirées depuis la bande de Gaza. Le ministre de la Justice, principal partenaire de la coalition au pouvoir, Ayelet Shaked, et le ministre de l’Éducation, Naftali Bennett (Bayit Yehudi), tentent un putsch politique court et stérile.

Suite à la démission de Lieberman, 48 heures plus tard, Bennett demande audience à Netanyahou afin de lui faire part de sa requête: obtenir le portefeuille de la Défense. Sans aucun doute cette  rencontre n’a jamais eu lieu. La fin de semaine voit et témoigne d’un nombre d’hypothèses agitées et nerveuses dans les medias israéliens, selon eux, le pays s’engage inéluctablement vers des élections anticipées. Shaked et Bennett annoncent une conférence de presse à la Knesset le lendemain matin.

Les dirigeants du « foyer juif » prononcent une injonction à Netanyahou, assurant cette fois le Premier ministre, s’il ne reconsidérait pas son rejet de placer Bennett au poste de nouveau ministre de la Défense, de se retirer de la coalition et ainsi, de renverser le gouvernement. La fin du gouvernement Netanyahou paraît être une certitude entendue.

Vendre la peau de l’ours

Toutefois ce qui arriva par la suite en surpris plus d’un! Au cours d’une nouvelle conférence de presse, très gênante, nos rebelles en herbe annoncent le dépôt des armes et le retrait de toute menace. L’intérêt  national et la stabilité de l’État sont brandis, qui a le cœur de laisser passer de vie à trépas le régime actuel. Le rideau tombe, le drame est plus que fameux, il éructe la fumisterie, on voulait vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

L’apothéose a lieu le soir même lors d’une autre conférence de presse, imaginée pour coller précisément à la fenêtre horaire des actualités du 20h en Israël. Il lui fallait, non des moindres, cette heure de grande écoute, pour que Netanyahou déclare haut et fort sa propre nomination au poste de ministre de la Défense. Hallelouya!

Le gouvernement est sauvé… mais avec un bémol hurlant! Le Premier Ministre est parvenu à concentrer, en son sein, un nombre inadmissible de rênes du pouvoir, du jamais vu depuis la création de l’Etat!

En additif à son troisième mandat consécutif comme Premier ministre, Netanyahou est, aujourd’hui, ministre des Affaires étrangères d’Israël, ministre de la Défense et ministre de la Santé. Le chiffre serait en hausse si Netanyahou n’avait pas cédé son poste de ministre des Communications à Ayoub Kara, (membre du Likoud), à la suite d’une enquête judiciaire concernant des relations douteuses avec un grand éditeur de médias.

« Personne à qui  laisser la clé »

Quand un seul homme détient, à lui seul, un tel agrégat de pouvoirs entre ses mains, cela m’inquiète énormément, s’en est même très inquiétant en soi. Certaines déclarations de Netanyahou sont, tout du moins, sources de désarroi pour nos craintes, par exemple: cette annonce alambiquée: «je serais prêt à quitter mon poste de Premier ministre demain, mais je n’ai personne à qui en laisser la clé».

Autre outrage au bon sens, ce sentiment de normativité permissive avec lequel la presse israélienne se réfère couramment au «Premier ministre et ministre de la Défense, Benjamin Netanyahou». On pourrait mieux dire et le présenter par ses différents titres: «Premier ministre, ministre de la Défense, ministre des Affaires étrangères et ministre de la Santé…» et plus si affinités. Je frémis de ces échos qui parviennent à mon oreille.

La propension de Mr Netanyahou à s’attribuer sans cesse des ministères stratégiques est inacceptable.

La gouvernance démocratique ne peut se suffire des sentiments et ressentiments de son Premier ministre, il peut délirer sur l’incapacité de ses compagnons de route, cela ne l’autorise en rien à garder de plus en plus de clés sous sa cape.

Le refrain

Avec autant de portefeuilles, Netanyahou assume, dorénavant et simultanément, un total pouvoir sur les Forces de défense israéliennes, le corps diplomatique du pays, ainsi que sur tous les organes de l’Etat, placés directement sous l’autorité du Cabinet du Premier ministre, qui comprend à la fois le Mossad et l’Agence de renseignements internes d’Israël. Sans oublier le système de santé du pays, dont Netanyahou est aussi le responsable actuel.

Alors qu’une grande partie de la population israélienne penche vers les partis nationalistes et religieux, en conséquence d’une situation sécuritaire préoccupante, le règne de Netanyahou à la tête du pays, et le choix de ses ministères stratégiques, ne montrent aucun signe de changement. « Je n’aime pas Netanyahou, mais je ne crois pas aux solutions de rechange », est le refrain souvent entendu dans le public israélien.

Outre le temps qu’il reste à Netanyahou à la tête d’un nombre croissant d’institutions israéliennes de premier plan, les nombreux événements survenus suite à la démission de Lieberman ont mis en lumière un manque inquiétant de freins et de contrepoids au sein du pouvoir exécutif israélien.

Ceux qui s’inquiètent

En comparant avec les autres démocraties occidentales, le gouvernement israélien est souvent empreint par ce genre de pratiques officielles où des ministres peuvent détenir des fonctions contradictoires et même concurrentes, très souvent proches du conflit d’intérêts.

Néanmoins le système d’auto-nomination signifié par l’ère Netanyahou, dans lequel les partenaires de la coalition peuvent être démunis de leurs portefeuilles par un acte de représailles politiques à peine déguisé, ainsi que le pouvoir croissant, et sans encombre, d’une élite qui se croit indispensable et irremplaçable pour le pays, sont deux faits préoccupants autour desquels tous ceux qui s’inquiètent du devenir moral du pays doivent prestement se mobiliser.

Rony Akrich

Rony Akrich

Rony Akrich 62 ans (les Passions d'un Hebreu) enseigne l'historiosophie biblique, il est l'auteur de 3 ouvrages sur la pensee Hebraique et ecrit nombre de chroniques et aphorismes en hebreu et francais. Il est le fondateur du "Cafe Daat" a Jerusalem (une forme d'universite populaire). Il reside a Kiriat Arba en Judee, pere de 7 enfants et 19 petits enfants

3 pensées sur “Ce que je voulais vous dire avant d’aller voter ce mardi, en Israël

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    7 avril 2019 à 17 h 04 min
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    IL NE FAUDRAIT PAS. OUBLIER QUE SI ISRAËL EST UNE DÉMOCRATIE AVEC UN PREMIER MINISTRE OMNIPRÉSENT DANS D AUTRES MINISTÈRES, ISRAËL EST TOUJOURS EN GUERRE ET LES ASSASSINATS D ISRAÉLIENS PAR DES TERRORISTES PALESTINIENS N OBLIGENT T ILS PAS A UNE TELLE CONCENTRATION DE POSTE?

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    7 avril 2019 à 23 h 23 min
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    La Démocratie, Israélienne, ne fera que s’appauvrir, avec une et une seule personne sur plusieurs postes, l’individu en question est entrain de se transformer en un erdogan, sur de lui même et d’une pensée unique !! Il serait temps que d’autres personnages puissent aussi apporter des contributions positive et constructive pour permettre à ce Pays de rester une réelle Démocratie…….Allez votez de l’avant avec les couleurs de ce Sublime Pays qui se nomme Israël……….!

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    9 avril 2019 à 19 h 40 min
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    Despote netaniahyu sait la defaite mintenan

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