Lendemains de Kippour : les tourments du Kol Nidre

Lendemains de Kippour. La dernière note du Kol Nidre vibre encore au cœur. Au fil des siècles, le Kol Nidre, (Nom propre issu du judéo-araméen : כָּל נִדְרֵי « Tous les vœux »), est devenu l’un des éléments les plus néfastes et les plus touchants de l’histoire du judaïsme. Un élément tragique responsable de très nombreux tourments faits aux juifs accusés de n’avoir aucune parole. Un ensemble d’émotions au souvenir de ces moults conflits, pogroms et catastrophes subis par le peuple juif dispersé. Une prière entendue immanquablement la veille de Kippour.

S’il n’a jamais été nécessaire de prêter le flanc de quelque façon que ce soit pour se voir développer cette haine atavique des juifs, le fait de rappeler qu’il peut se permettre de renier un vœu, en déformant les conditions auxquelles cela se rattache, a offert sur un plateau d’argent l’élément clef, la condition nécessaire et suffisante à l’antisémite de base, d’accuser le juif de n’avoir aucune parole !

Il ne s’agit en aucun cas pour le juif de se dégager de ce qui l’aurait lié à un tiers.

En réalité le Kol Nidre est une formule créée par et pour les juifs. Un texte dont on ne connait ni l’auteur ni l’époque de sa composition. Un précepte qui ne fait que demander l’autorisation à D.ieu d’être relevé de vœux qui ne concernent que lesdits religieux, des vœux dont ils ont pu perdre jusqu’au souvenir ou pour lesquels ils n’ont pu s’exécuter comme ils l’auraient dû… Sans aucune conséquence pour toute personne étrangère au groupe, dont il n’est d’ailleurs pas question !

Les vœux contractés volontairement par un individu pour lui-même

Toutes les autorités rabbiniques auront beau affirmer, au fil du temps qui passe immanquablement égal à lui-même, que « l’annulation ne concerne que les vœux contractés volontairement par un individu pour lui-même, sans implication avec un tiers parti, qu’elle est donc sans effet sur les vœux contractés entre plusieurs partis et, à plus forte raison, devant un tribunal, un roi ou une communauté ».

Irréductibles, les antisémites de tous poils persistent et signent que le Kol Nidre constitue la preuve inattaquable qu’il est impossible de faire confiance à un juif…

A commencer par ledit « Procès du Talmud » ou « Disputation de Paris », en date de l’année de grâce 1240, date à laquelle l’apostat Nicholas Donin de La Rochelle produisit le Kol Nidre comme preuve de la perfidie des juifs et du peu de valeur de leurs serments et autres vœux.

Et cela marqua la décision de ce tout ce qui n’était pas juif à obliger tout ce qui l’était à passer par un rituel d’une violence inouïe, nommé « Serment juif » dans les cours de justice européennes, depuis le Moyen-Âge jusqu’au début du 20ème siècle !

Une guirlande d’épines

Ainsi, sous l’Empire byzantin le juif devait prêter serment dans l’eau, une couronne d’épines autour des reins et jurer par Barase Baraa ! (Bereshit Bara). À Arles, aux environs de 1150, c’était une guirlande d’épines qui était enfilée de force autour de son cou, d’autres branches entouraient ses genoux, d’autres encore étaient placées entre ses reins, tandis qu’il se devait d’appeler à son encontre toutes les malédictions de la Torah.

Au 13ème siècle, à Souabe, (une des sept régions administratives de l’État libre de Bavière), c’était en se tenant debout sur une peau de truie ou d’agneau ensanglantée qu’il devait prêter serment tandis qu’en Silésie, c’était sur un tabouret à trois pieds qu’il devait payer une amende à chaque fois qu’il tombait et qu’à Dortmund, pour n’importe quelle bonne-mauvaise raison …

Et cela dura longtemps, longtemps, longtemps, si longtemps…

Les Pays-Bas gardèrent ces dégradantes façons de faire jusqu’en 1818, la Russie jusqu’en 1860, la Prusse jusqu’au 15 mars 1869 tandis qu’il fallut attendre 1902 pour que, championne toutes catégories, la Roumanie ne finisse enfin par supprimer ce serment de plus en plus controversé !

Voilà pour les mots ! Quant à la musique…

En fait, Kol Nidre ne pourra cacher plus longtemps son caractère pluri-européen, son désir de réactualiser une collection de thèmes musicaux réunis entre le 15ème et le 16ème siècle, ce qui constitue génération après génération, un phénomène unique dans le monde de la musique en général et de la musique liturgique juive en particulier.

Les origines exactes du Kol Nidre font encore aujourd’hui l’objet de nombreux débats.

Ainsi Abraham Zvi Idelsohn, (1838-1882), célèbre érudit dans le domaine de la musique juive, avait toujours estimé que pareille mélodie devait trouver ses racines dans la musique folklorique médiévale allemande tandis que Johanna Spector, une universitaire du 20ème siècle, rejetait cette idée, arguant à contrario qu’elle était clairement d’origine juive.

Un protestant revisite la mélodie

Des partitions du Kol Nidre ont été imprimées pour la première fois à la demande d’un certain Aharon Beer, chanteur de son état, à Berlin en 1765.

Environ cent ans plus tard, Louis Lewandowsky composa une version plus moderne de la mélodie (pour un chanteur et un orgue), une version agréée par quasiment toutes les communautés juives du monde jusqu’à ce que, tel un magnifique Zorro sur son cheval, un certain Max Bruch, compositeur non-juif, (nul n’est parfait !) un protestant, très attiré par l’Ancien Testament n’arrive.

… Et compose ce Kol Nidre spécialement pour la communauté juive de Liverpool, en s’inspirant de deux mélodies hébraïques traditionnelles.

L’une, du service juif traditionnel dans la nuit de Yom Kippour, l’autre, d’une mise en musique du poème de Byron «Ceux qui pleuraient sur le flot de Babel», les deux d’une grande richesse, quoi que cette œuvre la plus connue du grand public, entre violon et violoncelle reste complètement éloignée du contenu de cette fête….

 

Bely Landerer

Bely Landerer

Avec Bely, Coolamnews vous propose un œil iconoclaste terriblement avide du monde qui l’entoure

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