103 ans ! La femme de Moshé Dayan est toujours vivante

Une vie : « Destin de rêve d’une pionnière centenaire aujourd’hui »… Des idéaux réalisables dans un contexte exceptionnel, voilà qui fera envie encore et encore à nombre de nouvelles générations …

Petit rappel des faits. Il y a un siècle, (à quelques années près), naissait à Haïfa une ravissante petite fille prénommée Ruth ! Ses jeunes parents, des sionistes convaincus, des idéalistes comme on en faisait à la pelle dans ces années-là, venaient tout juste d’émigrer de Russie, cette marmite bouillonnante dans un monde en pleine effervescence !

Nous sommes en 1917, c’est le moment où le gouvernement britannique publie la célébrissime « Déclaration Balfour », cette lettre ouverte favorable à l’établissement en Palestine d’un foyer national juif.

Pendant deux ans le jeune couple, Rachel et Zvi Schwartz, tente tant bien que mal d’y prendre racines mais ils sentent bien que leur jeunesse et leur volonté d’agir ne sont pas des sésames suffisants pour participer utilement à la création de leur nouveau pays. Fort courageusement les voilà repartis pour Londres d’où ils reviendront 6 ans plus tard. Leur petite fille parle et écrit alors l’anglais couramment. Un « plus » incalculable grâce auquel moult portes s’ouvriront devant elle, dans un pays où les habitants sont encore fort peu nombreux à manier la langue de Shakespeare.

Les parents, (Rachel et Zvi), la jeune Ruth et la petite Reuma, née en 1925 forment un clan des plus attirants. Ils ont le chic de présenter tous les atouts des idéaux socialo-sionistes de l’époque dans un cadre mondain de bon aloi, une demeure magnifique.

Le temps a passé.

Nous sommes en 1934. Ruth a 17 ans. Elle rêve de vivre dans un kibboutz comme beaucoup de jeunes de cet âge. Tous de vouloir participer à l’évolution du pays. L’endroit où il faut être pour ce faire se nomme Nahalal. La région, (entre Haïfa et Nazareth), est le lieu le plus hostile que l‘on puisse imaginer. La nature y est des plus inhospitalières : L’hiver y est glacial, l’été brûlant. D’innombrables marais qu’il leur faudra assécher offrent en attendant de l’être, des tonnes de moustiques vecteurs d’un paludisme qui fera bien des ravages pendant de trop longues années.

Comme tout ce qui est excessif, l’ado y trouve justement ce qu’elle cherchait : « Je suis arrivée ici avec l’idée d’entamer une vie monacale. J’ai décidé que j’allais arrêter de m’intéresser aux garçons et perdre mon temps à tisser des relations avec eux. Cela pour me dévouer à mon travail et à mes études afin de devenir une excellente agricultrice », écrit-elle à son arrivée dans son journal intime. »   

Un programme pourtant fort différent l’attend : Un « Amour-coup-de-foudre » qui a pour nom Moshé Dayan !

« Je suis tombée amoureuse de lui dès que je l’ai vu, je ne connaissais même pas son nom », a-t-elle raconté quelques années plus tard.

Et qui n’aurait pas été séduite par un tel éphèbe, un charmeur plein de charme, un « beau gosse de 19 ans » viril toujours bronzé, l’incarnation même du nouvel israélien…Et chacun d’épater l’autre !

Moshé le beau gosse

Elle voit en lui le courage personnifié, éblouie par le fait qu’il se soit enrôlé alors qu’il n’avait que 15 ans dans un mouvement politique, une organisation paramilitaire sioniste, (la Haganah), chargée de protéger toutes communautés juives et ce avant l’âge légal ! Lui découvre un environnement qui lui est totalement étranger mais follement attirant.

Ce qui devait arriver arriva : Ils se marièrent mais avant même d’avoir leur premier enfant, décident de partir étudier à l’étranger, en l’occurrence à Londres. Hasard ou Hérédité ? Comme les parents de la jeune épouse avant eux, ils s’ennuient rapidement d’Israël et rentrent au pays. 1939 arrive, année de grands chambardements tant dans la vie de ce jeune couple que dans le reste du monde.

Ruth et Moshé au Kibboutz
Ruth et Moshé au Kibboutz

Cette année-là voit la naissance de leur fille Yaël. (Deux fils suivront.)…. Mais c’est aussi une année de fortes tensions entre Arabes, tribus bédouines et juifs. Les combats font rage.

Un matin, alors que Moshé est parti en opérations militaires pour la Haganah, le chien du couple entre dans la maison avec une note attachée autour du cou : « Nous avons été arrêtés… Je vous embrasse toutes les deux. Moshé. » En effet, avec 42 membres du groupe militaire clandestin, il a été arrêté par les Britanniques en possession d’armes et envoyé avec eux en prison à Saint-Jean d’Acre.

Ruth remue alors ciel et terre pour faire libérer son mari, mais rien n’y fait et il ne retrouvera la liberté qu’après un an et demi d’incarcération. On connait l’histoire de la seconde guerre mondiale, l’arrivée des nazis et leurs collabos, la Shoah…

Moshé Dayan perd son œil gauche au Liban

On recrute plus que jamais pour faire face aux démons qui menacent jusqu’aux villages juifs du nord de la Palestine. Moshé Dayan rejoint alors une unité de combattants pour aider les Britanniques et prend part à de nombreux affrontements dans le nord du pays.

Et c’est au Liban qu’il perdra l’œil gauche, une balle ayant fracassé les jumelles qu’il utilisait pour voir d’où provenaient les tirs tout autour de lui. Il n’avait nul besoin de porter un bandeau pour grimper tous les échelons de la hiérarchie militaire et devenir un héros.

Mais force est de constater que le fait de devenir borgne a largement participé à l’élaboration de sa légende. Une légende dont j’arrête là les louanges pour avoir mis au second plan les mérites de l’épouse.

Ce qui serait d’autant plus malhonnête qu’on ne peut manquer d’évoquer le nombre d’aventures extra-conjugales de ce monsieur dont toutes les femmes étaient folles.

Ruth et Moshé Dayan
Ruth et Moshé Dayan

Une situation qui ne sembla pas la perturber pendant quelques temps et surtout ne l’empêcha pas de prendre une part active dans la vie publique, même si au début ce fut en profitant du fait qu’ils étaient tous deux invités dans telle ou telle manifestation.

Une vie de pionnière qui n‘a peur de rien !

Ainsi est-elle décrite au volant de sa vieille jeep, pieds nus et armée d’un pistolet, capable de s’aventurer dans les régions les plus isolées du pays pour aider tous et toutes, nouveaux immigrants comme prisonniers palestiniens à s’en sortir.

Voilà qui explique davantage encore que les tromperies du mari, qu’elle ait demandé le divorce en 1972 lorsqu’elle dût admettre qu’ils ne voyaient plus du tout les choses de la même manière.

Et d’expliquer qu’un jour lors d’une banale discussion, il lui dit qu’il avait appris par son bureau qu’elle avait rendu visite à des prisonniers palestiniens. « Je n’apprécie pas cette initiative, s’était-il écrié. Je les mets en prison et toi tu leur rends visite ! »

Elle même passerait sur les défauts évidents de sa légende d’ex-mari, ce n’est pas pour le faire à sa place… Disons simplement qu’elle sut se montrer grande dame lors de la mort de l’homme au bandeau noir alors qu’il la déshéritait elle et leurs trois enfants.

Disons simplement qu’elle réussit magnifiquement dans le monde de la mode en employant plus de 2000 personnes.  Et de s’investir dans « Maskit », sa maison de couture connue dans le monde entier. Et de s’engager sans compter pour défendre le sort des enfants en difficulté, les droits des Bédouins ou la cause des femmes.

Désormais cette centenaire +3, une figure très populaire en Israël, ne voyage plus dans le monde entier comme elle avait l’habitude de le faire. Mais cela ne l’empêche point de continuer à se déplacer dans le pays pour défendre ses idées comme toujours…

Et se vanter d’être la « Mamie bien réelle » de neuf petits-enfants et douze arrière-petits-enfants…

Une fringante « vieille dame de cent trois ans, bien calée dans son grand âge comme on aimerait en connaitre davantage…

Bely Landerer

Bely Landerer

Avec Bely, Coolamnews vous propose un œil iconoclaste terriblement avide du monde qui l’entoure

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