Une nouvelle affaire Arieh Dery ? L’article prémonitoire de Libération.

EDITORIAL. Cela devait arriver. Le ministre de l’Intérieur Arié Dery est inquiet. Depuis quelques jours une nouvelle affaire Dery émerge. Il semble que la police israélienne ai rassemblé des preuves irréfutables d’actes de corruption. L’avenir le dira. IsraelValley reste de marbre sur cette nouvelle affaire car tous les jours des accusations sont portées par des médias. La crise est permanente sur le front de la corruption. Selon la presse : « Deri et sa femme ont été interrogés par la police, qui a arrêté 14 personnes dans une enquête ». (EK)

DANS LIBERATION. Arieh Dery, le nouveau ministre israélien de l’Intérieur, a pris ses fonctions ce mardi. Agé de 57 ans, ce séfarade originaire de Meknes (Maroc) a tout connu dans sa vie: la misère, le pouvoir, la gloire, le déshonneur et la prison. Mais il revient au premier plan en retrouvant le ministère qu’il avait déjà occupé entre 1988 et 1993 et dont il avait dû démissionner avant d’être condamné à trois ans de prison pour corruption, fraude, abus de confiance. Une peine assortie de l’interdiction d’exercer un mandat public durant sept ans.

Cofondateur du Shass, le parti ultra-orthodoxe prétendant «défendre les Israéliens séfarades méprisés par les ashkénazes» (originaires d’Europe), Dery considère son retour au ministère de l’Intérieur comme une renaissance. Une victoire personnelle et un défi lancé à ses détracteurs. «Il a été victime d’une injustice. On l’a ciblé parce qu’il est séfarade et qu’il aurait pu, à terme, prétendre à la fonction de Premier ministre», affirment ses nombreux fidèles persuadés qu’ «on» avait, dans le courant des années 90, ourdi un complot en haut lieu pour empêcher leur poulain de poursuivre son irrésistible ascension vers le sommet de l’Etat.

Quant aux partisans de la moralisation de la vie publique, ils s’étranglent de rage, voyant dans le retour de Dery au premier plan une sorte de «prime à la délinquance financière et à la corruption publique». «Le leader du Shass dispose d’un casier judiciaire. Les faits pour lesquels il a été condamné lui interdisent donc d’exercer une série de professions, dont comptable, employé de banque, directeur d’école ou pompier. Pourquoi dès lors Benyamin Nétanyahou en a-t-il fait un ministre? Et pourquoi lui a-t-il déroulé le tapis rouge vers le ministère de l’Intérieur?», fulmine Yaïr Lapid, leader du parti d’opposition «Yesh Atid» (centre droit).
«Violeur remplacé par un voleur»

Même réaction du côté de Dan Meridor, une figure historique du Likoud qui était ministre de la Justice lorsque Dery a été contraint de démissionner: « L’homme a toujours été brillant et chaleureux. C’était une bête politique et je me souviens qu’il était ouvert, qu’il y avait matière à discuter de beaucoup de choses avec lui. Mais que ça lui plaise ou non, il a été condamné pour des faits extrêmement graves. Lui redonner les mêmes fonctions vingt ans plus tard équivaut à encourager un assassin à revenir sur le lieu de son crime et les citoyens ordinaires à frauder sans vergogne.»

Le plus piquant dans le come-back de Dery au ministère de l’Intérieur, c’est qu’il succède à Silvan Shalom (Likoud), un autre «grand nom» de la politique israélienne poussé vers la sortie en raison d’une série d’accusations de harcèlement sexuel et de viol. Choqués par cette affaire, de nombreux Israéliens se défoulent sur les réseaux sociaux en se gaussant du «violeur remplacé par un voleur». Quant à la police et au parquet, ils digèrent également très mal cette affaire. A leurs yeux, même vingt ans après les faits, Déry reste l’ «un des politiciens les plus corrompus» de l’histoire de leur pays.

Nissim Behar à Tel-Aviv

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