Un Zoom avec les créateurs de la série Fauda 

 

A l’occasion du 72e jour d’indépendance de l’Etat d’Israël, l’Université de Tel-Aviv a organisé une rencontre exceptionnelle qui s’est tenue le dimanche 26 avril sur zoom avec les créateurs de la célèbre série israélienne Fauda : Avi Issacharoff, diplômé de l’UTA, et Lior Raz, qui est également l’un des principaux acteurs. Le forum, qui s’est déroulé en la présence du Président de l’Université, le Prof. Ariel Porat, était animé par le Dr. Sefy Hendler, Directeur du Département d’histoire de l’art, et a réuni un public de 2 000 personnes à travers le monde.

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Introduisant la rencontre, le Prof. Porat a relevé les conditions particulières dans lesquelles se déroulent cette année les commémorations de la Journée de l’Holocauste, du Jour du souvenir pour les soldats tombés pendant les guerre d’Israël et du Jour de l’Indépendance de l’Etat, et rappelé les efforts de l’Université de Tel-Aviv dans la lutte contre le coronavirus : « Plus de 120 chercheurs de l’université sont en ce moment en train de rechercher des traitements et un vaccin contre la maladie. L’UTA a par ailleurs créé une plateforme d’échanges numérique à laquelle participent plus de 1000 chercheurs de toutes les disciplines et de toutes les universités d’Israël. Enfin, à la lumière des évènements actuels, nous venons de créer un nouveau centre d’études sur les pandémies ».

Présenter «les deux côtés»

« Merci aux milliers de personnes du monde entier qui se sont jointes à nous pour cet évènement », a poursuivi le Dr. Sefy Hendler, qui a rappelé que la série Fauda, qui relate les péripéties des mista’aravim, les unités spéciales de l’armée israéliennes dont la mission est de se fondre dans la population arabe des territoires pour déjouer les attentats, est l’une des séries qui ont connu le plus de succès en Israël et dans le monde. Aux racines de cette réussite, la rencontre entre Avi Issacharoff et Lior Raz, les deux créateurs de la série, tous deux Israéliens juifs d’origine orientale familiarisés avec la langue et la culture arabes depuis leur enfance, tous deux ayant servi dans les forces spéciales de l’Armée israélienne dans les territoires palestiniens et se connaissant depuis lors.

fauda photo by ronen akerman 580Né à Jérusalem et parlant couramment l’arabe, Avi Issacharoff s’engage après le lycée dans l’unité d’élite de l’armée israélienne Douvdevan. Il est titulaire d’un BA de l’Université Ben Gourion du Néguev et d’un MA en Etudes du Moyen-Orient de l’Ecole d’histoire de l’Université de Tel-Aviv. Après ses études il devient journaliste spécialiste des questions arabes et remporte même le prix du « Meilleur reporter » en 2002 pour sa couverture de la seconde Intifada.

Lior Raz a grandi à Maale Adoumim en Judée-Samarie dans une famille originaire d’Irak et d’Algérie. Son père travaillait pour le ministère de la Défense. Après le lycée, il rejoint la même unité d’élite qu’Avi. Son amie Iris Azulai est alors poignardée à mort par un terroriste venu de Bethléem. Après son service militaire, il déménage aux États-Unis où il travaille comme garde du corps d’Arnold Schwarzenegger. De retour en Israël, il fait des études pour être acteur.

En 2010, les deux se rencontrent de nouveau et décident de réaliser leur rêve commun : écrire un scénario basé sur leur expérience personnelle dans les territoires palestiniens. Ainsi est née Fauda, l’une des séries israéliennes les plus appréciées en Israël et dans le monde, qui s’est fixé un objectif difficile : présenter ‘les deux côtés’, à la fois celui des combattants et celui des terroristes. « Au début personne ne voulait commercialiser la série », raconte Lior Raz. « Tous les diffuseurs potentiels l’ont refusée. Ils pensaient que les gens étaient fatigués du conflit avec les Palestiniens. De plus 50% de la série est en arabe. Enfin, ils avaient le sentiment que seuls les hommes regarderaient la série, bien que le contraire se soit avéré ». Jusqu’à ce que Yes, le distributeur de télévision par satellite en Israël, ai accepté de diffuser la série.

Une série israélienne authentique

Le succès est venu immédiatement. En 2017, le New York times l’a sélectionnée parmi les dix premières séries dans le monde, et Lior a même été choisi comme l’un des 10 hommes les plus sexy en Israël. Enfin, Fauda a été rachetée par Netflix. « Au début, nous ne pensions pas que cela soit une bonne idée », raconte Lior. « Nous voulions que la série soit adaptée, comme cela a été le cas pour Homeland ou In Treatment. Mais finalement c’est encore mieux, car Fauda est restée une production originale, et elle est regardée pour ce qu’elle est, une série israélienne authentique, réaliste, et pas un show hollywoodien. C’est l’authenticité de la série qui en fait la valeur ».

Quel est le secret de ce succès ? « Nous avons raconté une histoire avec notre cœur, basée sur des souvenirs et des expériences que nous avons vécues. Ce n’est pas un documentaire, mais nous avons utilisé de nombreux personnages réels pour écrire une série dramatique. Le côté dramatisé est nécessaire pour que les gens regardent », explique Avi. La série est entrelacée avec l’actualité israélienne et décrit la complexité de la réalité.

« Lorsque nous rencontrons les dirigeants du Hamas en face à face, ce sont des êtres humains. Il est difficile de comprendre comment, juste après, ils peuvent se poster au coin de la rue pour nous tirer dessus. Mais c’est la réalité. Parfois le diable peut avoir un visage humain », explique Avi. En même temps, le scénario présente « le côté humain de l’ennemi, les histoires derrière les gros titres, que la majorité du public ne veut généralement pas entendre. J’ai rencontré des personnes dont les positions politiques sont clairement de droite qui m’ont dit avoir ressenti pour la première fois de la compassion pour les Palestiniens en regardant la série », raconte Lior.

Fauda, ‘chaos’ en arabe, a été pour ses auteurs l’occasion de franchir une barrière, de passer ‘de l’autre côté’. « Du côté palestinien, au moment de la deuxième intifada, il y avait le chaos partout, des hommes armés qui faisaient ce qu’ils voulaient. Du côté israélien, ‘Fauda’, est le terme utilisé par les membres des unités spéciales des mista’aravim comme nom de code lorsqu’ils sont ‘grillés’, dévoilés. Une expérience traumatique pour les combattants. Pour moi la série a fonctionné comme un processus de guérison de troubles post-traumatiques par rapport à toutes les situations que j’ai vécues », relève Lior.

«Nous sommes Israéliens sionistes»

La série n’a bien sûr pas été tournée à Gaza mais principalement dans des villages arabes israéliens, comme Tira et Kfar Qasem où, précise Avi : « L’équipe, qui comptait plus de cent personnes, a toujours été très bien reçue ». En fait la plus grande surprise pour les auteurs a été la réception de la série dans le monde arabe. « Le succès de la série nous a extrêmement surpris. Nous pensions que personne n’allait la regarder, sauf nos familles », plaisante Avi. « Or, elle est aujourd’hui dans le Top10 en Italie et en Hollande. Aux Etats-Unis, les gens nous arrêtent dans la rue et une fois même un membre du Congrès a stoppé sa voiture pour faire un selfie avec nous. En Inde, il y a eu un remake de la série avec des acteurs indiens, traitant des relations entre l’Inde et le Pakistan qui a eu 1,4 milliard de télespectateurs ! Mais le plus étonnant, c’est le succès dans le monde arabe. Fauda est la série est n°1 sur Netflix au Liban. C’est incroyable de penser que la série qui vient en tête sur Netflix dans un pays arabe est israélienne. Fauda est passée au centre du discours politique dans les pays arabes, c’est fou. Le rapprochement marche dans les deux sens ».

ohad romano fauda2 La série n’a pas eu que des critiques positives. « Les gens de gauche pensent que c’est une série de droite et les gens de droite disent que c’est une série de gauche, ce qui montre que nous sommes apolitiques », plaisante Avi. « Nous comprenons que des gens puissent ne pas aimer la série. Cependant, en fin de compte, elle est regardée partout, à Gaza, dans les territoires palestiniens, en Egypte, en Inde ». « Nous n’avons pas reçu de menace jusqu’à présent », précise Lior. « Il y a bien eu une demande du BDS auprès de Netflix réclamant qu’ils arrêtent de diffuser la série, mais cela nous a surtout fait de la publicité ». « J’ai une réponse pour ceux qui nous accusent de parti-pris israélien et de racisme », ajoute-t-il. « Nous sommes Israéliens, sionistes, nous avons servi dans l’armée israélienne, nous écrivons comme des Israéliens, pas comme des Palestiniens. Et j’espère que si un jour un scénariste palestinien écrit un scénario de son point de vue, il sera capable de nous décrire comme nous sommes capables de les décrire ».

La première saison de Fauda est sortie en Israël en 2015, la deuxième en 2017, la troisième fin 2019, et la quatrième est en cours de tournage. « Mais pour nous, ce n’est que le commencement », précise Lior. Les deux scénaristes ont en effet d’autres projets de séries déjà commandés par Netflix.

 

Photos:

1. Capture d’écran pendant la conférence zoom (Crédit: Tel Aviv University Trust – UK).

2. Scène de la série (Crédit: Ronen Akerman, Yes)

3. Poster de la conférence zoom

4. Fauda, crédit : Ohad Romano, Yes.

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