Témoignage: « J’ai rencontré des terroristes palestiniens »

Quelques Extraits de l’entretien passionnant avec le [ Lt. Colonel (retraite) Anat Berkocriminologue, spécialiste mondialement reconnue pour sa recherche sur les auteurs des attentats suicide et leurs handlers. Pendant une vingtaine d’années, elle a rencontré des terroristes palestiniens, dont des hauts gradés du Hamas, à commencer par ainsi que son fondateur Sheikh Ahmed Yassin. Membre de la Knesset (Likoud) de 2015 à 2019, Anat Berko estime que les terroristes n’ont aucun potentiel de réhabilitation, parce qu’ils se croient innocents. Connaître l’ennemi : entretien avec Anat Berko.

Les prisonniers ne sont pas menottés pendant l’entretien.

Oui, certainement, il y a eu des situations tendues où je me sentais en danger. Une fois, dans une prison de haute sécurité, je menais un entretien avec un homme qui dispatchait des suicide bombers [bombes humaines] pour le Hamas. Derrière moi il y avait un pied de biche. Cet homme, qui mesurait 2 mètres, m’a demandé, « Tu ferais quoi si je te donnais un coup sur la tête avec le pied de biche ? Comme les Juifs nous faisaient pendant l’Intifada ». Je n’ai pas bronché. Je l’ai sermonné : « Vous osez me menacer, alors que j’avais demandé qu’on vous enlève les menottes, en signe de respect, pour vous laisser parler en homme libre. Vous n’avez pas honte ? Vous êtes un homme »?  Il est resté sans voix.

Pourquoi ce choix de recherches

J’avais compris qu’une prison est un laboratoire vivant. Je faisais de la recherche auprès des détenues de droit commun à la prison des femmes Neve Tirtza. C’est mon époux Reuven [le chercheur Dr. Reuven Berko], qui a suggéré que, pour mon doctorat, je me penche sur les prisonniers du Hamas et du Jihad islamique.[Elle commence avec le Sheikh Yassin] Comme il était extrêmement religieux, je me suis habillée pour les entretiens comme une femme ultra-orthodoxe. Je viens d’une famille irakienne, je comprends la culture arabe de l’intérieur et j’étais heureuse de voir que pour les besoins de ma recherche, j’ai pu établir un véritable rapport avec des chefs du Hamas, des assassins et ceux qui dispatchaient des suicide bombers.

Qui sont ces jihadistes?

Ils sont vus dans leur société comme des gens normaux. Même quand il est question des “Juifs” et qu’ils perdent toute inhibition, ils sont conformistes dans une société qui ne voit aucun mal dans les actes terroristes. A la différence des détenus de droit commun, ils ne se sentent pas isolés en prison où ils sont regroupés selon leur appartenance à une organisation terroriste donnée. Ils se considèrent comme supérieurs aux criminels. Même ceux qui ont commencé comme voleurs de voiture ils se sont recyclés en terroristes, d’abord comme assistants et finalement comme chefs d’équipes de tueurs. Enfin, ils sont persuadés qu’ils seront libérés bien avant la fin de leur peine, dans un échange négocié.

Motivation des détenus en fuite, responsabilité du système carcéral

S’agissant des 6 prisonniers échappés de la prison de Gilboa, je crois que, au-delà d’un désir de liberté, ils cherchaient à être reconnus comme héros de la lutte. C’était une mauvaise idée d’accorder à un détenu non-affilié au Jihad islamique un transfert dans leur cellule. Loger ensemble trois prisonniers quand les services de renseignements ont signalé leur intention de fuir ? C’est absurde. On permet aux prisonniers de communiquer entre diverses zones et d’organiser des attentats terroristes. En les regroupant selon leur .affiliation, on permet la formation d’une nouvelle génération de chefs. L’incident récent est l’occasion de nettoyer les écuries. J’espère qu’on ne se contentera pas de blâmer les gardiens. Le commandement [de la prison] porte sa part de responsabilité.

Potentiel de réhabilitation

Oui, je suis pessimiste. Mais on peut voir la question sous un autre angle. Les chefs se protègent, eux-mêmes et leurs familles. J’ai interviewé un jeune homme du Jihad islamique, intelligent, bon élève, qui m’a dit que son père, l’un des chefs du mouvement, pour encourager sa réussite scolaire, lui donnait des sous pour chaque bonne note. Quand le fils a commencé à commettre des délits de sécurité, son père l’a tabassé. Ils ne veulent pas voir leur enfant passer sa vie en prison.

En créant des rapports de confiance, tu  n’avais pas peur de développer de l’empathie ou de la sympathie pour les prisonniers ?

L’empathie est un outil qui nous permet de partager des moments humains exceptionnels, mais ça ne veut pas dire l’identification. Ça me rappelle une prisonnière, arrêtée en route pour commettre un attentat suicide, qui m’est tombée dans les bras en pleurant, « Tout ce que je veux vraiment, c’est ma mère ». Je pensais :  elle a la taille de ma fille, 15 ans à l’époque, elle aurait pu monter dans le bus en même temps que ma fille rentrant de l’école. Ok, il y a peut-être de l’empathie. Mais pas de sympathie. J’avais lu les chefs d’accusation. Je savais ce qu’ils avaient fait. Je n’ai pas perdu mon identité en travaillant dans les prisons. Au contraire, j’ai vu ma recherche comme une mission. Il nous faut connaître au fond ceux qui nous affrontent.

SOURCE: JNS Traduction Elnet par Nidra Poller

Nidra Poller

Nidra Poller

Nidra Poller, née aux Etats-Unis, vit depuis 1972 à Paris. Romancière, traductrice et, depuis 2000, journaliste elle publie en anglais et en français des articles et des ouvrages. A paraître décembre 2017, L’Aube obscure du 21 e siècle, authorship intl.

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