Suisse: Juifs à la mosquée et musulmans à la synagogue

Dimanche dernier, la plateforme interreligieuse genevoise a organisé une journée de découverte croisée des communautés. L’événement, articulé autour d’un programme culturel, était ouvert à tous.

«Notre but est de casser les murs, alors que de plus en plus de gens en construisent, mettant en danger le monde et l’humanité.» Président de la fondation de l’entre-connaissance, Hafid Ouardiri n’a de cesse de promouvoir le dialogue entre les différentes communautés religieuses. L’homme a ainsi imaginé, avec la plateforme interreligieuse de Genève (qui regroupe vingt-deux communautés et associations), un événement rare qui s’est tenu dimanche: inviter les Juifs à la mosquée et les musulmans à la synagogue, autour d’un programme centré sur les arts arabo-hébraïques.

«Ici, à Genève, on cohabite très bien. Souvent, on fait les choses en même temps mais séparément. Là, il s’agit d’une rencontre exceptionnelle, car dans les lieux de culte. Cela fonctionne très bien aux Etats-Unis, mais pas aussi bien en Europe, où les gens sont un peu plus rigides. Ici, on veut bien rencontrer l’autre, mais hors de chez lui et de chez soi.» Une hérésie pour Hafid Ouardiri, qui se définit comme «un ennemi de l’entre-nous».

Musique et calligraphie

Dimanche, la matinée s’est donc déroulé à la grande mosquée du Petit-Saconnex, où, après un petit-déjeuner offert et une visite commentée des lieux, deux historiens de l’Université de Lausanne, l’un spécialiste de l’islam, l’autre du judaïsme, ont croisé leurs regards et ont débattu de ces deux cultures. Un banquet casher et halal a été servi à midi, avant notamment que deux artistes réalisent une œuvre calligraphique mêlant écriture arabe et hébraïque.

Les activités se sont poursuivi l’après-midi à la grande synagogue Beth Yaacov, où le musicien Fouad Didi a animé des ateliers autour des mélodies arabo-andalouses. En soirée, un concert a été donnéà la salle Frank-Martin, accompagné de la chanteuse Sandra Bessis, spécialiste des musiques séfarades.

«Deux lieux magnifiques»

Coordinatrice du projet, Barbara Doswell explique que la journée était ouverte à tous les Genevois, de tous âges et de toutes religions. Centrée sur le dialogue judéo-islamique, elle avait aussi pour ambition de faire découvrir ces cultures à l’ensemble de la population. «Nous cherchons à attirer un public large. Il a été demandé aux intervenants de se mettre à la portée de tous. L’objectif majeur, c’est susciter la rencontre. Et puis la mosquée et la synagogue sont deux lieux magnifiques de Genève, que tout le monde devrait avoir visité une fois.»

L’esprit de Genève

L’art constitue ainsi la porte d’entrée choisie par les organisateurs, qui y décèlent une évidente passerelle entre les deux mondes. «Il permet un partage à travers tout ce que nous avons en commun et de différent», estime Hafid Ouardiri. Il considère que l’initiative s’inscrit parfaitement dans le cadre du fameux «esprit de Genève», cette cité «qui a toujours été un laboratoire du dialogue.

Mais celui-ci ne peut s’instituer qu’en connaissant l’autre. La société est pour tout le monde. Il est nécessaire que les mentalités évoluent, surtout en ces périodes où l’extrémisme progresse».

SOURCE: 20 minutes

David Sebban

Fondateur et Rédacteur en chef de Coolamnews. Journaliste TV et Radio, formateur et enseignant en communication, David est spécialisé dans l'actualité proche-orientale en général et israélienne en particulier.

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