Souccot : Vous pensiez savoir ce qu’est la joie

 

 

Le verni du plaisir est trompeur et tout le monde s’y laisse prendre, jusqu’à ces parents qui croient que leur fils est « heureux », « parce qu’il fait la fête indéfiniment ! » L’homme qui tous les samedis soirs devient fiévreux en boîte de nuit, y découvre un certain plaisir, celui de supprimer ses contrariétés, de stopper un instant les supplices qu’il s’impose mentalement à longueur de journée. Il va immerger sa détresse et chercher à régresser dans son subconscient. Mais sans la connaissance, découvrira-t-il de la joie ? Non…Par Rony Akrich

L’expérience de la libido débridée, sans amour, relâchera les tensions, admettra l’étourdissement, octroiera du plaisir. Mais de la joie ? Les « filles de joie » sont assurément très mal dénommées, cette formule contient une illusion, un préétabli selon lequel le plaisir et la joie resteraient toujours similaires, alors qu’il n’en n’est rien.

Toute prospection du plaisir dans les contours de la conscience est comme un divertissement qui permet d’échouer en-dessous du seuil de la conscience ordinaire. La tentative de se défaire de soi, la fuite compensatoire n’apporte pas de joie, elle ne fait que renforcer la souffrance.

Pour la Torah, l’objectif de notre existence sur terre est de faire le bien: nous ne poursuivons ni le plaisir, ni le bonheur, mais le bien!

Cependant, ces deux répertoires ne sont pas antinomiques. C’est en effet le même D.ieu qui, par sa bonté a créé le monde. A l’origine, cet univers était composé du seul Jardin d’Eden qui fut souillé par la faute humaine. Et c’est le même D.ieu qui créa la responsabilité humaine et la moralité. Il ne peut donc y avoir de contradiction entre ces deux dimensions de l’être.

L’identité profonde de l’homme juif

Les instructions de la Torah concordent avec l’identité profonde de l’homme juif, de même que le message universel des lois morales est conforme à la nature profonde de l’être humain en général.

Quand l’homme juif exécute la loi divine, il prend rendez-vous avec lui-même et divulgue sa vraie nature, car toute mitsva (commandement) est contingente à la nature de l’être Hébreu!

A la fin de son traité portant sur les lois de Souccot (Ch. VIII, 15), Maïmonide explique ainsi que le service divin doit être accompli dans la joie: «Il n’est pas suffisant de servir D.ieu, il faut le servir dans la joie».

Il est faux de prétendre que servir ainsi D.ieu dans la joie diminue la valeur de cet effort. Au contraire, l’absence de joie pourrait aboutir à une contradiction interne entre les aspirations profondes de la personne humaine et le sens même du service divin…

Il faut accomplir les commandements de D.ieu dans la plus parfaite sérénité et faire en sorte qu’il n’y ait pas de contradiction entre nos propres sentiments et ce service. Si cette contradiction est surmontée, la joie jaillira dans le service divin et alors, nous pourrons nous rapprocher de D.ieu du plus profond de notre être.»

Ces paroles ont pour fondement, un verset de la Torah: «Parce que vous n’avez pas servi l’Eternel votre D.ieu dans la joie» (Deutéronome, XXVIII, 47).

Si l’homme contribue à servir D.ieu sans joie, la vocation de ce culte s’en trouve affaibli.

Dans son ouvrage Le Kouzari, Rabbi Yéhouda Halévy nous prévient: «Ne pense pas que le service divin que tu effectues dans la joie soit inférieur au service divin accompli dans le jeûne et la peine».

Même s’il existe une ardeur dans le sacrifice de soi au profit des mitzvot, notre idéal supérieur demeure leur réalisation dans la joie et la probité. Notre disposition à nous sacrifier n’est pas forcément contradictoire avec le service de D.ieu dans la joie.

Le sage nous précise: «En fait, le service de D.ieu dans la joie représente notre désir profond d’accomplir le bien pour le bien, selon la volonté de l’Eternel. Ce faisant, les difficultés matérielles semblent s’atténuer, l’aspect malheureux de la vie s’estompe, et l’homme ainsi allégé peut offrir à D.ieu ses mitzvot avec enthousiasme et bonheur.»

Dissocié de la joie, l’opiniâtreté de la motivation n’est que la poussée d’une détermination de l’ego et la motivation elle-même n’est alors qu’une forme de conditionnement.

Quels que soient les arguments que l’on veut y déposer, l’énergie de la Joie est totalement différente, beaucoup plus aisée, plus grave, plus ardente, plus dense et plus pétulante. Preste à gommer entièrement le sens du labeur et le concept d’exigence séparée et en lutte contre une autre exigence. La motivation peut très facilement se séparer de la vie, tandis que la joie ne l’est jamais.

La joie ne nous sépare de rien ni de personne, elle ne bataille contre rien, elle est offrande de la Vie à elle-même.

Dans un des chapitres de son ouvrage Ikvé Hatzon : « Le plaisir et la joie », le Rav Kook prouve que l’authentique œuvre morale et religieuse de tout être humain n’aboutit que dans un service à D.ieu exprimé dans la joie. Cela n’est pas simple, cela requiert une réelle discipline intérieure, mais, explique le Rav Kook, en ce qui concerne l’étude de la Torah, tout du moins, elle devrait se pratiquer dans une joie absolue: «L’homme ne doit étudier la Torah que lorsque son cœur y aspire pleinement».

Quand nous étudions des textes sans intention réfléchie et sans bienveillance, une impression de refus intime nous envahit, sentiment qui tente de nous inciter au renoncement total de l’étude de la Torah. Pourtant il nous faut concéder qu’il est très naturel de ressentir une joie réelle lorsque nous nous retrouvons face à nos sources.

Rony Akrich

Rony Akrich

Rony Akrich

Rony Akrich 62 ans (les Passions d'un Hebreu) enseigne l'historiosophie biblique, il est l'auteur de 3 ouvrages sur la pensee Hebraique et ecrit nombre de chroniques et aphorismes en hebreu et francais. Il est le fondateur du "Cafe Daat" a Jerusalem (une forme d'universite populaire). Il reside a Kiriat Arba en Judee, pere de 7 enfants et 19 petits enfants

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