Shirel: « je découvre que ma mère Jeane Manson aussi est juive »

Shirel n’est assurément plus la jeune fille timide quoique déterminée que l’on a toujours connu. Cette désormais israélienne (depuis plus de 20 ans) pimentera souvent notre conversation de mots en hébreu. Discrètement élégante, souriante, Shirel nous servira sur un plateau un scoop retentissant. En effet, sa mère, la chanteuse Jeane Manson, qui avait été adoptée à sa naissance, vient de découvrir que sa grand-mère maternelle était juive, originaire de Pologne. Ainsi ce sentiment, cette évidence quasi mystique de Shirel de se savoir absolument juive depuis toujours, n’étaient pas fortuits (même si son père, André Djaoui l’est). Par André Darmon Israël Magazine.

André Darmon : On ne se rend peut-être pas compte Shirel, mais tu as déjà une longue carrière derrière toi ? Quel est à ce jour ton plus beau souvenir professionnel ?

Shirel (elle rit) Mon plus beau souvenir professionnel serait plutôt un moment de grâce très particulier. Ainsi, lorsque je chantais sur Notre Dame de Paris, j’ai été malade un soir avant la représentation. Un des chanteurs est alors venue vers moi et m’a dit : peu importe comment tu chantes Shirel, mais chante vrai. Et lorsque je suis montée sur scène et dis-toi bien que cela se passait à Vichy et que l’émotion était à son comble, d’autant que je jouais le rôle d’Esméralda, un rôle ou l’injustice prime, un rôle qui ne pouvait ne pas nous faire penser à la condition juive, alors passionnément, et presque sans voix, j’ai switché mes problèmes. Un moment rare.

AD : N’as-tu pas le sentiment, que malgré ta personnalité et ton talent, tu n’es pas encore sortie de la tutelle professionnelle de ta maman (Jeane Manson) et que cela t’a peut-être empêché d’atteindre les plus hauts sommets en France.

Shirel : Petite entre 7 et 13 ans,  j’ai fait effectivement beaucoup de télés avec ma mère. Ensuite, il y a eu Notre dame de Paris. Mais pendant presque 10 ans j’ai volé de mes propres ailes et je n’étais pas du tout avec elle à la télé. Le directeur d’Universal avait d’ailleurs dit que je me devais de me faire un prénom. Il y a environ 7 ans, ma mère a sorti un livre sur sa vie, et cela m’a de nouveau rapprochée d’elle. J’étais maintenant de mon côté une femme et une mère et on ne voit plus, bien sûr, ses parents de la même façon. Nous avons alors, toutes deux monté notre spectacle et nous sommes apparues encore ensemble car il faut le dire c’était très demandé.

D’un autre côté je n’avais pas la même vision que mes parents quant aux objectifs dans la vie. L’Objectif de mes parents étaient de devenir des stars, de réussir. Moi mon objectif, mon but c’était Israël et de m’accomplir sur ma terre. Mais je ne m’interdis pas de remonter demain sur une scène avec ma mère, à dire chanter avec elle. C’est tout simplement génial de chanter avec sa mère comme ma mère chantait d’ailleurs avec la sienne (qui était elle-même chanteuse de jazz). Je suis, oui, très famille.

AD. Quel regard portes-tu sur la situation politique mais aussi sociale du pays. Tu es certainement heureuse en tant que juive mais l’es-tu en tant qu’Israélienne ?

Shirel : Je ne suis pas une personne qui lit les journaux, qui regarde la télé. Je vis en quelque sorte dans une bulle. Car avec tout ce qui arrive comme catastrophes, je vais me sentir agressée et je ne veux pas vivre, comme si j’étais agressée.  J’essaie de faire du mieux que je peux autour de moi car je sais que je peux changer des choses dans mon environnement.

En ce qui concerne la politique générale, qui entre parenthèses, se répète tout le temps, ce n’est pas quelque chose qui me définit. J’apprends ce qui arrive et les choses qui doivent m’arriver aux oreilles, arrivent. Par contre, il faut avouer que malgré la situation sécuritaire, il fait bon vivre en Israël,  bon d’être chez soi. Israël a énormément progressé à tous les niveaux. On était considéré il y a 20 ans un peu comme des aventuriers, des fous, plus maintenant. Le plus extraordinaire c’est que  nous venons d’apprendre que ma mère, Jeane Manson, est juive. C’est la petite-fille de Barouch Baranovski, réfugié de Pologne.

AD. Tu as déjà goûté aux albums en hébreu, à ‘the Voice’ en Israël. Quel regard portes-tu sur la chanson israélienne, et vers quel chemin, te diriges-tu ? On sait que la scène musicale israélienne est restreinte et à plus forte raison la scène musicale franco-israélienne ici? On a l’impression que tu as un peu mesuré ton ambition pour vivre ta vie de mère et d’épouse, de juive ?

 Shirel. Mon ambition est au contraire, démesurée. Mon ambition c’est d’être moi, de me réaliser totalement et ceci à travers mon travail. Comme je suis américaine, française et israélienne, mon ambition est de faire des concerts dans le monde entier.

SOURCE: ISRAEL MAGAZINE

Découvrez un exemplaire du magazine gratuitement

Andre Darmon

Andre Darmon, romancier, est le rédacteur en chef d'Israël Magazine. Israël Magazine 25 ans déjà de présence dans le paysage médiatique franco-israélien. Andre une voix journalistique à part, originale, sioniste, juive mais aussi professionnelle.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.