Sans tabous : Les enfants d’une école juive questionnent sœur Isabelle Denis

Une amitié avec des enfants juifs, c’est ce dont témoigne Isabelle Denis, Sœur de Notre-Dame de Sion, à l’occasion de la Journée du judaïsme célébrée le 17 janvier par l’Eglise catholique dans différents pays. Dans cet entretien à Zenit (agence de presse du Vatican), elle évoque son dialogue avec les enfants d’une école juive, depuis une décennie. Elle explique aussi le sens de la Journée du judaïsme.

 

 Zenit – Vous avez rassemblé quelques perles, parmi toutes les questions qu’ils vous ont posées, dans un recueil de témoignages : « Si différents, si semblables, surprise d’une rencontre ». Pouvez-vous nous en parler ?

Isabelle Denis – Ce recueil, témoignage des questions des élèves et des dessins qu’ils m’ont spontanément offerts, se trouve sur la page d’accueil du site de cette école juive : www.ganenou.fr

Leur enseignant de judaïsme me laissait un temps à la fin de son cours. Les élèves pouvaient me poser n’importe quelle question sur les chrétiens, c’est-à-dire les questions qui les habitaient réellement. C’était un échange. Les questions mises par écrit et conservées, je proposais des pistes de réflexion, en les laissant ouvertes.

En dix années, il y a eu 1 250 questions environ … Il y aurait eu le triple si on n’avait pas donné comme consigne qu’on ne prenait que 5 à 7 questions à chaque séance ! Elles portaient sur tous les sujets : pourquoi, comme chrétienne, j’étais venue dans une école juive ; « comment la religion chrétienne a été créée puisque Jésus est juif » ; des questions sur Jésus comme fils de Dieu et Dieu ; sur les fêtes chrétiennes enracinées dans les fêtes juives : Pâques, Pentecôte !

Marie « enceinte de qui ? »

Question plus délicate, sur Marie « enceinte de qui ? » … J’avais rappelé que Dieu ayant créé tout à partir de sa Parole, ce n’était pas un problème pour lui qu’un enfant naisse d’une maman juive et d’une manière qui est son secret à elle avec Lui, Dieu. Que chacun de nous pouvait avoir des secrets avec Dieu. Question difficile : « pourquoi les chrétiens ne nous aiment pas » ? Je répondais que l’on ne peut jamais généraliser, et la preuve : j’étais amie de leur école et de leur communauté. J’esquissais quelques jalons historiques de ce qui était arrivé mais qui est contraire à ce à quoi Dieu nous appelle les uns et les autres pour le bien de l’humanité.

L’intérêt de ces élèves était impressionnant. En témoignent les bilans individuels, ou collectifs écrits en fin d’année. « Ce qui m’a plu, c’est que dans mes autres écoles je ne pouvais pas poser de questions à quelqu’un qui n’avait pas la même religion que moi ». « J’ai beaucoup aimé partager ces moments ». « J’ai adoré tes vérités et la façon dont tu nous répondais ».

Ce dialogue avec des élèves de 9-11 ans, avant la crise de l’adolescence, témoigne combien ils peuvent être nos maîtres dans leurs questionnements, et nous donnent de grandir avec eux dans le respect et la joie du dialogue. Se connaître nous donne aussi d’approfondir les uns et les autres nos identités respectives. Je continue encore à aller dans cette école, toujours accueillie de semaine et en semaine, en amie chrétienne.

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