Rabbi Akiva: Connaissez-vous vraiment son histoire ?

Notre premier chapitre aujourd’hui relate la vie d’un très grand d’Israël, Rabbi Akiva qui vécut deux périodes les plus terribles de l’histoire Juive, celle de la destruction du deuxième Temple de Jérusalem, et celle du désastre de la chute de Bétar et de la défaite de Bar Kohba. Rabbi Akiva influença non seulement ses contemporains mais aussi les générations suivantes jusqu’à nos jours. Par Pierre Mamou

L’enfance de cet homme extraordinaire fut extrêmement banale. Son père descendait de convertis au judaïsme et ne lui donna aucune éducation religieuse ou scolaire. Ce n’est qu’à l’âge de quarante ans que sa vie changea complètement, quand après la destruction du temple il fut engagé comme berger par Kalba Savoua, l’un des hommes les plus riches de Jérusalem.

Pauvre employé, il s’attira cependant la sympathie de Rahel, la fille unique de son employeur qui sut parler à son cœur et le convaincre d’étudier la Thora. En échange elle lui fit la promesse de devenir sa femme. Mais quand Kalba Savoua apprit les intentions de sa fille, il entra dans une grande colère n’acceptant pas que sa fille épouse un berger ignorant.

Apprendre à  40 ans

Rahel informa son père qu’Akiva deviendrait un grand érudit, qu’il allait entrer dans une yeshiva et qu’elle l’épouserait. Son père l’a chassa alors de sa maison, l’a déshérita et elle fut contrainte de partir vivre pauvrement dans une cabane. Akiva  pendant douze ans étudia, puis repartit à nouveau pour douze années d’études intensives. Il étudia jour et nuit et il accumula tant de connaissances qu’il devint l’un des rabbins les plus écoutés et suivis de l’époque.

Il débuta à 40 ans à l’école primaire, apprit à lire l’hébreu, s’étonnant de tout et posant des questions comme un enfant, ne prenant rien pour acquis. Il devint l’élève des plus grands, Rabbi Yehoshoua, Rabbi Eliezer, Rabbi Nahum de Gimzo et Rabbi Tarfon qui reconnaitra sa grandeur, sa modestie et son effacement et le considéra comme un collègue, voir son propre maitre.

Outre ses fonctions de juge et de maitre, il compta aussi parmi les membres de l’académie de Yavné dans laquelle siégeait le grand Sanhédrin après la prise de Jérusalem par Vespasien.

Le retour

Quand il revint dans sa ville après tout ce temps, vieilli et méconnaissable, une foule immense vint l’accueillir et parmi cette foule le riche Kalba Savoua qui sollicita un entretien à Rabbi Akiva. Il lui demanda de le délier d’un vœu qu’il avait pris sur lui, vingt-quatre ans plus tôt en déshéritant sa fille qui avait épousé un ignorant. Rabbi Akiva lui répondit alors : s’il aurait formulé pareil vœu si son gendre était devenu érudit comme lui. Non bien sûr se hâta de répondre Kalba Savoua étonné ! Alors sachez que je suis votre gendre, Kalba Savoua soulagé et heureux embrassa Rabbi Akiva, regretta d’avoir forcé sa fille à vivre dans le dénuement et lui fit don de la moitié de sa fortune.

L’enseignement de Rabbi Akiva était suivi par de nombreux disciples, tant ses connaissances étaient profondes. Il arbitra souvent des différents entre rabbins. Sa devise reprit du Lévitique était : »Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Il fut un contributeur central à l’élaboration de la Mishna et du Midrash halakha. Il est considéré comme l’un des fondateurs du judaïsme rabbinique.

Rabbi Akiva, ambassadeur à Rome

Sur le plan théologique le Talmud rapporte de nombreuses disputations entre Rabbi Akiva et des incroyants parmi lesquels le gouverneur Romain de Jérusalem Tyrannus Rufus. Il fut aussi une importante personnalité politique mandaté plusieurs fois comme ambassadeur à Rome. Il fut associé à la dernière révolte contre le joug Romain et soutint Bar Kohba et ses hommes jusqu’à la chute de Betar et leur défaite définitive.

De nombreuses anecdotes rapportent sa générosité et ses efforts pour venir en aide à son peuple, comme par exemple ses voyages à Alexandrie et en Italie pour collecter des fonds en faveur de la communauté Juive restée en terre sainte.

Rabbi Akiva perdit 24 000 disciples dans une épidémie dont on dit qu’elle fut causée par de mauvaises relations entre eux. Cette tragédie s’arrêta miraculeusement le 18 Yyar, le 33ème jour de l’Omer en 3880 soit en 120 de l’ère commune. En souvenir de cette tragédie une période de deuil fut décrétée durant laquelle on ne se coupe pas les cheveux et on ne célèbre pas de mariages. Seuls cinq de ses disciples survécurent dont Rabbi Chimone Bar Yohai.

La torture

Malgré les nombreuses lois visant à interdire l’enseignement du judaïsme,  Rabbi Akiva continuait à le faire publiquement au mépris des conséquences, comparant le peuple Juif sans Thora à un poisson sans eau.

Et Rabbi Akiva finit par être arrêté par les Romains, jeté en prison le 5 Tichri 3894 soit en  134 de l’ère commune, mais il continua à enseigner la Thora à ses compagnons d’infortune. Il choisit d’affronter le martyre plutôt que d’abandonner même en apparence la Thora. Il fut condamné à être écorché vif avec des peignes de fer. Rabbi Akiva supporta la torture avec dignité en récitant le Chéma Israël, et en déclarant qu’il mourait pour la sanctification du nom divin.

Il fut ainsi démontré qu’un berger ignorant, descendant de convertis pouvait devenir l’un des maîtres et des sages les plus érudits et les plus aimés.

Pierre Mamou

Pierre Mamou

Pierre Mamou est né à Tunis qu’il quitte adolescent mais où il garde de nombreux amis et relations.Il choisit une carrière dans le commerce international qui lui permet de voyager dans le monde entier ,notamment en Chine et en Inde,mais sa véritable passion est d’aller à la rencontre des communautés Marranes,ces Juifs Espagnols obligés de se convertir ou de s’exiler il y a 5 siècles.Chaque mois il nous fera un récit historique et racontera ses rencontres d’Amsterdam à Livourne, de la Jamaïque à Goa en Inde à la découverte des communautés Marranes

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *