Questions à Alain Finkielkraut à propos de Jérusalem

 

Introduction au sujet et questions à Alain Finkielkraut. Par José Boublil

Une fois de plus, le débat public sur Jérusalem nous entraîne vers des affrontements de toutes parts. Les arabes en premier qui ne peuvent pas accepter l’idée d’une Jérusalem juive. Et si on est réaliste, ils n’acceptent même pas notre présence dans cette cité à en lire toutes les résolutions et positions de l’ONU, de l’Unesco, ou des Etats arabes.

Il y a quelques jours, Donald Trump a décidé d’affirmer que Jérusalem était la capitale d’Israël. Cette annonce a produit chez les juifs deux positions opposées, et qui méritent réflexion. Les gens de droite, en Israël et en dehors, ont vu cela comme un signe quasi messianique, confirmant tous nos textes, nos prières… En somme une justice qu’on attendait depuis si longtemps.

De l’autre côté, à gauche, même modérée, on s’est tout de suite inquiété de la rupture de ce fameux statu quo sur la ville sainte. Des tas de gens célèbres, artistes, philosophes ou politiciens, partout se sont littéralement révoltés contre la déclaration américaine.

Respect pour Finkielkraut

Je voudrais me poser cette question à propos d’un homme pour qui j’ai beaucoup de respect, qui défend cette position de révolte en tant que juif de la diaspora : Alain Finkielkraut.

Avant d’aborder la question de fond, je dois rappeler que cet homme a eu énormément de courage, au risque de sa tranquillité personnelle, familiale, en défendant Israël lors des événements les plus graves comme par exemple la dernière guerre. Cette personnalité, pourtant assez éloigné des traditions, s’est engagée face aux intellectuels français et à la poussée islamique, pour défendre la démocratie de notre pays. Pour cela, il a été réduit au statut de fasciste, lui le fils de déportés, par des gens qui, peut-être, étaient des enfants de collaborateurs. Pour cet « amour à sa manière » d’Israël, j’ai une véritable admiration pour lui. Et rien de modéré, même ce qui pourrait me déranger, ne saurait réduire ma sympathie.

Ainsi, ma question s’adresse à Finkelkraut et à tous ceux qui pourront m’apporter une réponse :

Cher Monsieur Finkielkraut, juste après l’annonce de Donald Trump  vous avez réaffirmé votre soutien à « une solution pour deux Etats », en indiquant que les américains venaient de réduire à néant cette belle idée. Je le redis, pour moi il ne fait strictement aucun doute que vous aimez Israël, que vous êtes sioniste à votre manière. Personne ne peut contester cela.

Beaucoup de mes proches -amis, familles- partagent vos vues. Et il est essentiel de rappeler que dire qu’il faut avancer vers cette solution est à des années-lumière de gens  comme Esther Benbassa, Roni Brauman, Noam Chomsky ou encore George Soros dont la démarche semble plutôt d’éradiquer l’Etat juif.

Là où j’ai toujours du mal à entendre vos arguments, c’est que, bien que pragmatiques, intelligents, il y a  un optimisme, une  naïveté, qui m’échappent. Je vais donner quelques exemples qui ne me rassurent vraiment pas quant à une paix solide et sincère, qu’on voudrait nous imposer dans un agenda rapide.

Les Questions

1) De façon banale, je vous indique que le mot « paix » au sens français du terme, à savoir un engagement ferme et irrévocable de ne plus se battre et de coexister, n’existe pas en arabe. En revanche, on parle dans les textes d’une « paix des braves », qu’on nomme également « trêve ». Ce côté exclusivement provisoire ne vous inquiète-t-il pas?

2) Comment pourrait-on m’expliquer l’accord sincère des palestiniens -dont le taux de croyance et de pratique du

Coran est proche de 100%- à ne plus nous attaquer, alors que persiste dans leur texte le principe du Dar-el-Islam; cette idée que toutes les terres conquises un jour, une minute même, par les arabes/les musulmans sont la propriété exclusive des arabes pour l’éternité. Israël est évidemment dans cette situation, et les arabes n’ont jamais renoncé à tout reprendre ?

3) Comment peut-on espérer une véritable tranquillité avec des voisins dont les « frères » des 22 pays arabes n’ont fondé aucune démocratie? Pire, aucun Etat laïc. Et tous leurs ressortissants non musulmans vivent presque partout des situations de danger. Notamment les coptes en Egypte, les chrétiens d’Orient à Nazareth, ou à Bethléem.

4) Dans les 20 dernières années, le globe a connu plus de 80% de conflits à l’initiative de musulmans (hors Rwanda), et avec des résultats désastreux (Somalie, Darfour, Syrie, Sud Soudan, Afghanistan, Iran-Irak, Philippines, Boko Haram…). Plusieurs millions de morts. Est-ce culturel ou simplement économique?

5) A propos de justice, de quel droit, un peuple dont les premiers membres étaient des Jordaniens, et des Egyptiens, réclament une terre dévolue à Israël depuis 3000 ans; et depuis 1917 (Lord Balfour)? Ce peuple qui n’a jamais eu d’Etat, de vêtements traditionnels, de plats traditionnels, a bénéficié d’une indulgence fautive des nations puisque jamais dans l’histoire on a accordé le statut de réfugié à d’autres que les exilés eux-mêmes. Les Palestiniens ont obtenu un statut de père en fils. Ce qui conduit les 500 000 âmes d’origine à plus de 4 Millions aujourd’hui. Ce cadeau considérable, à la base de ce conflit, demande symétrie: que fait-on des 900 000 juifs expulsés des pays arabes entre 1947 jusqu’à 1967? Ils doivent bien être 4 ou 5 millions aujourd’hui….

6) Comment interpréter, dans une vision pacifique, le refus de toute présence juive dans le nouvel Etat Palestinien? « Judenrein », personnellement ça m’effraie. Ce simple fait exige une réponse, Cher Monsieur. Ne croyez-vous pas?

7) Comment entamer un voisinage sain avec des gens qui ont commencé leur CP ou CE1 avec des cahiers violemment antisémites. Le conflit, les attentats où eux dansent et nous pleurons n’a pas atténué la haine. Je ne dirais pas que les Israéliens n’ont ni rancune, ni sentiment très dur; mais personne (très peu) ne vit avec l’envie de tuer des Palestiniens. De l’autre côté, il n’est pas possible de s’extirper de son éducation, surtout lorsqu’elle est si violente. De quelle manière cette haine viscérale évoluera, s’atténuera, lorsque ces gens seront les dirigeants de cet Etat Judenrein?

Crédibilité ?

En résumé, cher Alain Finkielkraut, je vous demande quelle crédibilité vous pouvez accorder à ce projet de « deux Etats pour deux peuples » à long terme, à la lumière des sept handicaps que j’ai soulevés (et que je pourrais facilement compléter par de nombreux autres paragraphes)? Pensez-vous que cette nouvelle donne épargnera de nouveaux morts?

Personnellement je crains une flambée d’attentats, justement parce que la culture arabe, nationaliste, reprend du poil de la bête dès que le sentiment d’une certaine faiblesse est perçue chez l’ennemi.

Je respecte votre point de vue, mais j’ai tant de craintes si on devait l’appliquer.

José Boublil

José Boublil

Chef d’entreprise dans les nouvelles technologies, ancien associé du cabinet Deloitte, sioniste convaincu.

8 pensées sur “Questions à Alain Finkielkraut à propos de Jérusalem

  • 13 décembre 2017 à 10:57
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    tres bon article qui resume tout le probleme d`une paix impossible ,je crois que finkielkraut a faute dans ces analyses ,je serais bien heureuse d`entendre sa reponse vu que j`ai ete choque de ces paroles

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  • 14 décembre 2017 à 10:52
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    Ce n’est pas la première fois qu’il me choque !!! Je pense que c’est un début de sénilité, comme l’était RABIN qui aurait tout cédé aux arabes !
    Et quand ces gens disent qu’ils veulent 2 Etats , il faut leur demander où il verrait cet Etat ….. un Etat terroriste au milieu d’Israël ????

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  • 15 décembre 2017 à 7:29
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    Hélas, l’histoire du peuple juif a très souvent subi de grands dommages à cause de certains juifs…Rappelons nous durant l’esclavage en Egypte, dans le désert du temps de Moïse…et même plus proche de nous…Maintenant nous avons aussi nos juifs tels Finkelkraut qui oeuvrent de bonne foi semble t il, donc consciemment ou pas contre Israël, tout en assurant agir pour la paix.
    Certes il est intelligent, mais hélas, un juif de gauche….avec lui tout peut être beau dans le meilleur des mondes…
    N’oublions pas qu’il a été admis à l’Académie Française grâce à l’insistance de notre regretté Jean d’Ormesson, qu’il repose en paix. Ce dernier ayant mis en jeu sa démission si la candidature de Finkelkraut était refusée.
    Ceci ne veut pas dire qu’il ne méritait pas cet honneur, mais simplement indiquait le rejet formulé par cette « noble assemblée »…pourquoi ??
    Restons donc vigilants et ne rejoignons pas ceux qui veulent détruire Israël avec le temps, faute de pouvoir le faire de suite.

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  • 17 décembre 2017 à 4:24
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    finkie a raison parce que l’alternative à 2 états c’est un état unique c’est à dire à terme un état à majorité arabe et donc à minorité juive ; donc fin du sionisme , fin de l’état juif . c’est ce que voulez monsieur boublil ?

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    • 20 décembre 2017 à 5:26
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      J’aime bien la simplicité de l’équation Monsieur Amar. J’imagine que vous avez
      travaillé dans le domaine de la philosophie -ou autres – plutôt que dans les mathématiques…
      Mais au fond ça vous évite de résoudre mes 7 questions et tant d’autres de gens mieux informés que moi. :))))

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      • 26 décembre 2017 à 5:09
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        allons y : 1 : la paix éternelle n’existe pas ; tous les traités de paix n’ont été en fait que des trèves . 2 : une armée forte qui a fait ses preuves depuis 70 ans . 3 : leur régime ne nous regarde pas ; l’essentiel est qu’israél ait les moyens de dissuation et c’est le cas . 4 / réponse : voir 2 et 3 . 5 : vous ne pouvez pas demander aux arabes de considérer la thora comme un acte de propriété signé devant notaire il y a 3000 ans ! Les arabes de judée samarie sont chez eux . Tout accord doit exclure tout droit au retour en israel mais permis dans un éventuel état palestinien . 6 : cela m’étonnerait que des israéliens veuillent vivre sous autorité palestinienne ; un aménagement des frontières tenant compte des réalités démographico-géographiques peut être envisagé . 7 : on ne signe des traités qu’avec des ennemis qui vous haïssent ; avec des amis ce n’est pas la peine . A mon tour de poser une question : supposons l’annexion de la judée samarie : quel statut envisager pour les arabes ? citoyens à part entière comme les arabes de haïfa ou yaffo ? résidents permanents comme ceux de jérusalem ? parqués dans un archipel de mini bantoustans ? croyez vous que c’est tenable à long terme ?

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    • 21 décembre 2017 à 5:06
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      M. Amar, la fécondité actuelle de la composante juive de la population israélienne a dépassé celle des musulmans, et elle tend à s’améliorer avec les années (grâce en particulier aux juifs pratiquants, augmentés par le mouvement de Techouva).
      Vous n’avez aucune crainte à avoir pour un état unique !

      https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mographie_d%27Isra%C3%ABl :
       » En 2016, pour la première fois depuis l’indépendance de l’État d’Israël, le taux de fécondité des femmes juives dépasse celui des femmes arabes (3,16 enfants par femme pour les Juifs contre 3,11 pour les Arabes). »

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      • 26 décembre 2017 à 5:26
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        aujourd’hui le rapport démographique dans le « grand israél » est à peu près fifty fifty . la forte fécondité juive ne concerne que les harédim dont une partie est plus antisioniste que les pires extrémistes arabes . dans ces milieux il y a une déperdition du fait de jeunes filles ou garçons qui ne veulent plus vivre sous une telle rigueur : il y a même des foyers pour les accueillir . On ne peut pas être certain que cette forte fécondité se maintiendra et même si c’était le cas il faudra 40 ou 50 ans pour que l’on passe de 50% à 52 ou 53% : est ce une majorité « confortable  » pour préserver le caractère juif de l’état ?

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