Que savons-nous sur l’origine des Juifs d’Ethiopie : les Beta-Israel

D’après leur propre tradition, les  Beta-Israel tirent leur origine des notables de Jérusalem qui accompagnaient Ménélik, fils du roi Salomon et de la reine de Saba, quand il revint dans son pays, l’Ethiopie.

Cependant, cette croyance peut paraître fragile lorsque – en suivant une autre source, – on situe le royaume de Saba au Sud de la Péninsule d’Arabie, dans l’actuel Yémen. Dans le Coran, Mahomet connaît trois religions monothéistes : la juive, la chrétienne et celle des Sabéens. Un étroit bras de mer (le détroit de Bab-el-Manbeb), sépare le Yémen de l’Ethiopie, d’où la confusion entre les deux versions.

Le judaïsme était largement propagé en Arabie du Sud depuis le règne du roi Saül.  Quoi qu’il en soit, les chroniques éthiopiennes montrent que le judaïsme s’était étendu dans le pays bien avant la conversion au christianisme de la dynastie Axum au 4ème siècle. Ceux des juifs qui résistèrent au prosélytisme chrétien en Ethiopie furent vite l’objet de brimades, ce qui les contraignit à se retirer des régions côtières et à se réfugier vers la zone montagneuse au Nord du Lac Tana. Ils s’y concentrèrent et vécurent en entière indépendance sous leurs propres chefs.

Les révoltes contre le Négus

Au 10ème siècle, les Les Beta-Israel jouèrent un rôle important dans l’offensive des tribus Agau contre la dynastie Axum. Toujours d’après la tradition éthiopienne, il y avait parmi eux une reine nommée Judith, qui conduisit les rebelles à destituer le Négus et à passer leur colère sur les chrétiens.

Il reste établi que, depuis lors et jusqu’au 17ème siècle, les  Beta-Israel gardèrent leur indépendance. En effet, lorsque les tribus Agau se révoltèrent à nouveau contre le pouvoir central, les  Beta-Israel, conduits par leur roi Gédéon, s’associèrent à la révolte. Après avoir maîtrisé la rébellion, le Négus concentra toute sa puissance contre les  Beta-Israel et les attaqua dans leur territoire.

Il conquit leurs forteresses; un grand nombre d’entre eux furent massacrés. Le Négus promit aux survivants le retour en paix dans leurs villages s’ils laissaient tomber les armes. Cependant, peu après, le même Négus, sous la pression du clergé, mettait les  Beta-Israel devant l’alternative ; la conversion ou la mort. Refusant le baptême, le roi Gédéon fut tué avec beaucoup de ses sujets au cours d’une dernière bataille acharnée. Les Beta-Israel qui survécurent furent réduits à l’esclavage, et la peine de mort fut décrétée contre ceux persistant dans la pratique du judaïsme. Cette pratique fut poursuivie, pour être préservée jusqu’à nos jours.

Les fugitifs des tribus de Dan, Asher, Gad et Naftali

Il y a d’autres sources sur l’origine des  Beta-Israel. Un voyageur juif du 9ème siècle Eldad ha-Dani – a laissé des indices sur les juifs dispersés de son époque. D’après lui, les fugitifs des tribus de Dan, Asher, Gad et Naftali, rescapé de la chute du premier royaume d’Israël, se rassemblèrent dans une région dénommée Havilà, proche de l’Ethiopie, et fondèrent un royaume, dont fut proclamé roi un certain Abdiel.

De là situer en ce royaume l’origine des Beta-Israel il n’y a qu’un pas, d’autant plus que les annales éthiopiennes concordent pour attester l’existence d’un Etat juif autonome.

Fort curieusement, la région dénommée Havilà est citée dans Béréchit 2/11, comme étant le « pays de l’or ». En fait, la zone choisie par les Beta-Israel pour leur établissement primitif se trouve sur la grande route sud-nord que, pendant des millénaires, parcoururent des caravanes de chameliers, assurant le trafic de l’or et des esclaves noirs, entre le centre de l’Afrique d’une part, l’Egypte, l’Arabie et tout le Proche-orient, de l’autre.

Benjamin de Tudèle – célèbre voyageur séphardi du 12ème siècle – cite des juifs éthiopiens dans ses récits, tandis que le géographe arabe Idrisy, son contemporain, savait que des juifs vivaient près de l’affluent du Nil, le Tacazzé, qui coule justement dans la région des Beta-Israel.

Traces historiques nombreuses

Par la suite, les traces historiques des Beta-Israel sont de plus en plus nombreuses. Eliyah de Ferrare (15ème siècle) eut connaissance de la lutte des Beta-Israel contre les chrétiens qui voulaient leur imposer la conversion ; Ovadià de Bertinoro, son contemporain, connu lui-même des Beta-Israel en Egypte. Au cours des 16ème et 17ème siècles, de nombreuses missions catholiques tentèrent de convertir les Beta-Israel.

Les dangers d’assimilation furent encore grands au 19ème siècle, lorsque des missions protestantes américaines, puissamment financées, s’attachèrent à les séduire vers la conversion, ce qui paraissait facile, étant données leurs conditions très misérables.
Le sort des Falashas commença enfin à attirer l’attention de personnalités juives. Une action efficace en leur faveur fut entreprise et évolua favorablement grâce à Jacques Faitlovich, orientaliste juif d’origine polonaise, qui forma un comité international pro- Beta-Israel, pour la création d’écoles dans leurs villages, dans le but de promouvoir leur émancipation et, grâce à de puissants subsides, améliorer leurs conditions de vie.

S’étant fixé en Israël après la dernière guerre mondiale, c’est lui qui amena l’Agence juive à assurer la relève de son œuvre, sur une échelle plus étendue et plus active.

Et aujourd’hui ?

Où en est le problème des Beta-Israel aujourd’hui ? Si leur sort suscita un grand intérêt en Israël, il ne fut pas question de considérer, tout de suite, leur immigration et leur intégration, étant donné le doute sur leur judéité. Cependant, dès 1921; Rav Kook n’hésitait pas à reconnaître les Beta-Israel comme partie intégrante du peuple juif. En mai 1973, Rav Ovadia Yossef déclarait officiellement que les Beta-Israel sont juifs, descendants de la tribu de Dan. Rav Shlomo Goren prenait aussitôt la même position.

Depuis que quelques groupes se sont établis en Israël et se sont intégrés à la vie du pays, l’expérience semble rassurante. Les restrictions sur leur immigration ont été assouplies, parallèlement à l’aide financière assurée conjointement par l’Agence juive, le Congrès juif mondial et le Joint. On peut donc espérer que les derniers lambeaux de ce peuple juif pourront finalement réaliser le rêve millénaire de rejoindre la terre de ses ancêtres.

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