Pronostics : qui succédera à Mahmoud Abbas ?

Alors que la santé du raïs de Ramallah est à nouveau sur la sellette, une question récurrente pointe son nez à chaque signe de faiblesse du leader de 82 ans. Entre sentiments de peur et d’urgence, les pronostics vont bon train quant aux prétendants à la direction de l’Autorité palestinienne ?

 Depuis la réélection de Mahmoud Abbas à la tête du Fatah en 2016, les commentateurs décrivent un étouffement de la démocratie et une gouvernance plus autoritaire dans les Territoires palestiniens. Tous s’inquiétent de la non-désignation d’un successeur, du report des élections et de l’érosion de la liberté de la presse. Selon eux, cet état de fait, conjugué à l’absence d’édification d’un État palestinien, pourrait mettre le feu aux poudres. Si toutefois Abbas devait laisser son poste vacant.

Un scénario mis en avant par Nathan Thrall, analyste du « International Crises Group ». Il prédit un nouveau cycle de violence israélo-palestinien à la « fin de l’ère Abbas ». Selon lui,  les palestiniens pourraient prendre « les choses en main » dans les zones situées hors du contrôle de l’AP. A Jérusalem et Gaza, dans les prisons israéliennes, les villages et les camps de réfugiés. Pour Thrall comme pour de nombreux autres analystes, sans un noyau autoritaire et sans élections démocratiques, les intérêts de nouveaux groupes extrémistes religieux ou salafistes s’alimenteraient naturellement.

Lors d’une conférence organisée en 2016 par le « British Israel Communications and Research Centre » (BICOM), Paul Scham, universitaire, a confié qu’en ce qui concerne la succession d’Abbas, « Parmi la demi-douzaine de candidats probables et un nombre similaire d’éminences sombres, il n’y en a pas un plus susceptible d’être choisis que les autres ».

Les noms évoqués

Saeb Erekat, Yasser Abed Rabbo ou encore Ahmed Qurei, 80 ans, sont des successeurs potentiels. Il est également possible qu’un triumvirat de membres âgés du Fatah, jaloux les uns des autres, cherchant à s’accrocher au pouvoir, donne une continuité à la gouvernance statique d’Abbas. « Je pense que dans une situation chaotique de transfert de pouvoir, plusieurs partis ont des revendications légitimes pour diriger », a déclaré Rumley, chercheur à la « Foundation for Defense of Democracies » et co-auteur d’une biographie sur Abbas. Cette option impliquerait des organes tels que le Comité central du Fatah, la Cour constitutionnelle, les 120 membres du Conseil central de l’OLP, les 22 membres du Comité exécutif de l’OLP et le Conseil législatif palestinien. Un état de fait qui serait dans l’intérêt de la communauté internationale, mais pas de la société civile palestinienne.

Grant Rumley mise sur la jeune génération dont Majid Faraj. C’est le chef de l’intelligence à l’Autorité palestinienne. Il est introduit au Fatah et apprécié des américains et des israéliens. Sur cette liste figure également les noms de Marwan Barghouti. Ce dernier purge actuellement sa peine à perpétuité en prison. Jibril Rajoub, ancien chef de sécurité, Mohammad Shtayyah, politicien et expert économique, et Mahmoud Aloul, nouveau vice-président du Fatah sont également cités. En scrutant vers Gaza, Mohammad Dahlan, personnalité soutenue à l’étranger, pourrait lui aussi incarner l’image d’un leader. personne n’a oublié son passage au sein des services de sécurité palestiniens. Il avait été expulsé par le Hamas en 2011.

Israël se prépare

Le gouvernement israélien de droite, qui se prépare à l’ère post-Abbas, évoque l’annexion de la zone C. La mort d’Abbas pouvant servir de prétexte à agir. Certaines voix considèrent ainsi que les chances de voir naître un État palestinien se sont littéralement évanouies. La solution à un État étant la seule option viable.

Néanmoins, l’histoire nous enseigne que personne n’est irremplaçable. Et les événements récents au Moyen-Orient ont démontré que le chaos est généralement survenu suite au renversement des vieux dirigeants, mais aussi à la décomposition conséquente des paradigmes nationalistes et à l’émergence de l’extrémisme religieux.

Katja Epelbaum

Katja Epelbaum

Diplômée de la Sorbonne en Science politique et en Histoire, j'ai toujours su que je m’épanouirais professionnellement dans l’écriture. Depuis l'Alya, Katja collabore avec le journal Hamodia et Le Mag, et poursuit différents projets d’écriture.

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