Pourquoi la politique arabe de Donald Trump est plus subtile qu’il n’y paraît

Par Pierre Rehov qui est reporter de guerre, réalisateur de documentaires et romancier. Pour Pierre Rehov, Donald Trump n’a pas été complaisant envers l’allié saoudien des États-Unis. Le décryptage de son discours dans son intégralité prouve au contraire qu’il a fait souffler le chaud et le froid. 

Une fois de plus j’ai été surpris de constater l’écart entre les discours du président Donald Trump en visite officielle au Moyen Orient et ce que la plupart des médias, y compris américains, ont bien voulu rapporter. L’un des points culminants de cette erreur de lecture, volontaire ou non, a été à mon sens la rubrique d’Éric Zemmour au micro d’«On n’est pas forcément d’accord» sur RTL.
D’après le polémiste, Trump aurait redonné aux Saoud leurs lettres de noblesse, en chantant les louanges d’un merveilleux pays et en s’extasiant devant l’accueil fastueux que les rois du pétrole lui avaient réservé. À croire qu’en visite officielle à Riyad, le président des États Unis avait d’autre choix que de jeter le chaud et froid sur son auditoire, s’il voulait faire passer son message d’union renforcée contre l’hégémonisme iranien et le radicalisme salafiste.
Il est vrai que la première partie de son intervention n’a fait qu’encenser le royaume et son leader dont «les mots ne rendent pas justice de la grandeur de ce remarquable lieu et l’incroyable hospitalité qui lui a été offerte».

S’il en était resté là, Éric Zemmour aurait eu, comme souvent d’ailleurs, raison dans son analyse.
Mais c’était sans écouter la suite du discours, écrit dans un langage qui tranche, ô combien, avec les atermoiements de Barack Obama, tout en courbettes devant le précédent monarque et qui, de toute sa carrière, n’a jamais été capable d’associer les termes «terrorisme» et «islamiste».
Tout d’abord, notons un point intéressant, presque jamais relevé. Le royaume d’Arabie Saoudite est interdit aux Juifs. Ce qui n’a pas empêché Donald Trump de se faire accompagner par sa fille, Ivanka, convertie au judaïsme orthodoxe depuis son union avec Jared Kuchner.
L’on pourra donc trouver jubilatoire l’image du roi Salman serrant la main, en son royaume, à une jeune femme cheveux au vent, représentant ce que l’Islam radical abhorre depuis que Mahomet – après avoir massacré la tribu des Koraichi qui refusaient la conversion forcée – jeta un anathème sur les Juifs. Un anathème sans doute à la source du conflit Israélo-Arabe d’aujourd’hui.
Une première, donc, dès l’arrivée de Trump sur le sol saoudien, à laquelle il faut ajouter un petit détail de protocole. Le roi Salman – fait unique – plutôt que de circuler dans son carrosse royal a rejoint son palais dans la voiture présidentielle.

Le ton, quelque part, était donné. Loin d’accueillir un vassal, soumis à la toute-puissance du pétrodollar, le Saoud, toute honte bue, faisait, par ce geste, la démonstration d’un renversement d’allégeance. Chacun sa place et les moutons seront bien gardés.

Plus tard, devant le même roi et 50 dirigeants de pays islamiques, le Président américain s’est livré à ce discours historique, sans compromis, et d’un réalisme étonnant.
«Avec l’aide de Dieu, ce sommet marquera le début de la fin pour ceux qui pratiquent la terreur et répandent leur vile croyance»
Cette phrase ne fut que l’amorce de ce qui allait suivre car, devant une audience subjuguée, pour ne pas dire tétanisée, le président Trump ne s’est pas gêné pour ajouter: «Les leaders religieux doivent être très clairs là-dessus: la barbarie n’apportera aucune gloire, l’adoration du mal ne vous apportera aucune dignité. Si vous choisissez le chemin de la terreur, votre vie sera vide, votre vie sera courte et votre âme sera condamnée à l’enfer.»
À qui s’adressait-il? Aux leaders de Daesh, d’Al Qaida ou du Hamas? Non, aux dirigeants des pays du golfe qui l’écoutaient sans en croire leurs oreilles.
Il est utile de noter que, contrairement aux Occidentaux, les musulmans ne craignent pas la mort, mais sont terrifiés par l’enfer, auquel ils croient sans la moindre nuance. Et comme si cette menace ne suffisait pas, Trump d’ajouter:
«Chaque pays de cette région a un devoir absolu de s’assurer que les terroristes ne trouvent aucun abri sur leur sol. Cela veut dire affronter honnêtement la crise de l’extrémisme islamique et les groupes terroristes islamiques qu’il inspire. Et cela veut dire aussi se dresser ensemble contre le meurtre d’innocents musulmans, l’oppression des femmes, la persécution des juifs, et le massacre des chrétiens».
Un grand discours, telle une belle symphonie, ne peut se concevoir sans un crescendo conduisant à une apothéose. Je relèverai donc ce passage, prononcé avec force et conviction: «Un meilleur futur n’est possible que si vos nations se débarrassent du terrorisme et des extrémistes. Jetez les dehors. Jetez-les hors de vos lieux de culte. Jetez-les hors de vos communautés. Jetez-les hors de vos terres saintes, et jetez-les hors de cette terre».
Cette emphase n’est pas innocente, car pour que les dirigeants musulmans présents soient ainsi conviés à s’attaquer au terrorisme, encore fallait-il qu’ils commencent par reconnaître leur responsabilité dans la naissance d’organisations extrémistes parmi les pires.

Lire la suite sur le Figaro.fr

Lire la suite

source : Telavivre