Pourquoi Israël sera blâmé pour l’absence d’élections chez les Palestiniens ?

 

Voici comment le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas et ses conseillers tenteront d’échapper à la possibilité de tenir des élections pour le Parlement palestinien et la présidence de l’Autorité palestinienne. Ils trouveront sans aucun doute la solution palestinienne traditionnelle ultime: blâmer Israël! Par Maurice Hirsch, lieutenant-colonel (réserve).

Il y a deux partis dominants dans la politique palestinienne: le Fatah et le Hamas. Au cours des années de formation de l’Autorité palestinienne (1994-2005), le Fatah, le membre dominant de l’Organisation de libération de la Palestine et le parti du père fondateur de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, a dirigé le perchoir. Le candidat du Fatah a été élu président de l’AP et le Fatah a dirigé le Parlement palestinien naissant.

Le Hamas, l’organisation terroriste internationalement désignée, a passé les années de formation de l’AP à renforcer son pouvoir. D’une part, il a mené des centaines d’attaques terroristes. De l’autre, il a créé tout un réseau de protection sociale comme alternative à la règle corrompue de l’AP / Fatah. Les deux moyens ont servi le même objectif: susciter la faveur des Palestiniens afin d’ouvrir la voie à une concurrence efficace contre le Fatah.

Lors des élections de 2005 au poste de président de l’AP, le moment n’était pas encore venu pour le Hamas de lancer un défi. Par conséquent, il a boycotté les élections. Seuls 800 000 des 1 700 000 électeurs potentiels ont voté. Abbas n’a recueilli que 62% des suffrages exprimés.

L’après 2006

Les élections de 2006 pour le Parlement de l’AP ont été complètement différentes. Ces élections ont fait suite au «désengagement» d’Israël de Gaza. Puis le Premier ministre israélien comateux Ariel Sharon a été remplacé par Ehud Olmert. Les deux événements ont enhardi le Hamas.

Abbas, avait pris différentes mesures pour faciliter une victoire supplémentaire du Fatah. Il voulait légitimer son règne et sa majorité au Parlement. Il a donc insisté pour qu’Israël autorise le Hamas à participer aux élections, même à Jérusalem. Abbas pensait alors, piéger les Israéliens. À son grand désespoir, Israël a accepté.

Face à l’immense pression internationale, Olmert a capitulé.  Il a autorisé le Hamas à participer. En compétition  à Gaza, dans les zones contrôlées par l’Autorité palestinienne en Judée-Samarie et à Jérusalem sous le nom de «Changement et réforme», le Hamas a écrasé le Fatah. Ce fut également le cas en Judée-Samarie. Un groupe terroriste a ainsi obtenu une majorité absolue au Parlement.

Cependant, la domination du Hamas sur l’ensemble de l’AP a été de courte durée. Israël a arrêté la plupart des ministres du Hamas (à la suite de l’enlèvement du soldat de Tsahal, Gilad Shalit, en juin 2006). Pour sa part, la communauté internationale a exprimé des réserves quant à la fourniture d’une aide à un gouvernement de l’Autorité palestinienne dirigé par une organisation terroriste internationalement désignée. Abbas a alors saisi l’occasion. Il a déposé le gouvernement du Hamas puis l’a remplacé par un gouvernement plus à son goût.

Le Hamas a refusé d’accepter cette décision. A l’été 2007, il a violemment pris le contrôle de la bande de Gaza. On connait la suite.

Le plan B

La fracture entre le Fatah et le Hamas s’est poursuivie au cours des 13 dernières années. Elle a été constamment utilisée comme excuse pour l’absence d’élections. Ainsi, lorsque le Hamas a récemment accepté les conditions du Fatah pour la tenue d’élections – des élections séparées pour le Parlement et la présidence – Abbas devait passer au Plan B: Blâmer Israël.

Qu’il n’y ait pas de doutes. Abbas et son parti Fatah n’ont absolument aucune envie d’organiser des élections. Que ce soit au Parlement palestinien ou à la présidence. Dans les deux cas, ils savent qu’ils sont loin d’être assurés de gagner. Ainsi, tout en prétendant vouloir jouer le jeu démocratique, de leur point de vue, les élections doivent être évitées à tout prix.

Le jeu est simple. Premièrement, persuader la communauté internationale que de véritables élections palestiniennes ne peuvent avoir lieu que si toutes les soi-disant «factions palestiniennes» sont autorisées à y participer. Ajoutez ensuite la demande faite à la communauté internationale d’obliger le gouvernement israélien à «se conformer aux dispositions convenues pour les élections générales palestiniennes à Jérusalem-Est».

Le terme «factions palestiniennes» est un euphémisme pour le Hamas et d’autres personnes désignées par Israël et la communauté internationale comme des groupes terroristes. Il va sans dire qu’aucun accord israélo-palestinien n’exige qu’Israël autorise l’Autorité palestinienne à organiser des élections à Jérusalem avec la participation de groupes terroristes.

Jérusalem et les groupes terroristes

En d’autres termes, selon Abbas et l’OLP, pour que les élections palestiniennes se tiennent, Israël doit autoriser des groupes terroristes désignés à Jérusalem, la capitale d’Israël, à faire campagne et à se présenter aux élections palestiniennes.

Avec l’impasse politique qui a saisi Israël au cours de la dernière année, il semblerait qu’il n’y ait aucune raison de croire que l’un des deux candidats potentiels qui deviendront éventuellement le Premier ministre israélien, décidera soudainement d’abandonner tous ses principes. Personne n’autorisera les groupes terroristes palestiniens à faire campagne à Jérusalem.

Quand Israël refusera cet ultimatum, Abbas déclarera que les élections doivent être repoussées. Dans le même temps, il rejettera carrément la responsabilité du retard sur Israël. De cette manière, les élections palestiniennes seront évitées. Abbas et le Fatah continueront de contrôler les zones de Judée et de Samarie actuellement sous leur coupe. Quant au Hamas, il continuera de contrôler Gaza. Et Israël sera bien sûr blâmé.

Cet article a été initialement publié sur The Jerusalem Post du site le 4 décembre 2019.

Maurice Hirsch, lieutenant-colonel (réserve) est le chef des stratégies juridiques de « Palestine Media Watch ». Il a servi pendant 19 ans au département de l’avocat général militaire de Tsahal. Dans son dernier poste, il a été directeur des poursuites militaires en Judée-Samarie.

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