Pie XII et la Shoah: l’ouverture des archives du Vatican

Le 4 mars 2019, le pape François a annoncé que le Vatican ouvrirait les fichiers secrets liés au pape Pie XII pendant la Seconde Guerre mondiale.

Avant d’analyser et de commenter cette décision tardive du pape, voici quelques rappels historiques et observations :

Le pape Pie XII, Eugenio Pacelli est issu d’une famille de diplomates. Il a vécu en Allemagne au moment où le nazisme a relevé la tête. Devenu pape, le 12 mars 1939, il est parfaitement au courant des persécutions des Juifs. Il sera informé par des évêques et notamment de Pologne sur le massacre systématique des Juifs.

L’ambassadeur du Vatican à Varsovie, Casimir Papé, a écrit au pape : « les déportés sont mis à mort par différents procédés dans des lieux spécialement préparés à cette fin ».

Le prêtre de Cracovie, Karol Wojtyla, (devenu en 1978, le pape Jean Paul II) a aidé et a protégé des familles juives pendant la guerre et s’est plaint que « des Polonais soient utilisés pour participer à l’extermination des Juifs ».

En 1928, le Saint-Office a condamné, timidement, l’antisémitisme racial.

En 1938, suite à son alliance avec Hitler, Mussolini signe le Pacte d’acier et suit le modèle antisémite allemand à la lettre.

Cinquante mille Juifs italiens sont chassés de la vie publique, culturelle et financière et commencent à prendre le chemin de l’exil. Ils étaient installés à Rome depuis la destruction du Second Temple en l’an 70 de notre ère, et voilà qu’ils sont soudain indésirables, sur cette terre devenue au fil des siècles le foyer de l’émancipation des Juifs. Sur le sol qui abrite la cité du Vatican, les prières juives ne sont pas entendues et le pape fait la sourde oreille.

En juin 1943, devant le Sacré-Collège, le pape Pie XII a parlé de « ceux qui, en raison de leur nationalité ou de leur race, sont accablés des plus grandes épreuves et parfois même destinés, sans faute personnelle, à des mesures d’extermination. »

Il ne prononce aucune déclaration publique et n’entame pas une seule démarche diplomatique concrète en faveur des Juifs. La politique silencieuse du Vatican s’explique par la crainte de ne pas envenimer les relations avec l’Allemagne. Des démarches et protestations se sont souvent traduites par de violentes persécutions contre des prêtres polonais et allemands.

A travers les siècles et particulièrement durant les années qui ont précédé la Deuxième Guerre mondiale, nous avons constaté que l’Eglise catholique et le Vatican n’ont pas souhaité la propagation des vagues d’antisémitisme. L’antisémitisme religieux, catholique, n’a jamais encouragé ou appelé à un génocide. Pour le Saint-Siège, Hitler considérait le pape comme son ennemi numéro 1 et une confrontation avec lui n’était pas souhaitable.

Toutefois, l’antijudaïsme qui remonte à la crucifixion de Jésus (Yeshoah le juif), a laissé le Saint-Siège perplexe, voire indifférent, et l’antijudaïsme a sans doute inspiré l’idéologie nazie. Le Vatican aurait dû comprendre qu’après le “sacrifice” des Juifs, c’est l’Eglise tout entière qui sera la prochaine victime d’Hitler. En défendant les Juifs, les Chrétiens seront aussi épargnés.

Rappelons aux croyants catholiques, Matthieu XXVII, 45-46 : « Depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième, il y eut des ténèbres sur toute la terre. Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Eli, Eli, lama schavaktani? C’est-à-dire : Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ce verset du Nouveau Testament, n’est-il pas identique au Psaume XXII de David : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné, loin de me porter secours, d’entendre mes paroles suppliantes. »

Ne sont-ils pas, effectivement, les mêmes versets adressés au même Dieu ! Ces paroles de détresse avec le “Schéma Israël” ont été prononcées par les déportés dans le désespoir mortifiant des camps de la mort !

Officiellement, personne n’a condamné rigoureusement les actes antisémites et les persécutions en Europe, et rien n’a été fait pour éviter la montée du fascisme et du dictateur Mussolini à Rome. Aucun pape, aucun cardinal, ni archevêque n’a mis en garde, publiquement, les fidèles chrétiens en dénonçant les vagues de racisme et d’antisémitisme. Tous ont gardé un mutisme complice, et se sont montré indifférents face à la montée d’Hitler et la publication de son idéologie antijuive.

Rappelons que le pape Pie XI, a osé déclarer que « spirituellement, les catholiques sont des sémites ». Il a revendiqué, clairement, la filiation juive du christianisme. Depuis la Shoah, le Vatican a refusé d’ouvrir les archives de cette sombre époque.

Cependant, il a révisé fondamentalement son attitude et s’est “réconcilié” avec les Juifs et le judaïsme. Ce n’est qu’en 1993, 45 ans après la création de l’Etat d’Israël que le Vatican, sous Jean Paul II, a noué des relations diplomatiques complètes et reconnaitra de facto et de jure, le droit des Juifs de retourner en Terre sainte et construire leur propre Etat.

Jean Paul II comme son successeur Benoit XVI ainsi que le pape François, effectueront un voyage officiel en Israël et visiteront le mémorial de Yad Vashem.

Les Archives secrètes du Vatican et Pie XII, une analyse de Julian Schvindlerman, auteur de Rome et Jérusalem : La politique du Vatican à l’égard de l’État juif.

Le 4 mars 2019, alors qu’il s’adressait à 75 responsables des archives secrètes du Vatican, le pape François a déclaré que l’Église « n’a pas peur de l’histoire, elle l’aime et veut l’aimer plus encore, tel que Dieu l’aime. »

A l’occasion du 80e anniversaire de l’élection d’Eugenio Pacelli au trône de Saint-Pierre, le pape François a annoncé que le Vatican ouvrirait aux chercheurs les dossiers secrets relatifs au pontificat de Pie XII. Lire la suite sur jforum.fr