Paris-Ramallah: de l’usage (dé-)raisonné de nos fonds publics

 

Par Oudy Bloch (voir la présentation de l’auteur au bas de cet article). Le 9 juin 2017, une information judiciaire visant Lafarge-Holcim était ouverte pour « Financement d’entreprise terroriste » et « mise en danger de la vie d’autrui ». Mi-novembre, des perquisitions étaient menées au siège du cimentier. Dans un communiqué, Lafarge reconnaît un financement indirect de groupes armés par sa filiale syrienne.

Inacceptable. Juridiquement. Politiquement. Moralement. Mais ce sont des fonds privés.

La France, elle, via l’Agence Française de Développement (AFD) et le Ministère des Affaires Etrangères entre autres, finance à hauteur de millions d’euros de fonds publics des campagnes prétendument en faveur des palestiniens menées par des organisations qui participent à la délégitimation de l’Etat d’Israël et qui, pour certaines d’entre elles, ont aussi des liens avec des organisations terroristes.

Un travail d’enquête sérieux réalisé par l’organisation non gouvernementale israélienne NGO Monitor – qui ne reçoit aucune subvention d’aucun gouvernement, pas même du gouvernement israélien – permet de se rendre compte de l’étendue de cette inavouable gabegie.

C’est ainsi que l’AFD s’est engagée à hauteur de 500.000€ environ au bénéfice de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) entre 2012 et 2019.

Très impliquée dans la campagne internationale Boycott Désinvestissement Sanction (BDS), l’AFPS a, par ailleurs, financé et/ou soutenu l’Union of Agricultural Works Committees et l’Union of Health Works Committees, deux organisations palestiniennes considérées comme étant affiliées à l’organisation terroriste Front de Libération de la Palestine (FPLP). Ce FPLP dont l’AFPS exige d’ailleurs qu’il soit, tout comme le Hamas, retiré de la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne. Rien d’étonnant à cela quand on sait que M. Taoufiq Tahani, ancien président de l’AFPS et actuel président d’honneur, rend hommage à Georges Habache et Abu Ali Mustapha, respectivement fondateur et secrétaire général du FPLP.

Généreuse AFD

Généreuse, l’AFD s’est également engagée auprès de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine (PFP) pour près de 740.000€ entre 2009 et 2019. La PFP mène une campagne de boycott des « colonies israéliennes » (« Made in Illegality ») et participe à des projets localement. Un de ses partenaires est l’organisation Ittijah, qui regroupe différentes associations palestiniennes. Le responsable de ce réseau, Amir Makhoul, a été condamné en 2010 en Israël à 9 ans d’emprisonnement pour espionnage au profit du Hezbollah.

Mais Claude Leostic, Présidente de la PFP et membre du Conseil national de l’AFPS, ne s’en laisse pas compter. Elle soutient la libération des terroristes Marwan Barghouti (Brigades des Martyrs d’al Aqsa), Ahmad Saadat (FPLP) et Georges Ibrahim Abdallah (FARL) et dénonce le Crif selon les poncifs antisémites les plus éculés de fourberie et de traitrise comme une « cinquième colonne », des « infiltrés », « l’état dans l’Etat, le Mac Carthysme sioniste affiché », M. Macron à sa solde.

Le Ministère des Affaires Etrangères dont plus personne n’ignore le tropisme pro-palestinien finance, quant à lui, l’AFPS (115.000€ de 2013 à 2015) et d’autres associations de la même engeance (Al-Haq, dont le responsable et secrétaire général de la FIDH, M. Shawan Jabarin aurait appartenu, selon l’armée israélienne, au FPLP ou encore le Women Center for Legal Aid and Counselling dont l’une des activistes publie des messages violemment antisémites sur twitter).

Cela est sans compter sur les dons de certains députés et sénateurs sur leurs réserves parlementaires (plus de 30.000€ en 2016).

Le coup de pouce du bureau du Premier ministre

Plus surprenant, le bureau du Premier Ministre a soutenu techniquement ou financièrement, par le biais du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires (CGET), une série de vidéos réalisées par une association pro-palestinienne, l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP). A chacun sa « caution morale » juive.

Or les propos tenus dans ces vidéos « Paroles Juives contre le Racisme » sont proprement consternants. Des membres de l’UJFP, face caméra :

 

  • accusent la France de promouvoir un racisme d’Etat («Je considère aujourd’hui que c’est [la loi sur le foulard à l’école] surtout un instrument islamophobe avec une volonté d’extension sur tous les espaces publics, une lutte islamophobe clairement organisée par l’Etat»,
  • accusent Israël d’être un Etat structurellement raciste et le sionisme d’être raciste («Le sionisme est raciste. Je dirais même que le sionisme est antisémite»),
  • mettent sur un même plan les opérations armées israéliennes à Gaza en réponse aux tirs de roquettes, l’assassinat des enfants juifs d’Ozar Hatorah par Mohammed Merah et la déportation des tziganes par les nazis (« quand on meurt parce qu’on est palestinien et qu’on est bombardé par Israël ou quand on meurt parce qu’on est juif et qu’on se fait tuer par Mohammed Merah ou quand on meurt parce qu’on est tsigane et qu’on a été déporté par les nazis, en tous les cas on est victime d’un processus de déshumanisation« )
  • ou rejettent 3.500 ans d’histoire juive en Israël («Le sionisme pour moi est la question de la séparation du monde en races. Donc mon judaïsme dit qu’au contraire le juif c’est le juif errant, le juif de la diaspora »).

On observera que ces morceaux de bravoure sont également soutenus par la PFP de Claude Leostic et l’on ne s’en étonnera pas.

Le mauvais cocktail

On s’étonnera, en revanche, de la capacité du gouvernement français à dénoncer avec force et vigueur l’antisionisme comme une nouvelle forme d’antisémitisme, à combattre le terrorisme et à financer, parallèlement, des associations dont les actions tendent à l’exact opposé.

Quant au soutien par le bureau du Premier ministre de vidéos qui insultent la France, réécrivent l’Histoire et qui auraient pour vocation d’être visionnées dans les établissements scolaires, on en reste atterré. Il y a donc des fonctionnaires, au sein de ce Commissariat, pour valider un projet aussi outrageant et voir un rapport entre « les politiques de lutte contre les inégalités territoriales » et ces vidéos affligeantes qui ne traitent en rien de la mission du CGET.

Il reste de ces financements et soutiens divers le goût amer du renoncement, du double discours et de la prise d’otage électorale. Un bien mauvais cocktail pour commencer l’année.

Oudy Bloch

Oudy Bloch

Avocat aux Barreaux de Paris et New-York en droit pénal, propriété intellectuelle et droit des contrats, diplômé de UCLA (Los Angeles) Membre de plusieurs associations humanitaires

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