Opinion. Le monde tel qu’il était il y a quinze ans. Par Ilan Saada

Il y a quinze ans j’écrivais mot à mot : « L’OLP aurait bien voulu embarquer les pays arabes dans un conflit armé, mais ceux-ci ont refusé. Tout d’abord parce qu’ils se fichent des Palestiniens, car la solidarité arabe n’existe pas : les Arabes ne sont solidaires que dans la haine des Juifs et des Chrétiens. Ensuite parce que l’Amérique, première puissance économique et militaire du monde, crée un équilibre des forces.

Cette superpuissance a coupé l’envie à tous les pays arabes – les bellicistes tels que la Libye, l’Irak, la Syrie, le Yémen, et les Etats arabes dits “modérés” tels que l’Égypte, l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes, la Tunisie, le Maroc et la Jordanie – de provoquer de nouvelles guerres. Les uns parce qu’ils n’ont pas la force militaire de le faire, les autres parce que leurs régimes sont fragiles et maintenus à bout de bras par les États-Unis. A cause de l’endormissement des consciences occidentales, cet équilibre des forces n’a pas réussi à empêcher les uns et les autres de manipuler, de financer et d’étendre le terrorisme islamique.

Imaginons à présent qu’Israël soit isolé politiquement, sans l’appui américain. Il est très probable qu’une conflagration enflammerait le Moyen-Orient. Mais je préfère ne pas songer à ce scénario et continuer à prier. Jusqu’à ce qu’on puisse trouver mieux. Car les alliances entre nations sont à l’image des amitiés politiques, incertaines, éphémères et changeantes. Israël se doit d’agir avec la plus extrême vigilance afin de ne pas prendre le risque de se fourvoyer dans des illusions douloureuses. » (Les années de cendre, éditorial du 2 novembre 2000).

Quinze après, les États que j’appelais alors bellicistes, exactement les mêmes, (étonnant !) sont déchirés par le chaos, couverts de sang et de fureurs, et les États modérés, exactement les mêmes, se sont alliés pour combattre un autre État dont je n’avais pas fait mention dans cet article et qui se trouve être le pire ennemi d’Israël, en tout cas le plus dangereux. La justesse dont j’ai fait preuve ce jour-là avait alors ses limites, puisque je n’avais pas encore entrevu que l’Iran représentait la plus grande menace pour le monde. Bien que j’eusse pensé à l’abandon de ses alliés par l’administration américaine, ce qui est finalement arrivé, et bien que je susse qu’un Iran nucléarisé fût un danger pour Israël, puisque j’en parlais abondamment à la radio, j’ignorais que cet État, la République islamique d’Iran, serait le bras séculaire et vengeur du basculement dans l’horreur des quatre pays ci-dessus mentionnés : la Syrie, la Libye, l’Irak et le Yémen.

Où je veux en venir ? Que le monde pensé, dessiné, conçu, élaboré par les hommes est un monde superficiel, temporaire, qui suit la courbe des ambitions des plus cruelles au plus veules, des plus cupides aux plus hypocrites, et que celui pensé par le Créateur est un monde de sérénité auquel nous aspirons tous et qui nous inspire. Il nous octroie la lucidité de voir et de sentir des choses que le reste du monde ne voit pas. L’éloignement du lien qui nous unit à Lui est comme un vent de sables, une brume, un « smog » qui nous rend semblables à des hommes ayant perdu le sens du vrai. Il n’y a que de la clarté, de la lumière, du discernement, de la clairvoyance, dans le monde de Dieu. Le plus fabuleux, c’est que nous y avons tous accès, sans universalisme, ni lutte des classes, ni égalité des droits. Il suffit de croire en cette clarté…

Cependant, le combat contre la noirceur des âmes est loin d’être achevé. Les agitations psychédéliques des affamés de pouvoir et de gloire nous altèrent l’existence. Nous attendons sagement sur le quai de l’Histoire que quelqu’un vienne nous prendre pour nous mener vers la luminescence. Mais ceux qui encombrent le quai et ne sont que des voyageurs transis d’animosité et d’aveuglement, viennent perturber notre attente, en s’agitant comme des pantins disloqués, en crachant leur haine, en beuglant leurs dogmes si infantiles, si archaïques, sur le partage, la justice, la démocratie, qui ne sont que des lambeaux détournés de la pensée juive. Je leur en veux de leur ignorance, de leur bêtise et de leur barbarie. Mais leurs clameurs imbéciles ne rongeront pas notre puissance intérieure, ni notre soif d’exactitude, ni notre patience. Quand la lumière passera, ils ne la verront pas.

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