Opinion : La violence est prévisible, mais on ne s’y fait jamais. Par Ilan Saada

Les événements qui ont eu lieu à Créteil étaient prévisibles, surtout dans le contexte de la haine d’aujourd’hui. Il y aura d’autres Créteil, d’autres Toulouse, d’autres Halimi, d’autres Musée juif, d’autres synagogue de la Roquette, tant et tant d’autres. Des Gerry Adams qui veulent se rendre à Gaza pour y rencontrer les dirigeants du Hamas, des Bruno Le Roux qui fustige Israël comme une vieille pétainiste effarouchée, des Obama, des Fabius, tant et tant d’autres.

Ce qui a déclenché la brutalité antisémite des chrétiens, c’est le souvenir soudain ravivé de la haine ancestrale du Juif. Ce qui a déclenché la violence antisémite des musulmans, c’est leur culture de la convoitise du monde et de la jalousie du Juif. Ils sont alliés, pour l’instant et s’échangent une ancienne Shoah – ce qui est désigné là comme Shoah est le terme généraliste de la bestialité chrétienne – contre une nouvelle, qui se cherche des raisons dans le misérabilisme palestinien. La stricte application de la charia va mettre de l’ordre dans cette alliance.

Aucun juif n’a jamais utilisé les horreurs de la Shoah pour justifier son nationalisme ou son amour de Sion : il n’en avait pas besoin. Mais lorsque l’on s’arrête quelques minutes sur les crimes des Juifs commis à Worms, à Kiev ou à Auschwitz, on est obligé de se poser des questions. Ces questions se transforment en une prise de conscience en chacun de nous, qui elle-même devient un bouleversement humain.

Le monde était présent ! Le peuple allemand, si travailleur, si intelligent, voyait bien ce que les Juifs subissaient. C’était dans les rues, les magasins, les écoles, l’administration, les universités, et n’était pas indigné, pas touché par la pitié ? Les Polonais étaient présents quand on torturait les Juifs, qu’on les tuait, dans les rues, les magasins, les écoles. Les Croates, les Ukrainiens, les Bosniaques, les Hongrois, les Estoniens, ils étaient là, ils voyaient. Les Français étaient là quand les trains de la SNCF emmenaient les Juifs vers la mort. Je parle des peuples, pas des tueurs. Ils ont laissé faire, indifférents, complaisants, délateurs, complices, larves sans conscience. Ils savaient tous que la mort allait nettoyer cette racaille de youpins.

Les Anglais et les Américains, qui ont fermé leurs frontières, connaissaient l’existence des camps de la mort. Le Secrétaire général du Bund réfugié à Londres l’a appris en 1942 et s’est mis une balle dans la tête tant la douleur était insupportable. Ils savaient tous que les Allemands nous assassinaient. Quand j’évoque le bouleversement humain, je suis loin de la vérité.

Pourquoi je reviens sur ses souvenirs d’hier ? Parce que rien n’est plus d’actualité que le passé. Les arabes nous préparent le même destin. Aidés par ces abrutis de chrétiens, ils sont persuadés qu’ils y parviendront. Pourquoi je les traite d’abrutis ? Il laisse leurs frères se faire massacrer sans rien dire, en Syrie, en Irak, au Soudan, au Liban, en Libye. Il est vrai qu’ils sont devenus laïcs, deux siècles d’athéisme, cela marque une société. Cette différence entre leurs racines chrétiennes et leur nouveau présent change le contenu de leur cœur, leur implication, la valeur de la solidarité humaine, c’est évident…

Parfois, je pense à cette israélienne qui s’est enrôlée pour combattre avec les Kurdes. Je crains quelle ne soit enlevée et décapitée par les vampires de l’Etat islamique, et je tremble d’effroi en pensant à sa souffrance et à la réaction d’Israël, à son éventuel silence, à son indignation circonspecte pour des raisons… Je me fiche de leurs raisons, j’ai si peur de faire partie d’un pays sans humanité. Mais au fond de moi, je sais que c’est impossible, sinon la vie aurait un goût de fiel, perpétuellement, et ce n’est pas le cas.

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