Opinion. La loi sur l’identité juive d’Israël : prétexte électoral ou conviction ? par Ilan Saada

Vous n’arriverez pas à arracher de la bouche du Premier ministre la date des prochaines élections législatives. Vous pensez qu’il ne la sait pas lui-même ? Détrompez-vous, il l’a connaît très bien pour l’avoir planifiée. Seulement, avant de la rendre publique, il attend l’assentiment d’autres partis politiques qui vont conforter sa lutte contre l’athéisme antisioniste qui empuanti l’atmosphère israélienne, et la possible dissolution de la coalition gouvernementale.

Il compte sur certains pour combattre l’athéisme, et sur d’autres pour combattre l’antisionisme. Seulement, il doit convaincre Lieberman et Bennett, qui sont des atouts importants de sa politique, de ne pas prendre de front les orthodoxes, car ils l’ont déjà fait par le passé, et le résultat, c’est qu’ils se sont privés du soutien d’une large partie de la population, qui n’est pas forcément orthodoxe, mais qui refuse que l’on touche à l’un des symboles fort de son retour à Sion : la population religieuse, gardienne inconditionnelle de la Thora.

Je ne vous ferez pas l’injure de lister tous les agents subversifs qui empoisonnent la vie politique de l’Etat. Je ne parle pas des hommes et des femmes qui perçoivent des subventions européennes pour miner le pays, je fais allusion à des Institutions prestigieuses qui voudraient bien « extirper le Judaïsme des Juifs » selon leur expression préférée. Pour les affronter, le Premier ministre présentera ce que la presse appelle le « Hoc Haléoum », c’est-à-dire l’Etat-nation à caractère juif et démocratique : pour faire plus explicite, l’identité juive de L’Etat d’Israël.

Connaissant bien ses opposants, il s’attendait à une levée de boucliers de la part de la magistrature (dont le Conseiller juridique du gouvernement), de l’Université, de la presse, de son ministre de la Justice, Tzipi Livni, dont il veut se débarrasser, et de Yaïr Lapid, son  ministre des Finances. Dans son projet de loi, il a accentué le caractère juif de certains domaines  – comme la langue par exemple – pour consolider la souveraineté juive sur le pays, l’incluant dans la version édulcorée de cette loi, présentée à l’origine par le député Zeev Elkin. Puis il a mis l’accent sur l’égalité des droits des citoyens, comprenant bien sûr les minorités arabes et chrétiennes. Il a voulu se montrer tolérant et ouvert. Seulement, comme disait Audiard, la tolérance, il y a des maisons pour cela, et la droite n’a pas aimé ses revirements.

Il y avait quand même un danger : c’est qu’il soit mis en minorité, car Lapid, le dirigeant de Yesh Atid et actuel ministre des Finances (19 sièges) et Tzipi Livni, dirigeante du Parti Hatnoua (6 sièges) et actuelle ministre de la Justice, ont annoncé qu’ils voteraient contre la loi à la Knesset comme ils l’ont fait au sein du gouvernement dimanche matin. La Constitution israélienne est impitoyable sur ce chapitre : un ministre qui vote contre une loi présentée par le gouvernement est systématiquement « démissionné ». Netanyahou sait cela, et c’est pour cette raison qu’il présentera cette loi. Pour tester leur degré de soumission. Mais surtout parce qu’il leur en veut profondément d’avoir soutenu le projet anti-Israël Hayom.

Les derniers sondages sont éloquents : s’il y avait de nouvelles élections, le Likoud obtiendrait 27 sièges, Bait Hayoudi 19, et Israël Beténou 17. Netanyahou, Bennett et Lieberman doivent gonfler leurs muscles, et penser à de nouvelles stratégies, car à eux trois, ils forment une majorité absolue de 63 députés. Mais ils doivent attendre : le pouvoir est un plat qui se mange froid. Ils doivent attendre que la coalition explose sous les tirs de Lapid et Livni, que les primaires du Likoud se déroulent selon les vœux de Netanyahou, et que les orthodoxes, sentant la voie libre, se joignent à la nouvelle coalition qu’il formera.

Pourtant, la vraie question qui se pose concerne les intentions du Premier ministre : fait-il ce calcul par simple ambition électorale, comme le suggère Lapid, ou a-t-il une profonde conviction ? Certains vous diront : « Peu importe, seul le résultat compte ! » Pas du tout, répondent les autres, un acte politique de cette envergure, c’est comme une prière dite sans intention, sans sincérité : elle perd de sa valeur. Et quand on s’adresse au peuple juif, c’est comme si on s’adressait à Dieu : le cœur doit être pur !

Une pensée sur “Opinion. La loi sur l’identité juive d’Israël : prétexte électoral ou conviction ? par Ilan Saada

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    24 novembre 2014 à 19 h 08 min
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    Primo: cela fait plaisir de lire a nouveau Ilan Saada. J’avais langui ses edito. Secondo: Bel angle, belle analyse. Trio: long live and success to coolam news,

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