Opinion. Il n’y a pas de raisonnement pragmatique derrière une conviction. Par Ilan Saada

Les manichéens suivent des chemins simplistes pour expliquer que plus de deux millions d’Israéliens ont choisi la droite. Ils regardent la carte politique du pays, constatent que majoritairement, Sdérot a choisi la droite, et que, à quelques kilomètres, dans les Kibboutzim, c’est la gauche qui été choisie.

Les conclusions deviennent limpides pour ces gens : les séfarades, primitifs et superstitieux, les embrasseurs de Mézuza, les peigne-culs, pauvres et sans ambition, votent à droite, et l’élite, argentée, cultivée, très souvent universitaire, vote pour la gauche ou le centre, enfin pour tout parti qui ne comporte pas l’ombre d’un soupçon de judaïsme ou de sionisme. C’est bébête comme raisonnement ! Dire que les uns sont des cons, alors que les autres brillent par la diversité de leurs culture et la profondeur de leur raisonnement, est un non-sens.

Les villes de la « périphérie » (c’est un mot israélien qui définit les villes réservées aux cons et aux pauvres), ainsi que les villes où il y a une forte présence francophone, les sionistes-religieux, se choisissent des leaders populistes, va-t-en-guerre, démagogues, nationalistes, tandis que l’élite préfère des universalistes, sans idées, malléables à souhait (c’est même leur première qualité), des gratte-culs et des lécheurs de pompes. C’est exactement le même raisonnement, pour les uns et pour les autres.

La réalité est toute autre. Essayons de sortir de l’imagerie pour décortiquer le fond. L’État d’Israël est construit sur une terre qui se trouve au Moyen-Orient. Sur ce point, les deux camps sont d’accord. Ils ne le seraient pas que cela ne changerait pas la réalité géographique. Mais leur agrément s’arrête là. Car, pour les uns elle a été volée aux Arabes, des réfugiés qui ont quitté le pays en 1948 et qui, 70 ans plus tard sont encore réfugiés (pas eux, leurs enfants et petits-enfants). Mais c’est de l’histoire ancienne, car là où les gens de gauche habitent, il existe une légitimité juridique, même si l’on sait qu’à Ramat-Aviv, il y  avait un village arabe du nom de Sheikh Munis qui a été évacué pour bâtir la ville. Apparemment, cela ne gêne pas leur conscience. Ils veulent bien se sentir coupables du comportement des autres, pas des leurs.

Pour racheter l’histoire de cette injustice, les gens de gauche sont prêts à céder, à des gens qui n’ont jamais rien fait en 2.000 ans pour refleurir cette terre aride, la Judée-Samarie, l’est de Jérusalem, comprenant le Mont du Temple et le Kotel, (ils s’en fichent, ils n’y vont jamais), et une partie de la Bekaa. Peu importe les territoires qu’ils sont disposés à céder, cela ne les touche pas : ils habitent au centre du pays.

Pour les autres, c’est une toute autre histoire. Cette terre est sacrée. Les locataires arabes en ont joui. Si peu, à vrai dire, puisqu’en 1852, les historiens la décrivent comme un désert. Mais jamais en 2.000 ans elle ne leur a appartenu, ils n’en ont jamais fait un pays, avec une économie et une capitale. Asservis par des seigneurs, puis par les Turcs, les Arabes n’ont pas donné de valeur à cette terre, parce que pour eux, elle n’en avait pas. Elle a été ranimée, désembourbée, enrichie, par les Juifs. Aujourd’hui, comme il y a 2500 ans, des Juifs sont attachés à cette terre, un lien affectif et métaphysique, et tous ceux qui politiquement se positionnent pour la défense de ces sentiments puissant,  deviennent leurs élus.

Les gens qui votent à gauche ont un vague sentiment d’appartenance, à une tradition orale, à une langue qui véhicule leurs idées. Ils se réclament d’une culture israélienne qui consiste en une posture individualiste, humaniste, tiers-mondiste, puisée dans les idées de l’Internationale socialiste, celle qui est franchement anti-israélienne. J’ignore comment ils vivent ces contradictions, mais sur le plan de la sérénité de l’esprit, cela ne doit pas être facile de concilier tous ces concepts.

Mais je crois que le pire, c’est leur volonté de se débarrasser de leur particularisme pour ressembler au reste du monde, de ne plus être gênés par le poids de leur passé. Cela en fait des individus sans vision. Puisqu’ils sont laïcs et matérialistes (dans le sens staliniste et financier, parce qu’ils aiment l’argent), ils ont le nez planté dans la terre et ne voient plus les grandeurs de ce monde. Refuser la Torah en tant que causalité de la beauté, c’est se renier en tant que Juif. Et c’est précisément ce qu’ils font.

Est-ce que vous imaginez cette conception du refus : « Je ne me reconnais pas dans la culture juive, je suis athée et antireligieux, je ne crois pas en l’histoire de ce peuple qui n’est qu’un conte de fées, mais je suis Israélien ! » Mais israélien en vertu de quoi ? D’être né de parents juifs qui ont renié leur judaïsme, qui vivent sur une terre pour laquelle ils ont combattu et sont morts ? Est-ce cet acte de patriotisme qui les attache au pays ? Si c’est cela, c’est tout à leur honneur, mais qu’ils ne dénient pas à d’autres d’avoir un peu plus de raisons d’y être attaché !

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