On veut s’asseoir à la même table…avec les femmes !

 

Premier scandale, il y a tout juste quelques jours, un vol d’El Al en partance pour l’aéroport de Ben Gourion depuis New York fut retardé suite au refus de passagers ultra-orthodoxes de s’asseoir à côté de femmes. Selon un passager, dont le post sur Facebook témoigne, l’équipage de l’avion dans l’impossibilité de trouver une solution fut  finalement sauvé par des passagères qui acceptèrent de changer de place! Par Rony Akrich.

Second scandale, le tribunal du district de Tel-Aviv autorise, une section minoritaire et messianique des Habad, à l’organisation d’un événement, cette semaine, sur la place Rabin à Tel-Aviv où hommes et femmes seront séparés. (Le mouvement officiel Habad n’est pas concerné par le rassemblement).

Troisième scandale, ces lignes de bus où la séparation croissante des hommes et des femmes dans le monde orthodoxe, devient un cheval de bataille permettant de se garder autant que possibles des influences maléfiques du monde extérieur.

Naomi Ragen, une romancière israélienne d’origine américaine, orthodoxe moderne, conteste farouchement la présence de bus séparés dans le paysage israélien. Sa colère fait suite à l’agression verbale dont elle fut la victime en 2004 alors qu’elle refusait de se rendre à l’arrière du bus.

À Jérusalem, les femmes sont exclues de la publicité sur les panneaux d’affichage, pas vraiment un mal mais quand même, du fait que toutes les extrêmes sont tentaculaires. Pour preuve, sur les paquets, boites et emballages destinés aux adultes comme aux enfants, fillettes ou femmes sont ‘persona non grata’ afin de ne pas provoquer les pulsions interdites et libidineuses chez nos chers sapiens. Depuis quelques années on peut marcher entre nous, selon le sexe, sur les trottoirs de certains quartiers de certaines villes de jour comme de nuit pendant les vacances de Souccot et bientôt plus si affinités.

Une séparation essentielle ?

Ces dernières années, la séparation entre les sexes s’est étendue et annexe de plus en plus de lieux publics, de salles de mariage, de lieux de fête, dans certains quartiers orthodoxes, cela va jusqu’aux files d’attente devant les caisses d’épiceries, aux heures des cabinets dentaires et parfois lors des repas familiaux de Shabbat.

Quelques jardins d’enfants sont déjà séparés selon le sexe, et une ville, dont on taira le non, « innove » avec des heures de récréation séparées pour les garçons et les filles. Une koupat holim (dispensaire) séparée à Jérusalem avec des entrées partagées et des salles d’attente différentes pour hommes et femmes, un explicatif conseille à la gente féminine de n’être examinée que par des femmes médecins et au sexe fort, seulement par des médecins hommes.

Les dirigeants orthodoxes affirment que la séparation des sexes est essentielle pour maintenir les notions traditionnelles de modestie, et prévenir les hommes de toutes pensées rédhibitoires, de faits et gestes harcelants et protéger les femmes contre toutes attentions soutenues et indiscrètes.

Encore et toujours camoufler plus la féminité

Un tel accroissement de religiosité exacerbée touche directement le vestimentaire, c’est-à-dire vouloir encore et toujours camoufler plus la féminité, source du péché originel. Dans certaines régions, les femmes ont pris l’habitude de porter un vêtement de type poncho destiné à rendre la forme féminine aussi informelle que possible. Dans la banlieue de Jérusalem à Ramat Beit Shemesh, quelques femmes ont enfilé des burqas qui couvrent leur visage et leur corps totalement.

Autre exemple, du côté le plus austère et le plus strict, les couples mariés ne marchent pas ensemble en public, les jeunes hommes sont découragés de converser avec les femmes de leurs frères. Parmi les mouvances les plus libérales, les couples mariés sont assis ensemble dans les bus, et beaucoup m’expriment en privé leur malaise face à la distance grandissante entre les sexes.

Ce ne fut pas toujours ainsi

Certes et disons-le, il existe une grande variété de Juifs religieux connus en Israël sous le nom de h’aredim (orthodoxe), depuis les ‘pin-up’ de Beit-Vagan à Jérusalem et Bnei-Brak jusqu’aux fondamentalistes-burqa à Ramat Beit-Shemesh.

A mon humble avis, il faut non seulement prendre en considération le nombre croissant de femmes orthodoxes entrées sur le marché du travail et des études mais aussi la révolution masculine permettant aux jeunes gens de s’engager dans les rangs de l’armée, de rejoindre le monde professionnel ou d’entamer un cursus scolaire. Tout cela entraine naturellement leurs dirigeants à plus de sévérité et de radicalité au vu et au su des dangers inhérents au brassage des populations.

Ce ne fut pas toujours ainsi, notent les chercheurs. En Europe avant la guerre, en Afrique du nord après la guerre, toutes les femmes religieuses ne se couvraient pas, en continu, les cheveux. Etonnantes, et non des moindres, sont ces photos des groupes de jeunes de ‘l’Agudat Israël’ datant des années 1920-30 où  adolescentes et adolescents sont photographiés ensemble.

Le confort des acquis

Comment, ce pan non négligeable du judaïsme, peut-il  encore poursuivre une telle ségrégation envers les femmes? La requête féminine consiste à pouvoir s’asseoir autour d’une même table, aucune raison de percevoir cela comme un ultimatum. Il faut que les peurs, les aprioris, cessent, il faut endiguer cette sourde appréhension de l’inconnu. Les femmes alliées à l’orthodoxie moderne interpellent les hommes pour qu’ils finissent de se repaitre et de roucouler dans le confort des acquis. Ce confort-là est  séparatiste à l’égard du genre humain qui se conjugue au féminin.

On constate toutefois que ces hommes et ces femmes partagent des prérogatives semblables et répondent aux mêmes défis quotidiens de la vie. Malgré cela, leurs rapports à la loi juive, leurs comportements sont différents, terminé la parité.

Empêcher la participation des femmes, aussi talentueuses soient-elles, reste une forme archaïque du protectionnisme masculin et que nous vivons encore à l’ère du rigorisme. Concernant le culte rituel, l’herméneutique la plus intransigeante est à jamais jugée comme la plus holistique. Toutefois et bizarrement, les partisans de la rigueur judaïque ne sont pratiquement jamais les adeptes d’un radicalisme commandant les relations interpersonnelles.

Les panneaux de séparation rehaussé et plus opulent sont appréhendés comme religieusement plus éminents, quand bien même ils froisseraient la sensibilité des femmes, et je ne parle pas de la séparation d’étage à la synagogue. Cela autorise, prétendument au nom de la Torah, l’orthodoxie juive à mépriser les aspirations légitimes des femmes.

Des pratiques minimalistes atrophiées

Tous ceux qui parmi nous veulent encore honorer, de ses lettres de noblesse, la Torah et conservent pour notre chère Histoire une tendresse dorée poursuivront l’œuvre depuis l’intérieur. Notre peuple, notre nation et ses dirigeants reconnaitront un jour, plus très lointain, que les femmes sont des associées à part entière dans l’hébraïsme.

Tout cela m’exaspère, me révolte et me dépite: une mentalité religieuse individualiste et cultuelle qui ne se reconnait qu’au travers de pratiques minimalistes atrophiées. Si l’on n’ouvre pas l’ensemble des grandes questions que notre temps pose, nous allons nous fourvoyer, sans aucun doute, dans un obscurantisme des plus morbides.  Cela suffit que tous ces gens sollicitant dieu ou le rav mais jamais leur détermination, leur inspiration,  leur savoir, aucunement leur engagement moral. Comment ne pas vouloir briser les carcans et s’envoler vers le projet humain de l’Eternel?

Posez des mézuzot, mettez les téphilines, faites shabat, nida, h’ala, ect… mais ne vous enfermez pas dans l’acte ou le geste, ils ne sont que les moyens de parvenir au mieux et au meilleur de la création! Conjurez votre être, votre moi, à s’engager vers et dans le projet nous impliquant tous et toutes. Cessez de vous effacer au sein de structures fantasmagoriques et crédules des figures flétries et avilies du seul culte religieux.

Rony Akrich

Rony Akrich

Rony Akrich

Rony Akrich 62 ans (les Passions d'un Hebreu) enseigne l'historiosophie biblique, il est l'auteur de 3 ouvrages sur la pensee Hebraique et ecrit nombre de chroniques et aphorismes en hebreu et francais. Il est le fondateur du "Cafe Daat" a Jerusalem (une forme d'universite populaire). Il reside a Kiriat Arba en Judee, pere de 7 enfants et 19 petits enfants

15 pensées sur “On veut s’asseoir à la même table…avec les femmes !

  • Avatar
    26 juin 2018 à 12 h 56 min
    Permalink

    Quels emmerdeurs ces ultra-orthodoxes ! Tout ça par peur psychotique de la nidah !

    Qu’ils foutent la paix aux femmes, ils n’ont qu’à aller au mikvé après, s’il y a eu contact et que ça les traumatise !

    Répondre
  • Avatar
    26 juin 2018 à 13 h 49 min
    Permalink

    M. Akrich, La liberté est pour tout le monde. Arrêtez vos balivernes
    Sous prétexte de pourfendre l`intolérable, vous devenez vous-même des extrémistes très dangereux..
    Pour ne pas discriminer les femmes, serait-il autoriser de discriminer les hommes pars qu’ils sont religieux ? Chacune des parties a tort pars qu`elle ne raisonne pas.
    Au moment de passer au guichet d`enregistrement des baguages, et comme il y a possibilité de réserver une place non-fumeur, les compagnies peuvent créer des places homme ou mixte, qui pourront être enregistre au départ et ainsi éviter le problème qui ce pose….
    Dans tous les cas de séparations il s`agit de vivre sa vie comme on l`entend.

    Répondre
  • Avatar
    26 juin 2018 à 18 h 09 min
    Permalink

    Il n’empêche, la séparation aura sa raison d’être tant que la « Weinstein attitude » existera… Autrement dit, vous et moi savons quelles pensées parfois impures peuvent nous traverser l’esprit dans un moment d’égarement… Aussi, pour y pallier, « assou syiag laTora », mettons des gardes-fous pour éviter des dérives. Même si il n’existe qu’un seul Weinstein pour un million, et même si ça n’rrive qu’une fois en dix générations, je suis prêt pour l’éviter à accepter la séparation… Pas vous ? Que dites vous alors, Mr Akrish, de la situation qui prévalait dans le Temple de Jérusalem: places mêlées ou zones séparées ??…

    Répondre
  • Avatar
    26 juin 2018 à 19 h 46 min
    Permalink

    Le vrai tsadik n’est pas celui qui se sépare des femmes pour ne pas éprouver de tentation, mais celui qui s’y mèle et discute librement avec elles, tout en résistant à la tentation.

    Répondre
    • Avatar
      26 juin 2018 à 21 h 52 min
      Permalink

      Le vrai tsadik n’eprouve pas de tentation, et donc il est hors norme. L’homme normal lui en eprouve, et doit la surmonter. Pour autant, le Talmud nous enseigne qu’en matiere de deviance sexuelle, il n’y a aucune garantie (c’est a dire on ne doit pas dire: « non, mais la ce n’est pas pareil, impensable qu’il se passe quelque chose de pas souhaitable… »), aucune assurance que l’homme resiste toujours a la tentation… Donc, on se premunit contre le risque et on impose a toute la societe une norme stricte qui limite les degats potentiels. C’est le meme principe que le port de la ceinture en matiere de securite routiere…

      Répondre
      • Avatar
        27 juin 2018 à 10 h 34 min
        Permalink

        C’est un point de vue qui est parfaitement respectable. Mais le judaïsme de la Thora nous enseigne à nous confronter à la difficulté de la matérialité et à la surmonter ; non pas à s’en cacher pour s’en prémunir.
        C’est d’ailleurs la même chose avec l’alcool. Le judaïsme non seulement n’interdit pas l’alcool mais l’utilise dans chaque prière, à charge pour l’homme vertueux de ne pas y succomber.
        Le judaïsme utilise la matérialité pour la transcender, il ne cherche pas à s’en cacher ou à s’en détourner. Le fait de tenter de se détourner de la matérialité est d’ailleurs une forme d’idolatrie.

        Répondre
    • Avatar
      30 juin 2018 à 9 h 43 min
      Permalink

      Bien sûr que c’est la meilleure solution, nous devons être assez civilisés pour gérer nos tentations !

      Répondre
    • Avatar
      27 juin 2018 à 10 h 06 min
      Permalink

      Je suis navré de tant de bêtises ! On devient semblable aux islamistes. Ma grand mère z’l à Tunis, portait un fichu sur les cheveux, mais au moment des grandes fêtes familiales, tout le monde était mélangé, garçon, filles, oncles , tantes etc…..
      À la synagogue, les femmes se rendaient au premier étage, mais dès la fin de l’offive, nous nous retrouvions sur les marches, dans une joyeuse pagaille. Nous étions gais, heureux, naturellement juifs, l’air de Tunis était juif, les rues étaient juives et nous ne souffrions pas de ces règles absurdes venues de sectes aschkenazes qui nous sont complètement étrangères, non seulement à nous sefardim, mais à la grande majorité des aschkenazim. Il ne faut rien céder à ces fous furieux sinon Israël deviendra l’iran.

      Répondre
  • Avatar
    27 juin 2018 à 12 h 00 min
    Permalink

    Il a rien compris le pauvre… c’est pathétique que ceux qui se presentent comme plus ouverts sont tellement fermés d’esprits….

    Répondre
  • Avatar
    27 juin 2018 à 13 h 13 min
    Permalink

    Comment peut-on justifier cet ostracisme par la peur des pulsions sexuelles, comme le premier vulgaire islamiste venu ?
    Les hommes seraient-ils incapables de relations sereines avec des femmes ? Ne seraient-ils que de pauvres Don Juan, c’est à dire des adultes restés enfants pervers polymorphes ? N’auraient-ils aucun surmoi et encore moins d’idéal du moi ?
    Les femmes seraient-elles de vulgaires  » tentatrices  » nymphomanes ? Ou au contraire, les femmes n’auraient-elles aucun désir sexuel, celui-ci n’étant que l’apanage des hommes ?
    Vivons-nous au XXIe siècle ? Vivons-nous en pays islamique ?

    Répondre
  • Avatar
    1 juillet 2018 à 1 h 10 min
    Permalink

    heureusement les cadres et commandants de bord d’EL AL sont remplis d’humanité et ont gérés la situation.
    Heureusement, deux femmes ont fait preuve d’humanité et ont changé de places.
    Laissons la place à chacun, qu’il exprime ce qu’il pense et puisse le vivre. Il est facile de gérer dans un avion des places non mixtes.
    Bien loin de partager les idées de ces « ascétiques », il est heureux que dans notre peuple certains pensent ainsi.
    Mesdames, dites vous que ces messieurs ne voient et ne pensent qu’à leur femme, quelles chances elles ont.
    Là où il y a des hommes et des femmes, il y a des tentations.
    Ces hommes parmi nous nous le rappellent. respectons les pour ça.

    Répondre
    • Avatar
      2 juillet 2018 à 12 h 14 min
      Permalink

      ben voyons, trublion : et pourquoi pas, pendant qu’on y est, laisser les antisémites libres de… ne pas vouloir être assis à côté d’un juif ? Mais bon, vous pouvez bien raconter ce que vous voulez : on ne fera pas éternellement l’économie d’une sévère fessée à ces sous-merdes, de quelque religion qu’ils soient, qui sont la honte du genre « humain »

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *