Mes souvenirs de Tunis. Par Pierre Mamou

TUNIS : Je suis né à Tunis en 1949, dans le quartier de la ville à prédominance Juive. J’ai eu une enfance heureuse auprès de parents aimants et d’une grand-mère maternelle de qui j’étais très proche. (Articles en plusieurs épisodes)

Episode 1: Tunis. Mes parents étaient attentifs à mon éducation, cultivés mais de situation modeste. Elevé par ma grand-mère qui parlait Italien, j’ai eu donc la chance d’avoir trois langues maternelles : le Français, l’Italien et l’Arabe dialectal.

Dès l’adolescence,​ ma passion fut la philatélie et je réussis à avoir des correspondants philatélistes dans le monde entier. Cela me fit découvrir la géographie très tôt et je rêvais de voyager dans le monde entier.  Au fur et à mesure de mes échanges, j’amassais un nombre tellement important de timbres que j’ai eu l’idée, l’année de mes 14 ans de proposer au libraire de ma rue de former une association pour vendre mes timbres dans ses vitrines et ma deuxième passion est née, celle d’échanger et de faire du commerce.

Pendant les vacances d’été, pour gagner un peu d’argent de poche j’exerçais plusieurs petits métiers qui m’ont apporté très vite le goût  des contacts ;  j’ai été à 15 ans, concierge, relieur dans une papeterie, menuisier, coursier.

La dolce vita

Tunis dans les années 50, c’était la « dolce Vita » rythmée par une vie nonchalante et calme où l’été durait 4 mois durant lesquels les séjours dans les stations balnéaires de banlieue restent un très beau souvenir.

​Guy de Maupassant​ avait écrit ​lors de son séjour à Tunis en 1887 : « En vérité Tunis n’est ni une ville Française, ni une ville Arabe, c’est une ville Juive. C’est l’un des rares points du monde où le Juif semble chez lui comme dans une patrie où il est le maître presque ostensiblement et où il montre une assurance tranquille et  moi je vivais dans cette ville qui ne me semblait pas différente 70 ans plus tard.​ Dans le quartier Européen peuplé majoritairement par des Juifs, la vie s’écoulait paisiblement, enfant je fréquentais le petit lycée Français et le dimanche matin, le Keteb ou talmud Thora.

Enfant, je garde le souvenir du Yom Kippour, l’après-midi, mon père me faisait visiter toutes les synagogues de la ville, et celle qui m’impressionnait le plus était la grande synagogue dans la Hara ​(le ghetto Juif). Elle fut détruite en 1959. On y accédait  en demi-sous-sol en descendant des marches, vestige de l’époque de la dhimmitude pendant laquelle les synagogues devaient être construites de manière à ne pas paraitre similaire​s aux mosquées pour rappeler aux Juifs leur statut d’infériorité. Mais nous visitions aussi de nombreux autres oratoires, certains dans des maisons particulières où les fidèles, par manque de place se retrouvaient sur les trottoirs attenants. Nous vivions jusqu’à l’indépendance du Pays dans une ambiance cosmopolite avec nos voisins Musulmans, Catholiques Italiens, Maltais ou Français.

Tunis-Paris

Adolescent, pour préparer ma Bar Mitsva je fréquentais la synagogue Habad  dirigée  par le regretté Rav Pinson envoyé Loubavitch de New York. Le vendredi soir, j’assistai à l’office des jeunes à la Grande Synagogue de l’avenue de Paris et après l’office, nous nous promenions, garçons et filles dans les rues de Tunis​

Tunis était notre ville ​et nous ne pensions jamais​ la quitter, mais après l’indépendance une arabisation progressive de la société suivi​e ​en 1963 par un essai de collectivisation voulu par le ministre Ahmed Ben Salah fit que la majorité des Juifs travaillant dans le commerce et les services se trou​va du jour au lendemain privé​e de ​ses moyens d’existence. Les émeutes anti-juives de Juin 1967 sonnèrent le glas de la présence deux fois millénaires de la communauté Juive.

Mon père perdit son ​travail en 1964 et partit pour Paris la même année.  Alors qu’il était déjà âgé de près de 60 ans il y trouva un emploi mal payé dans une compagnie d’assurances mais cela lui permit de louer un petit appartement en banlieue Parisienne prés de Sarcelles, et nous avons pu le rejoindre en juin 1965.

A suivre….

Pierre Mamou

Pierre Mamou

Pierre Mamou est né à Tunis qu’il quitte adolescent mais où il garde de nombreux amis et relations.Il choisit une carrière dans le commerce international qui lui permet de voyager dans le monde entier ,notamment en Chine et en Inde,mais sa véritable passion est d’aller à la rencontre des communautés Marranes,ces Juifs Espagnols obligés de se convertir ou de s’exiler il y a 5 siècles.Chaque mois il nous fera un récit historique et racontera ses rencontres d’Amsterdam à Livourne, de la Jamaïque à Goa en Inde à la découverte des communautés Marranes

Une pensée sur “Mes souvenirs de Tunis. Par Pierre Mamou

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    27 décembre 2020 à 18 h 37 min
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    Une histoire incroyable et passionnantes on en veut plus

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