Lilian Ben Moshé: que sont mes enfants volés devenus ?

 

Aussi longtemps qu’il s’en souvienne, Danny Ben-Moshé, documentariste anglo-australien, savait qu’il avait un demi-frère et une demi-sœur plus âgés que lui. Cela n’a jamais été un secret dans la maison familiale. « C’était comme une donnée », confie-t-il. « On a expliqué à ma sœur [Ira], ta mère a déjà été mariée, tu as un demi-frère et une demi-sœur et leur père les a emmené un jour avec lui en Iran où ils vivent maintenant. » C’était il y a plus de quarante ans.

Un documentaire sur leur drame familiale ? Malgré les encouragement de son entourage professionnel et amical, qui pense qu’il « a de l’or » entre les mains pour réaliser un documentaire, Danny Ben-Moshé mettra de nombreuses années avant de lancer le projet. Son film, « My Mother’s Lost Children », vient d’être projeté en avant-première au Royaume-Uni. Il a reçu un accueil particulièrement chaleureux. .

Une saga captivante, émouvante et parfois surprenante. Un voyage extraordinaire de découvertes qui traverse cinq pays et dévoile une toile complexe de tromperie, de secrets et de mensonges, de rumeurs et de mythes. Au cœur du récit, la mère de Danny Ben-Moshé, Lillian. Elle est fille d’immigrants lituaniens et raconte les yeux embués par les larmes: « Ce n’est pas une belle histoire ». Elle  a grandi dans l’East End en Angleterre. À l’âge de 15 ans, elle épouse Raymond, juif iranien, de plusieurs années son aîné. Après la naissance de leurs deux enfants, le couple divorce. Raymond fait le choix d’enlever ses enfants. Andrew a alors trois ans et Michelle, deux.

Le courage d’une mère

Danny Ben-Moshé salue le courage de sa mère qui a accepté de raconter son histoire. « Elle est une personne incroyablement courageuse pour avoir fait face à tout cela » parce que dans son histoire, il y a également l’ombre de la Shoah et le poids du statut de réfugiés non anglophones à la sortie de la guerre.

Si le film a finalement pu se faire, c’est sous l’impulsion réelle de Michelle. Après des décennies, c’est elle qui reprend contact avec sa mère, persuadée que leur histoire pourrait donner de l’espoir à ceux qui vivent une situation similaire. Et malgré la nature du sujet, l’idée du documentaire ne les effraie pas. Le « doc » sur leur histoire reçoit un accueil plus que positif au sein de la famille. « Je dirais que tout le monde est content ou apprécie que ce travail soit honnête », affirme Danny Ben-Moshé. « Et il y a quelque chose d’unificateur et de guérisseur dans le fait de raconter l’histoire, de laisser le non-dit être dit pour passer à autre chose. »

Quarante ans plus tard, la famille se retrouve. Les frères, les sœurs se retricotent une vie volée. Quatre décennies de perdu.

Katja Epelbaum

Katja Epelbaum

Diplômée de la Sorbonne en Science politique et en Histoire, j’ai toujours su que je m’épanouirais professionnellement dans l’écriture. Depuis l’Alya, Katja collabore avec le journal Hamodia et Le Mag, et poursuit différents projets d’écriture.

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