L’héroïque histoire du consul du Portugal à Bordeaux, sauveur de juifs

En juin 1940, Aristides de Sousa Mendes, alors Consul du Portugal à Bordeaux, désobéit à son pays et sauve plusieurs dizaines de milliers de personnes juives et non-juives en leur délivrant des visas pour le Portugal. Il entre au Panthéon portugais, ce mardi 19 octobre 2021.

« Je n’ai rien à vous laisser sauf mon nom et il est propre. » Ces mots, Aristides de Sousa Mendes, ancien consul du Portugal, les a prononcés à son neveu sur son lit de mort en 1954. Celui qui a sauvé des milliers de personnes de la déportation est aussi connu sous le nom du « consul rebelle ». Car durant la Seconde Guerre mondiale, il avait refusé de suivre les directives du gouvernement portugais et la circulaire du 11 novembre 1939 éditée par le dictateur Antonio de Oliveira Salazar.

Circulaire qui interdisait les «étrangers de nationalité indéfinie, contestée ou en litige. Ce sont les apatrides, les porteurs de passeports Nansen, les Russes, les juifs expulsés de leur pays d’origine ou de toute autre provenance, les étrangers en transit vers l’Amérique mais sans visa ou sans billet de passage…» d’entrer au Portugal.

Une désobéissance qui a sauvé de nombreuses vies. Né en 1885 au Portugal, Aristides de Sousa Mendes, est nommé sur la fin de sa carrière, consul général du Portugal à Bordeaux en août 1938. Lui, qui est issu de la bourgeoisie provinciale portugaise dont il partageait les valeurs ultra-conservatrices, vient de passer 10 années en Belgique après Zanzibar, les Etats-Unis, le Brésil. Il assiste à la débâcle de 1940. Près de huit millions de civils franchissent les frontières hollandaises, belges, luxembourgeoises puis françaises. Tous prennent la direction du Sud avec l’espoir de quitter l’Europe.

Le consul du Portugal : « Je vais essayer de vous aider »

Paris est envahi par les allemands. Le gouvernement français se replie à Bordeaux. Dans ses bureaux installés au 14 quai Louis-XVIII, le défilé est continu. Des milliers de réfugiés sont menacés et veulent fuir la France.

Après plusieurs jours de réflexion, le père de famille de 14 enfants, fervent catholique, décide de tamponner et délivrer des visas sans distinction à ceux qui en font la demande. Tous veulent rejoindre le Portugal. C’est le seul pays d’Europe continentale, depuis lequel on peut encore s’embarquer pour traverser l’Atlantique et rejoindre le Nouveau Monde.

C’est une conversation qui est à l’origine de sa démarche. Dans  « Le Consul proscrit », tourné à Bordeaux, Bayonne et Hendaye, le fils de Rabbi Jacob Kruger, un rabbin d’Anvers, raconte qu’Aristides de Sousa Mendes avait ouvert sa maison à son père et à sa famille, sans même les connaître. Et ce sont ces échanges qui vont permettre à des milliers de personnes d’échapper à la barbarie nazie.

 » Je vais essayer de vous aider et de vous faire partir avec votre famille », lui avait-il dit. Ce à quoi le rabbin avait répondu :  » Ce n’est pas seulement moi qu’il faut aider, mais tous mes frères qui risquent la mort ».

La responsabilité d’un fonctionnaire face à son administration

Entre le 17 et 23 juin, aidé par le vice-consul de Bayonne et avec le soutien de son épouse Angelina, il va octroyer 30 000 visas dont 10 000 de confession juive y compris dans la ville du Pays basque.  Parmi les bénéficiaires, de nombreux anonymes mais aussi des artistes, des intellectuels et des politiques comme l’archiduc Otto de Habsbourg prétendant aux trônes d’Autriche et de Hongrie détesté par Hitler ou des ministres belges en exil.

 » Ils entraient et ils sortaient, dira Cesar Mendes, le neveu du consul. Ils dormaient sur des chaises, sur le plancher, sur des couvertures (…). Même les bureaux du consul étaient bondés de réfugiés, épuisés, fatigués à en mourir parce qu’ils avaient passé des jours et des nuits dans la rue, dans l’escalier et, enfin, dans les bureaux. Ils ne pouvaient plus satisfaire leurs besoins, ne mangeaient ni ne buvaient par crainte de perdre leur place dans la queue. »

Une action avec laquelle le gouvernement Salazar est en complet désaccord. Le nombre d’entrées en Espagne est si important que le 24 juin, le consul bordelais est alors convoqué à la frontière par l’ambassadeur du Portugal à Madrid. Il quitte Bordeaux le 8 juillet. Il est ainsi démis de ses fonctions au nom de Salazar. Le Consul du Portugal dira : « Ne faut-il pas être fou pour être un homme juste ?».

Aristides de Sousa Mendes est condamné à une mise à pied d’un an lors d’un procès disciplinaire. Aussi, les visas sont déclarés nuls. Sousa Mendes est traduit devant le Conseil de discipline à Lisbonne, accusé de désobéissance, préméditation, récidive et cumul d’infractions. Il est mis à la retraite après trente ans de service.

Le temps de la réhabilitation… et les honneurs

Aristides de Sousa Mendes meurt dans la pauvreté le 3 avril 1954, à 69 ans, d’une seconde hémorragie cérébrale, dans l’hôpital tenu par les pères franciscains de Lisbonne. Il est aussitôt reconnu Juste parmi les nations à Jérusalem, par l’Institut Yad Vashem en 1966 grâce à la mobilisation de ses proches. Un arbre est planté à sa mémoire dans le parc du Souvenir et une rue de Tel-Aviv porte son nom.

Mais ce n’est que 22 ans plus tard et près de cinquante ans après avoir quitté Bordeaux qu’il sera réhabilité dans son pays à titre posthume par l’Assemblée de la République portugaise. Il est réintégré dans la diplomatie avec le titre d’ambassadeur (1988).

Mardi 19 octobre à 11 heures, jour de son entrée au Panthéon portugais, la ville de Bordeaux a décidé de rendre hommage à Aristides de Sousa Mendes. Hommage à son courage, à celui qui avait osait dire  » Désormais, je donnerai des visas à tout le monde. Il n’y a plus de nationalité, de race, de religion « .

Une prise d’armes et une cérémonie sont organisées devant son buste sur l’esplanade de Mériadeck. Un buste inauguré en mai 1994, par  Mario Soares, alors président de la République portugaise.

SOURCE: France3

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