L’Express Jérusalem-Tel-Aviv 

Nouvelle ligne rapide entre les deux villes. La fin du clivage entre les deux grandes villes israéliennes ? Par Dahlia Perez ISRAEL MAGAZINE.

L’Express Jérusalem-Tel-Aviv. Après 18 ans de travaux et de nombreux retards, la construction de la ligne de train directe entre les deux villes s’est enfin achevée. Son ouverture le 21 décembre dernier permet de connecter désormais de manière inédite Jérusalem et Tel-Aviv. Depuis, elles sont à une demi-heure l’une de l’autre par le train. Une petite révolution pour les nombreux Israéliens qui parcourent régulièrement les 70 km séparant ces deux métropoles.

Plus qu’un train, cette nouvelle ligne rapide est un symbole. Peut-être même la promesse d’un réel rapprochement économique et culturel entre deux villes antagonistes qui, jusqu’ici, illustraient deux facettes d’Israël difficilement réconciliables. Jérusalem, ville sainte et capitale d’Israël se connecte enfin au cœur économique du pays, à Tel-Aviv la laïque et la fêtarde, et à la région centre de manière plus générale. Les clivages culturels, identitaires et spirituels vont-ils s’atténuer avec la création de cette ligne ferroviaire destinée à encourager les échanges entre les deux cités ?  On l’espère.

L’Express a10 ans de retard

Avant sa mise en service et une inauguration en grande pompe, la ligne express aura néanmoins subi plusieurs interruptions de travaux, accusant un retard de plus dix ans par rapport à la date de lancement initialement prévue.  Pour permettre à la nouvelle ligne de réduire de manière spectaculaire les distances, il aura fallu en outre la construction de neuf ponts et cinq tunnels. Avec, forcément, un budget initial revu à la hausse, ce projet ambitieux a pu quand même bénéficier jusqu’au bout de moyens considérables. Une facture qui s’est élevé au final à 7 milliards de shekels, soit plus du double des estimations prévues…

Enfin, le résultat est là. Des hauts responsables du transport en Israël se sont rassemblés le 18 décembre dans le centre de Jérusalem pour inaugurer officiellement cette ligne express qui relie Jérusalem et Tel Aviv. Impatiemment attendue par les futurs usagers, son inauguration s’est faite 11 ans seulement après la date prévue à l’origine. En cause, de nombreux retards accumulés, des erreurs de planifications et des problèmes techniques finalement surmontés.

Depuis le 21 décembre, date de la mise en service officielle de la ligne, la station Hagana de Tel-Aviv et celle d’Yitzhak Navon à Jérusalem ne désemplissent pas. Pour le coût modique de 22 shekels l’aller simple (sans réduction), les usagers peuvent parcourir dans l’un ou l’autre sens les 70 kilomètres qui séparent les deux villes. Des trains font la liaison toutes les 30 minutes entre les deux cités, du dimanche au jeudi, en marquant seulement un arrêt à l’aéroport Ben Gourion. Ce trafic ininterrompu de 6 h 20 à 21 h 30 en semaine se ralentit le week-end, deux trains circulant dans chaque direction le samedi soir après Shabbat.

Rapprocher deux villes aux styles de vie différents Jérusalem-Tel-Aviv en 32 minutes

L’Express suscite l’incrédulité et l’enthousiasme chez les voyageurs, alors que les deux villes devaient se contenter auparavant d’une voie sinueuse qui suivait le tracé de l’ancienne ligne du mandat britannique. Il fallait compter alors au moins une heure et demie de transport avant d’arriver à destination. Jérusalem désenclavée va-t-elle attirer de nouveaux visiteurs ? Le projet s’inscrit en tout cas dans une démarche claire : connecter la capitale au reste du pays de manière efficace et rapide, car les deux villes, en dépit de leurs relatives proximités physiques, sont toujours resté loin l’une de l’autre. Chacune porteuse d’une histoire, d’une identité et d’un style de vie assez différents, elles se sont longtemps ignorées.

Réduire les inégalités économiques en faisant de la ligne express un symbole de rapprochement et d’union entre les différentes couches d’une population israélienne souvent divisée, prisonnière de ses clivages, qu’ils soient religieux, économiques ou culturels. Lancée sur ses rails, la ligne Jérusalem-Tel-Aviv ne se contentera pas de relier les deux cités en une demi-heure. La station Hagana, située au sud de Tel-Aviv, n’est en effet qu’une première étape. Il est prévu que l’Express desserve progressivement d’autres gares à partir de l’année prochaine. La voie ferroviaire se prolongera jusqu’à la ville d’Herzlya, ce qui augmentera encore le trafic de la ligne, déjà très fréquentée.

Nouvelles perspectives professionnelles ?

Cette nouvelle accessibilité va-t-elle ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles aux résidents des deux villes ? Changer des habitudes et permettre à la plupart d’entre eux de remiser leur voiture au garage ? Pas si sûr. 

Héloïse travaille dans le domaine de la recherche pour une start-up. Tous les jours, elle effectue le trajet Jérusalem-Lod en voiture pour se rendre sur son lieu de travail.  Elle explique : « En ce qui me concerne, ça ne va rien changer. Je travaille à Lod et si je prends le train, une fois descendue de l’Express à la station Ben Gourion, je n’ai aucun moyen de transport qui m’amène rapidement à mon travail. Il y a bien un bus, mais il fait tout le tour de la ville et met 50 minutes avant de m’y déposer. Donc, je vais continuer à prendre la voiture. Il y a néanmoins un point positif, c’est qu’à présent je vais m’autoriser à chercher du travail à Tel-Aviv. Avant, je considérais que c’était impossible, trop compliqué, mais l’Express me permet maintenant de l’envisager de manière réaliste. »

L’Express, une ligne confortable et peu onéreuse

Tel-Aviv et la région centre, où se concentrent l’essentiel de l’activité économique et politique du pays, restent des zones attractives. La Ville Blanche notamment constitue une sorte de bulle à part, qui attire de nombreux Israéliens pour ses opportunités d’emplois et son style de vie à l’européenne.

Odile vit à Jérusalem et voyage fréquemment dans le centre pour ses loisirs ou rendre visite à sa famille. Enthousiaste, elle commente : « D’abord, j’ai été agréablement surprise de pouvoir me rendre de la station Navon de Jérusalem à l’aéroport Ben Gourion en 23 minutes. C’est exceptionnel. En bus, ça peut mettre une heure et quart comme une heure et demie. Quand on prend le train, il faut quand même regarder à l’avance les horaires, mais ce qui est formidable, c’est que ça permet d’éviter les bouchons. En bus, avec les embouteillages, on ne sait jamais à quelle heure on va arriver…

Quand je vais voir ma famille du côté de Benyamin, la ligne express peut me faire gagner entre une demi-heure et trois-quarts d’heure, sur un temps de trajet de deux heures quarante-cinq. C’est considérable ! » Odile tient aussi à souligner le confort d’un moyen de transport agréable et moins fatiguant pour elle : « Dans le train je peux lire, je peux écouter de la musique, je peux m’occuper si j’ai du travail en retard ; je ne suis pas tout le temps à courir dans les transports, à faire des correspondances d’un bus à l’autre. Le fait que ce soit direct est vraiment très pratique. Je peux m’isoler dans un coin du wagon et m’occuper. J’avais peur qu’il y ait foule, mais non, on peut s’assoir et c’est assez calme. En plus, c’est économique, et pas cher ! »

De Tel-Aviv vers Jérusalem

Combien feront le voyage dans l’autre sens et mettront de côté leurs clichés sur la Ville Sainte pour la découvrir sans arrière-pensée ? Pour beaucoup d’Israéliens, Jérusalem reste drapée dans son statut de ville historique, perçue avant tout comme le site sacré des trois religions monothéistes. Pourtant, elle est bien plus qu’une Ville-musée et cherche depuis plusieurs années à développer et à mettre en valeur ses atouts. Nul doute que sa beauté, sa vie religieuse et ses évènements culturels ne la rende encore plus accessible et ouverte avec le lancement de la ligne rapide. Reste un pari non négligeable, celui de développer, grâce à cette nouvelle liaison, l’économie de la capitale, et éviter ainsi le départ de ses jeunes diplômés vers d’autres latitudes par manque d’opportunités professionnelles.

Pour toutes ces raisons, Les deux cités parviendront-elles à s’influencer l’une et à mettre de côté leurs clivages ? Les paris sont lancés…

SOURCE: ISRAEL MAGAZINE

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Andre Darmon

Andre Darmon, romancier, est le rédacteur en chef d'Israël Magazine. Israël Magazine 25 ans déjà de présence dans le paysage médiatique franco-israélien. Andre une voix journalistique à part, originale, sioniste, juive mais aussi professionnelle.

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