Lettre ouverte à Michel Onfray

Cher Michel Onfray,   Qu’il est bon, qu’il est doux de vous voir débattre à la télévision et de vous écouter sur les réseaux sociaux. Votre érudition est admirable et votre parcours personnel est exemplaire.  

   Aujourd’hui c’est depuis Israel, le pays de mon histoire et de mon avenir que je voudrais m’adresser à vous. J’adhère à la plupart de vos analyses politiques au sens large du terme mais j’ai deux points de désaccord sur lesquelles je voudrais débattre avec vous :

Vous affirmez que toutes les civilisations sont mortelles.

Vous condamnez sans appel de la GPA, la grossesse pour autrui.

   Concernant le premier point, je constate avec vous que les civilisations égyptiennes, celles de Babylone, de Perse, d’Athènes et de Rome sont bien mortes ; cependant, admettrez avec moi, que la civilisation hébraïque après avoir été l’objet de multiples tentatives de destructions par ces civilisations précitées est belle et bien vivante aujourd’hui ? Cette pérennité prévue par les prophètes d’Israel n’est-elle pas une exception particulière qui devrait mériter d’être mentionnée dans vos discours ?

   Concernant la GPA, je suis gynécologue spécialiste des infertilités et je voudrais vous donner mon point de vue.

   Pour moi la GPA ne peut être qu’une possibilité ultime pour un couple hétérosexuel en cas de stérilité féminisme irréversible ; de la même manière que l’insémination avec donneur ou IAD demeure le dernier recours en cas de stérilité masculine irréversible.

   A titre individuel, un couple hétérosexuel frappé d’infertilité définitive peut décider de renoncer, de se tourner vers l’adoption ou vers l’insémination artificielle avec donneur en cas de stérilité irréversible masculine ou recourir à une mère porteuse en cas de stérilité féminine irréversible.

5 partenaires

   Certes, il y a au moins cinq partenaires dans le cas particulier de la GPA : le couple concerné par la stérilité irréversible, la mère porteuse, les médecins et leur clause de conscience, les couples qui peuvent procréer naturellement et la Société avec un S majuscule dans ce qu’elle a d’anonyme et de froideur d’un inconscient collectif.  

   Sans vouloir éluder le débat de société, n’oublions pas que le vrai et seul problème à résoudre reste essentiellement le drame des couples stériles.

   En tant que médecin, en tant que juif je suis toujours resté fidèle au Serment d’Hippocrate qui stipule : Je conserverai la vie depuis sa conception. Bien que ne pratiquant pas d’IVG j’ai admiré le courage de Simone Veil qui a défendu la loi sur l’interruption de grossesse avec deux conditions : c’est la femme et la femme seule qui décide d’interrompre sa grossesse si elle se déclare en état de détresse et d’autre part le respect de la clause de conscience des médecins. N’est-ce pas, de la meme manière, au couple souffrant de stérilité féminine irréversible de décider de recourir à la GPA dans la mesure ou la femme accepte de son plein gré et en toute conscience de porter l’enfant de ce couple stérile ?

Alors, débat de société ou décision individuelle ?

    La contraception et l’IVG ont donné aux couples la maîtrise de leur fécondité : Un enfant si je veux, un enfant quand je veux’’, la célèbre devise des mouvements de libération de la femme. On se souvient aussi de leur slogan « mon corps m’appartient ». Ce corps n’appartient-il pas aussi à cette femme qui accepte de donner la vie à l’enfant d’une autre femme ?  

     Une société qui tolère la prostitution, qui a légalisé l’interruption de grossesse, qui permet l’insémination avec donneur, les dons d’ovocytes et d’embryons, qui encourage le don d’organe, est-elle en droit, au nom de sa morale, d’interdire à ces couples brisés, le recours à une mère porteuse adulte, consciente et consentante ?

   J’ai été avec le docteur Sacha Geller un des cofondateurs de l’association Mères d’Accueil à Marseille le 20 octobre 1983. Dans l’heure qui a suivi notre conférence de presse nous avons été condamnés par le Président de la République, François Mitterrand, par le président du Conseil de l’Ordre des médecins et par le Ministre de la Santé.  

  Quelques mois après la création de notre association, François Mitterrand créait le Comité National d’Ethique qui condamnait sans appel cette pratique. Ne voulant pas être dans l’illégalité, j’ai donc démissionné de cette association mais le docteur Geller a persisté et il fut , hélas, destitué de son titre de médecin par le Conseil de l’Ordre des médecins.

   En 1988 et sans aucune relation avec ces évènements, je décidais avec ma famille de faire notre alya c’est-à-dire de venir vivre en Israel et d’avoir le bonheur de réaliser le rêve de plusieurs générations de juifs qui ont prié pendant 2000 ans : l’an prochain à Jerusalem.

Ce que dit la loi

Aujourd’hui citoyen israélien, je voudrais vous présenter quelques grandes lignes de la loi promulguée en Israël en mars 1996 et qui autorise la maternité pour autrui dans des conditions strictes et précises, identiques à celles que nous avions édictées à Marseille et qui évite la plupart des dérives que vous dénoncez :

La loi ne s’applique qu’aux citoyens israéliens afin d’éviter le risque d’exploitation de femmes dans des pays sous-développés et les traffics sordides d’une commercialisation. 

Le couple hétérosexuel doit être marié. Les gamètes doivent provenir du couple c’est-à-dire : spermatozoïdes du mari et ovocytes de son épouse. On peut accepter dans certains cas de recourir à un don d’ovocyte mais pas à un don sperme.

La mère porteuse doit être célibataire ou divorcée, toutefois dans des cas exceptionnels les autorités religieuses juives ont a autorisé le recours à une femme mariée. On n’accepte pas le recours à une amie ou une parente, afin d’éviter ultérieurement, les pressions potentielles de ces proches.

On tient toujours compte de la religion des couples et de mère de substitution.

Toute la procédure médicale ne peut se faire que dans un centre de FIV certifié et autorisé par le Ministère de la Santé.

 Le dédommagement de la femme porteuse se fait uniquement par l’intermédiaire d’un « médiateur » et à partir d’un compte séquestre. Ce montant est destiné à couvrir les frais médicaux, les assurances vie, les consultations d’avocats, compensation pour la perte de revenus, le temps et les risques encourus pendant la grossesse et l’accouchement. N’est-il pas juste de dédommager la mère porteuse pour son aide précieuse et les risques qu’elle encoure pendant la grossesse et l’accouchement ? L’adoption, notamment à l’étranger, prônée par la majorité des personnes non concernées, ne se monnaye-t-elle pas ?  Ne coûte-t-elle pas très chère ?

Statut légal du nouveau-né. L’assistante sociale nommée par le Ministère de la Santé est désignée comme « gardien légal » de l’enfant jusqu’à son adoption.

Dans les 24h qui suivent la naissance, le couple et la femme porteuse acceptent le statut de « gardien légal » dévolu à l’assistante sociale.

Aussitôt après l’accouchement l’enfant est sous la garde du couple. La femme porteuse remet l’enfant au couple, le plus tôt possible après l’accouchement, en présence de l’assistance sociale.

Dans la semaine qui suit l’accouchement, le couple doit faire une demande d’adoption de l’enfant. L’adoption est alors entérinée par le Tribunal.

Le recours à une mère porteuse en dehors du cadre de la loi est un acte criminel puni d’une peine d’un an de prison.

Une solution humaine

La loi israélienne offre donc une solution humaine à la demande des couples hétérosexuels frappés d’infertilité féminine irréversible. Toutes les étapes sont franchies dans un environnement médical certifié et autorisé par le Ministère de la Santé, avec encadrement juridique strict et dans le respect de la dignité de la mère porteuse, du couple et de son enfant.

     Certes, l’enfant né par gestation pour autrui aura passé neuf mois dans l’utérus d’une autre femme, mais il pourra, par la suite, passer sa vie entière dans le cœur de sa mère et de ses parents. A-t-on le droit d’empêcher ces couples de donner naissance à leur enfant au-delà de l’injustice de la nature ?

     N’incombe-t-il pas aux médecins, la tâche de les aider à corriger cette inégalité ? « Il faut avoir été stérile pour comprendre la joie d’avoir un enfant. Il faut souffrir avec ceux qui souffrent. C’est le privilège du médecin ». André Netter.

    Ne privons pas les couples en mal d’enfant de rattacher, grâce à une autre femme, leurs maillons à la chaîne symbolique de la vie.

     Les Sages de la Bible hébraïque nous apprennent qu’un jour D.ieu proposa au roi Salomon de réaliser un vœu. Il ne demanda ni la gloire, ni la richesse ou le pouvoir, il dit : je veux un cœur qui écoute (lev chomea).

   Souhaitons que tous les privilégies qui ont le bonheur d’avoir naturellement un enfant, ne ferment pas leur cœur à la détresse des femmes et des hommes qui souhaitent   donner la vie.  

Docteur Yehouda DJAOUI  

Yéhouda Djaoui

Yéhouda Djaoui

Ecrivain israélien. Auteur des livres - Israël, la paix et les médias. Editions Brit Chalom 1998. - Le temps des confusions. Editions Le Manuscrit 2006. - Israël miroir du monde. Editions Persée 2009. - Quand l’Occident s’éveillera…Editions Persée 2012 -Amnésie internationale. Editions Persée 2014.

Une pensée sur “Lettre ouverte à Michel Onfray

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    30 août 2020 à 12 h 48 min
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    Je suis tout à fait du même avis ; je me permets de rajouter un cas précis : une femme qui a les ovaires en bon état , mais plus d’utérus et son mari non stérile, ne peut-on pas implanter l’embryon crée avec l’ovocyte et le spermatozoïde , dans l’ utérus d’une mère porteuse qui le ferait par amour pour ce couple ? Le couple serait les parents biologiques ! c’est le seul cas où il n’y aurait jamais de discorde en cas de séparation du couple !!

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