L’Etat Juif et la question de l’identité

Une question d’identité

BESA Centre Perspectives Paper No. 956, 21 septembre 2018

RÉSUMÉ: Ce n’est pas une prétendue «religionisation» qui menace l’identité israélienne et qui aggrave les clivages dans la société israélienne, mais l’absence d’un terrain commun juif contemporain mutuellement accepté.

L’expérience exilique bimillénaire a privé le peuple juif de la complétude culturelle qui sous-tend l’existence nationale, tandis que la composante religieuse, qui l’a maintenue pendant ces temps difficiles, n’a pas réussi à remplacer le réseau complexe d’interrelations sociopolitiques et intercommunautaires qui avaient fondé le peuple juif. La réapparition du peuple juif à la fin du XIX e siècle en tant qu’acteur national et le rétablissement de l’État dans sa patrie ancestrale, un demi-siècle plus tard, semblaient avoir corrigé cette anomalie. Pourtant, comme le montre l’intensité du débat en cours sur la nature souhaitée de l’identité juive d’Israël, cette question reste un défi majeur, à la fois, pour les Israéliens et pour les Juifs de la Diaspora.

Prenons l’exemple du commentaire de David Ben Gourion, disant, à la fin des années 1960 : «vingt ans après sa création, l’Etat juif que j’espérais établir n’existe toujours pas et qui sait quand cela se produira.». De façon suffisamment significative, le Premier Ministre d’Israël parle de «l’Etat juif», plutôt que «de l’état des juifs». Si, selon la conception libérale, un Etat n’est guère plus qu’un mécanisme institutionnel-organisationnel permettant de gérer et réguler les relations entre citoyens et ne peut donc pas être juif ( quel que soit le nombre de ses citoyens qui s’identifient comme Juifs), Ben Gourion envisageait un État qui serait juif dans son ethos, sa substance et ses attributs – au sens national, et non théocratique. En effet, même pendant leur expérience exilique bimillénaire, où l’aspect national de leur identité a été remplacé par leur homologue religieux, la vie communautaire juive dépassait de très loin la dimension purement théocratique (hallachique) pour comprendre une pensée philosophique et mythologique (agada) la moralité, la culture, les interactions sociales et, par-dessus tout, l’aspiration religieuse et nationale à un retour dans la patrie ancestrale.Lire la suite sur jforum.fr