Les voyages du Hida, Louis XVI, la Tunisie et l’Italie

LE HIDA d’après les initiales de son nom et prénom : RAV HAIM JOSEPH DAVID AZOULAY : l’un des plus grands maitres du judaïsme au 18ème siècle. Par Pierre Mamou. (cliquer ici pour lire la 1ere partie). Il fut très bien accueilli partout car sa réputation de savant et d’érudit était connue et il avait un charisme et une personnalité attachante. Nous allons relater aujourd’hui trois de ses voyages :

En France : Grâce à l’intervention de son ami un noble non-Juif Mr Fabre, directeur de l’Académie des sciences et par dérogation spéciale, il fut autorisé à visiter la bibliothèque nationale de Paris. Ce fut pour le Hida un véritable enchantement de voir des milliers de livres traitant de toutes les sciences. Le département de manuscrits combla sa curiosité insatiable.

Ce département fut ouvert tout particulièrement pour lui, il ne cessa de prendre des notes et de relever des passages entiers de certains manuscrits. Il put consulter les commentaires du pentateuque écrits par Rabbi Isaïe Di-Trani, et à titre exceptionnel il fut autorisé à consulter ce manuscrit en dehors de la bibliothèque. Comme il devait le rendre le lendemain, il passa toute la nuit à recopier les passages qui retenaient son attention. Ce manuscrit lui inspira la rédaction de son livre « Péné David »(le visage de David).

Présenté à la cour du roi

En 1774 lors d’un de ses voyages en France il fut présenté à la cour du roi Louis XVI. Ce dernier fut impressionné par la présence de ce Saint Homme. Son visage rayonnait et était empreint de noblesse. Il dégageait un grand charisme. La reine Marie-Antoinette demanda au Hida de bénir son fils qui venait d’échapper à une noyade. On lui accorda le privilège de passer deux jours à la bibliothèque du château et d’y emprunter des manuscrits datant de l’inquisition. Il emprunta également un manuscrit rédigé dans les années 1000. Faveur unique accordée pour la première fois à un savant Juif alors que la pratique de la religion juive était interdite en France à cette époque qui précédait la révolution Française de 1789.

Il put ensuite continuer son voyage dans le sud de la France dans le comtat Venaissin de Carpentras à Cavaillon dans les villes du Pape où les communautés Juives qui y vivaient lui firent un très bel accueil, ainsi qu’a Bordeaux, Montpellier et Bayonne où des communautés de Marranes crypto-Juifs étaient tolérées sous le masque de marchands Portugais nouveaux chrétiens.

Dans son livre « Maagal Tov » journal de ses tournées dans les communautés de la diaspora, il raconte ses péripéties en France et rend hommage aux communautés qui l’ont bien reçu.

Le Hida en Tunisie

De toutes les communautés du monde musulman qu’il visita, c’est celle de Tunis à qui il consacra le passage le plus long et le plus détaillé de la vie à Tunis dans les années 1772 à 1774. Il y fait l’éloge du haut degré de connaissances talmudiques et religieuses des communautés tunisiennes. Son témoignage sur la situation religieuse dans la communauté de Tunis aborde plusieurs domaines. Le premier traite de l’élite rabbinique dans la ville au nombre de trois générations.

La première compte deux figures dominantes, les rabbins Abraham Cohen et Zemah Zarfati. Puis la deuxième génération le rabbin Abraham Taieb (Baba Sidi). Enfin la troisième avec le rabbin livournais Yitshak Lumbroso. Quant au nombre d’érudits, il se montait à 300 personnes et qui ont laissé des dizaines d’écrits rabbiniques. Il relate  aussi que le caïd des Juifs, le Rav Yoshua Cohen-Tanoudji, avait importé d’Izmir une machine à imprimer l’hébreu. Il donne ainsi de Tunis l’image « d’une ville de la Thora » et un centre d’épanouissement intellectuel et religieux.

Grana et garfo

Par contre il regrette le manque d’hygiène dans la vie quotidienne. Invité à déguster des plats rituels nord-africains, il constate l’absence de couverts. Il détaille ces grandes cuves larges et rondes, posées à même le sol, pleine de couscous fumant. Il exprime son dégout lorsque les convives se servent avec ses mains. Ainsi il dut faire le tour de la ville pour chercher chez des Portugo-Livournais les Grana, une cuillère et une fourchette appelée garfo (c’est le mot en portugais qui signifie fourchette et qui a toujours était utilisé par les juifs en Tunisie))

Durant son voyage à Tunis il apprit le décés de son épouse à Hébron, il prit le deuil en cachant cette disparation, par crainte qu’on ne lui impose une nouvelle épouse Tunisienne…  La communauté Juive enchantée de sa visite essaya de le retenir le plus longtemps possible mais au printemps 1774 il embarque à Bizerte pour Livourne en Italie.

 Le Hida en Italie

C’est à Livourne devenue la communauté Juive la plus importante d’Italie grâce à ses imprimeries dont les livres s’exportaient dans toute la méditerranée, qu’il centralisa son action, ses études, ses publications et ses collectes de fonds pour sa yeshiva. Il put ainsi terminer ses œuvres écrites et les imprimer. Suite au décès du rabbin de la ville Abraham Castillo, le Hida fut contraint de le remplacer jusqu’à la nomination d’un nouveau rabbin. Les interventions du Hida devinrent les évènements les plus suivis dans la communauté. Quant à ses écrits, ils restent des documents historiques de premier ordre pour l’étude des mœurs dans l’Italie du 18ème siècle.

Après ce dernier voyage à Livourne, des dizaines de personnes attendaient chaque jour devant son domicile leur tour pour le consulter ou lui demander une bénédiction. Il était aussi assailli par des questions d’ordre halakhique qui émanaient de toutes les communautés d’Italie et d’ailleurs. Les tribunaux rabbiniques du monde entier s’adressaient à lui pour connaitre son avis sur un cas épineux qui leur était soumis.

Transporté en Israël en 1960

Au mois de mars 1796, plusieurs communautés Italiennes prirent la décision d’introduire certains changements dans l’application des règles de la tradition juive. A cette occasion tous les rabbins de Livourne rédigèrent une lettre qu’ils soumirent au Hida. Ils y déclarèrent que toutes les décisions prises par ces communautés étaient nulles et non applicables. L’autorité spirituelle du Hida s’étendait à presque toutes les communautés d’Italie. C’est grâce à lui que les velléités de certaines communautés d’altérer les commandements de la Thora par un esprit libéral ont avortées.

Le 28 octobre 1778 ,il avait épousé à Pise sa seconde femme Rachel. En notant cet évènement dans son journal, il ajoute le souhait de pouvoir être autorisés à retourner en Eretz Israël. Ce désir ne s’est pas réalisé. Il resta à Livourne, occupé par la publication de ses travaux et y mourut le 21 Mars 1807. Marié deux fois, il a eu deux fils Abraham et Raphael Isaiah Azoulay. Enterré dans l’antique cimetière juif de Livourne, son corps fut transporté et réinhumé en Israël en 1960.

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Pierre Mamou

Pierre Mamou

Pierre Mamou est né à Tunis qu’il quitte adolescent mais où il garde de nombreux amis et relations.Il choisit une carrière dans le commerce international qui lui permet de voyager dans le monde entier ,notamment en Chine et en Inde,mais sa véritable passion est d’aller à la rencontre des communautés Marranes,ces Juifs Espagnols obligés de se convertir ou de s’exiler il y a 5 siècles.Chaque mois il nous fera un récit historique et racontera ses rencontres d’Amsterdam à Livourne, de la Jamaïque à Goa en Inde à la découverte des communautés Marranes

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