Les nouveaux partages du Moyen-Orient

Emmanuel Navon dirige le département de science politique et de communication au Collège universitaire orthodoxe de Jérusalem et enseigne les relations internationales à l’Université de Tel Aviv et au Centre interdisciplinaire d’Herzliya. Il nous brosse dans cette analyse une image du Moyen-Orient de demain, une région où il faudra à l’avenir compter avec le nouveau partage des islamistes.

« L’État islamique en Irak a récemment, et symboliquement, détruit une barrière à la frontière entre l’Irak et la Syrie – une frontière établie en 1916 par Sir Mark Sykes et par François Georges-Picot pour le compte des gouvernements britannique et français. Cette frontière fut approuvée, avec des modifications, par la Conférence de San Remo (avril 1920), par le traité de Sèvres (août 1920), par le traité de Lausanne (juillet 1923), et par le mandat de la Société des Nations sur la Palestine et la Syrie (septembre 1923). L’EI n’a pas complètement tort : ces frontières, dessinées par les Français et par les Britanniques pour servir leurs intérêts ont divisé artificiellement la nation arabe. Pourquoi devraient-elles être immuables? La réponse est que la plupart des frontières sont artificielles et arbitraires, et qu’elles ont été généralement établies sans le consentement des populations locales. »

« Maliki était totalement dépendant de l’Iran. »

« Cela ne signifie pas que les frontières ne peuvent pas être redessinées. Elles le sont souvent. Précisément parce que les frontières peuvent toujours être contestées, le droit international détermine que lorsque de nouveaux pays émergent à partir d’anciens mandats ou colonies, la dernière frontière officielle est considérée comme la frontière internationale. Ce principe a été approuvé par la Cour internationale de Justice. Contester et effacer les frontières du Moyen-Orient est précisément ce que les islamistes essaient de faire, avec l’Iran à leur tête. Certes, l’Iran est chiite et l’EI est sunnite. Mais la montée de l’EI bénéficie à l’Iran, car elle rendait le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki plus dépendant de la protection iranienne. L’Iran veut que l’Irak devienne un Etat client et servile divisé en lignes sectaires entre les sunnites, les chiites, et les Kurdes. Certains prétendent même que l’Iran a contribué au renforcement de l’EI. »

« Selon ce principe, Israël a toute sa légitimité. »

Face à l’EI et au défi iranien, les États-Unis ont deux choix. Ils peuvent soit approuver la partition de l’Irak, avec un Irak sunnite qui s’unirait aux parties de la Syrie qui ne sont pas contrôlées par Assad, et un Irak chiite devenu protectorat iranien. Ou bien les États-Unis peuvent insister sur le strict respect des frontières. Dans les deux cas, l’idée de créer un 23e Etat arabe (le soi-disant Etat « palestinien ») est en contradiction avec la réalité. Si l’on admet que l’islamisation est en train de supplanter les Etats arabes artificiels, pourquoi en ériger encore un? Si l’on insiste sur l’inviolabilité des frontières de la Société des Nations, alors Israël -et Israël seulement- est l’héritier légitime et légal des frontières du Mandat (l’occupation d’une partie de l’ancien Mandat britannique par l’Egypte et par la Jordanie entre 1948 et 1967 n’a pas légalement changé les frontières qu’Israël a héritées du Mandat).

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