« Les hackers combattent les problèmes avant même que les entreprises n’en soient conscientes »

Keren Elazari est experte en cybersécurité à l’université de Tel-Aviv. La jeune femme défend le rôle primordial des hacktivistes (hackers activistes) dans la défense de nos données privées, mais aussi de notre mode de vie……Détails………

Voici comment le Larousse en ligne définit un hacker : « Personne qui, par jeu, goût du défi ou souci de notoriété, cherche à contourner les protections d’un logiciel, à s’introduire frauduleusement dans un système ou un réseau informatique. (Recommandation officielle : fouineur.) »
 Cette définition, un peu désuète, traduit bien l’image encore négative des hackers qui prévaut dans l’imaginaire populaire.
Les individus qui composent cette catégorie méritent mieux que cette acception méfiante : c’est le message qu’est venue faire passer à Paris Keren Elazari, vêtements noirs, longs cheveux noirs teintés de rouge, hackeuse experte en cybersécurité à l’université de Tel-Aviv.
Elle était l’invitée de la conférence USI Events 2017, le 20 juin. We Demain l’a rencontrée.

Pourriez-vous nous donner votre définition du hacker ?
Pour moi, un hacker est quelqu’un qui est toujours curieux, qui n’est pas heureux du statu quo de la réalité, et qui pousse toujours pour le changer. Ce sont les mêmes personnes qui, lorsqu’ils entendent à l’école « voici les règles », vont demander : « Pourquoi ? Est-ce que je peux faire différemment ? »
Non pas parce qu’ils sont destructeurs, mais par curiosité, parce qu’ils ne s’en contentent pas. Ils n’acceptent pas la mentalité « souris et tais-toi ». Face au monde, ils posent des questions.

Je pense que les artistes et les hackers sont très similaires. Ils regardent la réalité, s’en inspirent pour dire : « Ok, quoi d’autres ? Quoi de plus ? Comment le changer ? »
C’est donc un état d’esprit d’explorateur, très innovant. Alors bien sûr, parfois, on casse des choses.

Mais les hackers combattent les problèmes avant même que les entreprises n’en soient conscientes.
Il y a par exemple Barnaby Jack, grâce à qui la FDA [Food and Drug Administration, ndlr] a instauré de nouvelles règles pour les pompes à insuline aux États-Unis, ou Chris Valasek et Charlie Miller qui ont obligé Fiat Chrysler à rappeler 1,4 millions de véhicules pour une mise à jour.
Avec l’arrivée des objets connectés, vous rappelez que l’intérêt n’est pas tant pour le consommateur que pour les entreprises.
Je pense que nous sommes seulement au début de l’ère numérique. Ces dix dernières années, nous avons numérisé de plus en plus d’aspects de nos vies. Nous utilisons tous des applications, des données qui ne sont même pas sur nos téléphones mais sur le cloud.

Et tout ça est arrivé soudainement, mais nous y sommes déjà tellement habitués que nous ne pourrions même pas faire marche arrière.
Imaginez, vous utilisez une brosse à dents électronique, qui enregistre donc l’info que vous êtes bientôt prêt à aller au travail et vous appelle un Uber. C’est confortable, mais ce n’est pas vraiment un service dont nous avons besoin. Par contre, c’est le type d’information que recherche la compagnie.

 Il y a cette phrase très connue que vous avez probablement entendue : « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ».
La réalité, c’est que nous sommes montés dans le train de ce monde numérique, et nous donnons accès à certains aspects de notre vie privée, pour obtenir des services gratuits.
Et nous sommes très heureux de connecter nos téléphones, nos voitures, peut-être bientôt nos corps, mais nous ne voyons pas le prix que nous payons et les risques que nous prenons.

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