Le terrible récit de cet enfant juif torturé par celui qui le cachait

Un ancien enfant-caché raconte encore et encore avant qu’il ne meure à son tour… Si la tragédie vécue par les déportés pendant le régime nazi est connue de tous, le drame des enfants- cachés l’est beaucoup moins…

Passage obligé plus ou moins difficile à vivre selon le destin de chacun, beaucoup d’entre eux ont grandement souffert du sentiment d’avoir été carrément spoliés de leur enfance ! Une enfance violée. Une enfance broyée, éclatée qui putréfie encore et encore Majer Tugendhaft, ce vieil homme de 81 ans * au regard infiniment douloureux même si le sourire de courtoisie est bien au rendez-vous …

Quelques chiffres aident à se mettre en situation. Pour faire court, la Shoah des Pays-bas, (Hollande), c’est plus de 80% de la population juive assassinée par les nazis et dans le même temps entre 15.000 et 16.500 personnes dont un grand nombre d’enfants sauvés par les mouvements de résistance.

Des actions d’autant plus méritoires qu’à l’époque, les gens qui cachent ces enfants prennent d’énormes risques. Certains l’ont même payé de leur vie. Ceci-dit, devenu au fil des ans et presque à son insu, un monsieur d’importance, respecté et très très, oui vraiment très riche… Rien à faire !

A ce jour la plupart des survivants de ces enfants cachés a raconté comment cela s’était « plus ou moins bien passé » pour l’un ou l’autre. Comment, dans certains cas, des enfants avaient été progressivement menés vers le christianisme.* Mais aussi comment il arriva que des enfants soient exploités et réellement maltraités comme ce fut le cas de Majer !

L’histoire de Majer Tugendhaft

Son père, juif d’origine polonaise, a vécu pendant des années à Düsseldorf, peut-on lire dans le magazine « Shalom ». En raison de la crise économique et de la montée d’Hitler en Allemagne, la situation est devenue intenable pour la famille. En 1934, Isaac (Fritz) Tugendhaft part pour la Hollande. Il y rencontre la fille du rabbin de Maastricht, Frieda, dont il tombe éperdument amoureux. Ils se marient en 1936 et deux enfants naissent de cette union : Majer, né le 20 novembre 1937 et Trinette en 1939.

Progressivement, le danger est devenu de plus en plus tangible, si bien que les parents Tugendhaft se doivent de cacher leurs enfants alors âgés de 5 et 3 ans. Ils changent même leur nom.

C’est ainsi que Majer Tugendhaft, devenu Mattie Gevers passe de lieu en lieu. Il habite successivement à Sittard, Hoensbroek, Heerlen pour échouer finalement en 1943 chez un paysan à Limburg.

Cette famille, dont les trois enfants étaient plus âgés que Mattie, vivait dans une grande bâtisse. Une ferme spécialisée dans l’élevage de vaches et de chevaux. Mais, très rapidement, ce qui semblait devoir être une belle histoire bucolique vire au cauchemar.

Le sadisme au quotidien

Chaque matin, une fois la famille partie dans les champs pour traire les vaches, le paysan sortait Mattie de son lit et commençait à lui infliger des tortures de toutes sortes, à le maltraiter de la manière la plus sadique. Tout d’abord, il le pendait par une corde jusqu’à ce qu’il suffoque. Puis, il le relâchait et recommençait plusieurs fois d’affilée. Les jours où il faisait particulièrement froid, il le faisait courir nu dans la cour. D’autres jours, il le plongeait dans un fossé d’irrigation ou lui concoctait d’horribles petits supplices du même genre.

De temps en temps, les enfants du paysan protestaient contre les agissements de leur père. Mais celui-ci terrifiait sa famille. Un jour, la femme du paysan rentrée plus tôt que d’habitude des champs trouva le petit Mattie suspendu au fond de la cuisine et déjà tout bleu. Elle se mit à hurler malgré la crainte que lui inspirait son mari, fit un énorme scandale et décida de ne plus le quitter des yeux.

Pourquoi lui plutôt qu’un autre des enfants cachés dans cette ferme eut droit à pareil traitement ? Il ne le saura jamais. Sauf accuser son bourreau de démence criminelle. Ce qui apparaît comme encore plus surprenant, c’est qu’ils étaient nombreux ces enfants.

Médaille des Justes

Malgré le risque important pour ces gens d’être eux-mêmes déportés si cela finissait par se savoir, les propriétaires de cette grande ferme ont obtenu la médaille des Justes de Yad Vachem pour avoir caché pendant la guerre, sous leurs combles, plus de 50 enfants juifs et quelques aviateurs anglais, leur avion abattu.

Quelque temps plus tard, (une éternité lui sembla-t-il), un prêtre vint le chercher pour changer de famille et brouiller les pistes comme cela se faisait couramment. Là il vécut une vie d’enfant-caché « ordinaire » jusqu’à la fin de la guerre. Par la suite, Mattie garda le contact  avec ces gens aimables, gentils, normaux quoi !

Il finit par retourner chez ses parents retrouvés grâce à la belle-mère du violoniste André Rieu, une résistante de la première heure. C’est cette femme hors du commun qui avait trouvé le moyen de cacher tous ces enfants. C’est elle qui avait apporté des coupons de nourriture aux parents. Elle encore, qui savait toujours où les uns et les autres se trouvaient et à la libération. Toujours elle qui fit immédiatement le nécessaire pour que la famille Tugendhaft soit à nouveau réunie.

Mais là encore l’histoire bascule.

Alors que l’on aurait pu imaginer des retrouvailles merveilleuses, un amour inouï et une compréhension mutuelle infinie, lorsqu’il aborda avec ses parents ce qui lui était arrivé et toute la maltraitance dont il avait été victime, personne ne le crut. Si cela parait fou ils ont des circonstances atténuantes : Comment imaginer que quelqu’un qui « cachait un enfant juif au péril de sa vie » pouvait s’adonner à de telles horreurs !

N’empêche, que ses parents mettent sa parole en doute, lui sera plus que tout insupportable. Plus que la maltraitance elle-même.

La suite de l’histoire ? Mattie a beaucoup de mal à suivre un parcours scolaire normal. Il est toujours taraudé par cette idée de ne pas être cru et par ce doute qui le ronge, à savoir si tout cela n’était pas le fruit de son imagination après toutes les histoires d’horreur qu’il avait entendues après la guerre.

La preuve

Et il passera des années à se prouver qu’il n’a pas imaginé son calvaire, qu’il l’a réellement vécu. Il en aura la preuve 60 ans plus tard, lors d’un « voyage-retour aux sources » de la bouche d’une femme d’environ 80 ans qui lui déclara tout de go : Je n’étais pas bien vieille mais je me souviens parfaitement que « tout le monde parlait de cet enfant juif maltraité chez Opendrout ». Il avait trouvé un témoin de son malheur mais trop tard : Ses parents étaient décédés !

Aujourd’hui, ce vieux monsieur n’a plus rien à prouver. Il a réussi au-delà de toutes espérances.

Majer Tugendhaft peut s’offrir le luxe d’être considéré en Hollande comme un grand donateur pour Israël au travers de projets tels l’agrandissement et la rénovation de l’hôpital juif d’Amstelveen et celui de l’asile psychiatrique juif Sinaï Centrum.

Il peut passer à autre chose… Ou du moins essayer sans conviction pour la énième fois… …

Source : http://www.shalom-magazine.com/Print.php?id=490119

Bely Landerer

Bely Landerer

Avec Bely, Coolamnews vous propose un œil iconoclaste terriblement avide du monde qui l’entoure

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