Le scandale Israël-Apartheid. Zvi Mazel répond à l’un des rédacteurs du Haaretz

Quelques jours après l’article publié dans le quotidien Haaretz signé par l’un de ses rédacteurs en chef Bradley Burston et accusant Israël de pratiquer une politique d’apartheid (voir article en bas de page) , Coolamnews a demandé à l’ancien diplomate Zvi Mazel,(voir encadré), d’apporter quelques éléments de réponse à ce journaliste persuadé du caractère raciste de la politique israélienne actuelle.

Bradley Burston, Haaretz et l’Apartheid, par Zvi Mazel

Accuser Israël de pratiquer l’apartheid ? Pourquoi ne pas affirmer aussi comme les tenants d’une certaine idéologie que l’Union Soviétique fût en son temps la patrie des droits de l’homme ? Deux affirmations qui défient la logique et le bon sens. Depuis sa renaissance en 1948, l’État d’Israël doit se battre pour sa survie, ce qui ne l’empêche pas de d’appliquer les règles démocratiques avec une détermination digne de louanges. Il n’est pas sûr que les pays européens « éclairés » en fassent de même s’ils étaient confrontés à une menace existentielle. Il n’y a qu’à voir leur réaction devant les phénomènes migratoires actuels. En Israël les institutions étatiques fonctionnent, la séparation des pouvoirs joue à fond et la Cour suprême n’hésite pas à annuler des lois votées par la Knesset. La presse israélienne attaque sans retenue, tant la politique du gouvernement que ses lois alors que la presse européenne s’autocensure face au terrorisme islamique.

D’ailleurs cette accusation d’apartheid fait le jeu des Arabes et de l’extrême gauche européenne, unis dans une alliance contre nature: organisations arabes qui de par leur nature rejettent les droits de l’homme et révolutionnaires frustrés à la recherche d’une nouvelle cause faisant front commun contre Israël. Comment ne pas voir que le but unique de cette accusation aussi grave que sans fondement est d’ostraciser Israël, passant du boycott à l’isolement pour arriver à détruire l’État juif. Il est regrettable de voir un homme comme Bradley Burston dériver vers une prise de position aussi extrême sur la base de son idéologie antiraciste. Une position dangereuse pour la démocratie et qui risque d’aboutir à la destruction d’une Europe prête à comprendre et à s’entendre avec des pays comme l’Iran et qui ne veut pas voir la menace que représente l’avancée d’un Islam extrémiste qui cherche ouvertement à la conquérir.

L’importante minorité arabe qui vit en Israël est représentée à la Knesset et bénéficie de tous les droits civiques sans toujours accepter les devoirs qui en découlent. Bradley Burston devrait venir voir la réalité israélienne, visiter Jérusalem et les villes et villages arabes, aller à la rencontre des médecins arabes dans les hôpitaux de Jérusalem, de Tel-Aviv et de tout le pays. Il devrait aussi se rappeler qu’Israël est en guerre et que ses ennemis arabes refusent depuis près de cent ans toutes les offres de paix – en 1937 et en 1947, en 1967, à Camp David et que les Palestiniens ont rejeté il n’y a pas si longtemps les propositions généreuses d’Olmert et de Tsippi Livni. Abou Mazen ne veut à aucun prix reconnaître qu’Israël est un état juif. Ces refus successifs s’accompagnent d’un terrorisme meurtrier qui oblige Israël à prendre des mesures pour se défendre.

C’est à bon escient que la ministre de la Justice Ayelet Shaked a renforcé les sanctions contre les jeteurs de pierres. Une pierre lancée contre une voiture peut tuer comme une balle de mitraillette, en témoignent les centaines de blessés et les dizaines de morts. Celui qui lance les pierres compte bien faire des victimes, et lance souvent des cocktails Molotov pour faire bonne mesure. Certes, il y a aussi des extrémistes juifs, si peu nombreux soient-ils, qui tuent des Arabes mais leur crime est aussitôt condamné par le gouvernement et par la presse. Les assassins arabes, eux, sont salués comme des héros et reçoivent de fortes récompenses. Non monsieur Burston, il y a bien un apartheid au Moyen Orient, mais c’est chez les Arabes qu’il faut le chercher, chez ceux qui rejettent les droits de l’homme (et surtout de la femme) proclament la supériorité de l’Islam sur toutes les religions et sur tous les peuples et pratiquent ouvertement la discrimination contre les non-musulmans. Monsieur Burston, si le Moyen Orient se vide des populations chrétiennes qui y vivaient depuis des siècles, ce n’est pas la faute d’Israël.

mazel
Zvi Mazel
[box type= »info » ]Zvi Mazel est né en Israël – à Bnei Brak plus précisément – en 1939. Après avoir accompli son service militaire (1956-1958) il est venu étudier à Sciences Po à Paris. En 1989, il se dirige vers la Roumanie de Ceaucescu en tant qu’ambassadeur ; juste à temps pour la révolution et la chute du dictateur. En 1992 il devient Directeur General Adjoint du ministre chargé de l’Afrique, et aura l’honneur de renouer les relations diplomatiques entre Israël et pas moins de 19 pays africains. Quatre ans plus tard il est nommé ambassadeur en Égypte ; il va y rester cinq ans. Ensuite ce sera la Suède, où il reste jusqu’à son départ à la retraite en 2004. Zvi Mazel parle l’hébreu, l’anglais le Francais et l’arabe. Aujourd’hui Fellow of the Jerusalem Center for Public Affairs, il y publie chaque semaine une analyse critique de l’évolution de la situation au Moyen Orient. Ces analyses sont souvent reprises par le Jerusalem Post et par des sites internet français. Il fait également partie du conseil d’administration d’Impact, une ONG qui étudie les livres scolaires dans les pays arabes.[/box]

L’éditorial de Bradley Burston, journaliste d’origine américaine qui est devenu l’un des rédacteurs en chef du journal Haaretz

Je faisais partie de ceux qui étaient en désaccord quand on appliquait l’étiquette « apartheid » à Israël. Plus maintenant.

Ce que je vais maintenant écrire n’est pas facile pour moi. Je faisais partie de ceux qui étaient en désaccord quand on appliquait l’étiquette « apartheid » à Israël. On pouvait compter pour soutenir qu’en dépit du fait que les politiques de colonisation et d’occupation étaient antidémocratiques, brutales, que c’était un suicide à petites doses, que le terme d’apartheid ne pouvait pas s’appliquer.

Je ne fais plus partie de ces gens-là. Plus depuis ces dernières semaines.

Je n’en fais plus partie depuis que des terroristes ont incendié une maison en Cisjordanie, détruisant une famille, assassinant un petit garçon de 18 mois et son père, brûlant la mère à plus de 90% et ensuite entendre le gouvernement israélien décréter que cette même famille n’était pas éligible au soutien financier et aux compensations automatiquement allouées aux victimes du terrorisme. Et alors que les colons y ont droit.

Je ne peux plus continuer à soutenir ces idées. Plus depuis que la ministre de la Justice, Ayelet Shaked, déclarant que jeter des pierres était un acte de terrorisme, poussait le passage d’une loi tenant les lanceurs de pierre passibles de jusqu’à 20 ans de prison. La loi n’indiquait pas si elle ne s’appliquait qu’aux seuls Palestiniens. Il n’y avait pas besoin de le préciser.

Et, seulement une semaine plus tard, dans une colonie de Cisjordanie, des Juifs ont jeté des pierres, des meubles et des bouteilles d’urine sur des soldats et des policiers. En guise de réponse, Benjamin Netanyahou les a immédiatement récompensés avec la promesse de construire des centaines de logements dans les colonies.

C’est ce qu’est devenue l’application de la loi : 2 versions d’un même bouquin. Une pour Nous et une que l’on jette aux Autres. Apartheid.

Nous avons ce que nous avons créé. Nous sommes ce que nous faisons, y compris les mille différents dommages que nous faisons à des millions d’autres. Nous sommes ce que nous constatons en aveugles. Notre Israël est ce qu’il est devenu : l’apartheid.

Il y eut un temps où je faisais une distinction entre les actes de Benjamin Netanyahou et ce pays que j’ai tant aimé, si longtemps. C’est fini. Chaque jour nous découvrons de nouvelles atrocités.

J’étais quelqu’un qui voulait croire qu’il y avait des limites imposées par la démocratie – ou au moins des contraintes réalistes – auxquelles le Premier ministre voulait bien se plier. Même qu’il avait à accepter quelques compromis face aux fiers tenants de l’apartheid afin de conserver son pouvoir.

C’est fini. Plus depuis Danny Danon. Plus depuis que le choix du Premier ministre pour nous représenter, nous Israël, aux Nations unies, s’est porté sur un homme qui avait proposé une loi pour annexer la Cisjordanie. De créer des bantoustans où les Palestiniens vivraient sans Etat et privés des droits humains les plus basiques. Celui qui va nous représenter, nous tous, à l’ONU, l’homme qui va porter notre parole au Tiers monde est le même qui avait qualifié de « plaie nationale » les demandeurs d’asile africains.

L’homme qui va personnifier Israël à l’ONU est le même politicien qui avait proposé une législation destinée à écraser les ONG qui secourent les Palestiniens et s’opposent aux institutions de l’occupation. En même temps sa loi donnait le feu vert au gouvernement pour continuer à financer des ONG d’extrême-droite soupçonnées de transférer cet argent pour soutenir la violence des Juifs partisans des colonies.

Que veut dire apartheid, façon israélienne ?

Apartheid c’est un clergé fondamentaliste, suprématiste, fer de lance du renforcement de la ségrégation, des inégalités, et de l’assujettissement.

Apartheid c’est Avi Dichter, législateur du Likoud et ancien chef du Shin Bet, qui décide un dimanche l’organisation de routes et d’autoroutes séparées pour les Juifs et les Palestiniens en Cisjordanie.

Apartheid c’est des centaines d’attaques de colons contre la propriété, les moyens de subsistance et la vie des Palestiniens qui se terminent sans condamnation, inculpation ni même de suspects. Apartheid c’est un nombre incalculable de Palestiniens emprisonnés ou abattus sans jugement, tirés dans le dos alors qu’ils s’enfuyaient et sans aucune raison.

Apartheid c’est des fonctionnaires israéliens utilisant armée, police, tribunaux militaires et détention administrative draconienne, en principe pour faire tomber les terroristes mais surtout pour fermer aux Palestiniens toute voie de contestation non-violente.

A la fin du mois dernier, malgré la condamnation sans ambiguïté du directeur de l’Association médicale israélienne et de plusieurs groupes de défense des droits humains opposés à la torture, Israël a voté la loi intitulée « Loi pour prévenir les dommages causés par les grèves de la faim ». Celle-ci autorise le gavage de force des prisonniers au prétexte que leur vie serait en danger. Gilad Erdan, le Ministre de la Sécurité intérieure de Benjamin Netanyahou qui a « poussé » pour fait passer cette loi, a qualifié les grèves de la faim des Palestiniens enfermés depuis des mois sans inculpation ni procès de « nouveau type d’attaque-suicide qui va menacer l’Etat d’Israël ».

Il n’y a que dans un système aussi tordu que l’apartheid qu’un gouvernement a besoin d’étiqueter et de traiter la non-violence comme du terrorisme.

Il y a quelques années, dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, des Juifs qui aimaient leur pays mais détestaient ses lois, ont participé avec courage à la lutte non-violente qui a renversé un régime de racisme et de déni des droits humains.

Puisse-t-on en Israël suivre leur exemple.

Une pensée sur “Le scandale Israël-Apartheid. Zvi Mazel répond à l’un des rédacteurs du Haaretz

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    21 septembre 2015 à 7 h 50 min
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    Difficile de trouver des qualificatifs pour Bradley Burston.

    La haine de soi, la betise, l’ignominie….?

    A vomir.

    On se demande comment Haaretz arrive a trouver un lectorat.

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