Le rêve d’Asie d’un juif Tunisien. Par Pierre Mamou

Dans les années 80, mon entreprise de fournitures et accessoires de mode s’était fortement développée et pour diverses raisons​, je fus obligé d’envisager ​une délocalisation en Asie d’une partie de mon activité.

En 1989, l’année de mes 40 ans, je franchis le pas et j’effectuai mon premier voyage en Chine, en commençant par l’île de Taiwan qui était à l’époque l’usine du monde. Je passais par Hong Kong avant de me rendre à Taipei, car cette colonie Britannique était ,avant sa rétrocession à la Chine, la plaque tournante et la porte d’entrée incontournable du commerce en Asie.

Je réussis à nouer un partenariat avec une entreprise Chinoise dirigée par Eric Chin qui devint mon associé. Ses bureaux répartis dans plusieurs villes Chinoises devinrent aussi mes bureaux. Pendant plus de vingt ans, j’allais effectuer deux à trois voyages par an ​,accompagné le plus souvent par les acheteuses et stylistes des grands magasins et des chaines de boutiques.

Hong-Kong

Hong-Kong devint mon deuxième lieu de séjour après Paris. Cela me permit d’effectuer des allers ​-retours rapides à l’intérieur de la Chine et dans plusieurs pays d’Asie, la Corée du sud, les Philippines, la Thaïlande  entre autres.

A Hong-Kong​, je séjournais toujours dans le même hôtel en bord de mer dans le quartier de Tsim Sha Tsui. Je m’y sentais moins dépaysé et surtout j’ai pu fréquenter la communauté Juive locale qui regroupait dans les années 90 deux cent​s familles résidentes, plus les centaines d’hommes d’affaires du monde entier de passage.

Chabbat à Hong-Kong

On se retrouvait le vendredi soir, soit à la synagogue Darwish de rite sépharade où des jeunes étudiants de Yeshivot de Jérusalem venaient effectuer des séjours de six mois pour enseigner le judaïsme aux jeunes résidents Juifs. Après l’office on pouvait participer à un excellent diner. C’était aussi le cas à Robinson Road dans la synagogue fondée par la riche famille Sassoon d’origine Iraquienne au 19 ème siècle. On y croisait les descendants de l’autre richissime famille Kadoorie aussi d’origine Iraquienne propriétaire entre autres de la compagnie d’électricité de Hong Kong, du magnifique hôtel Peninsula de Kowloon et d’une cinquantaines d’autres entreprises florissantes.

La synagogue Sassoon se situait dans un grand jardin dont une partie fut ensuite vendue à des riches membres de la communauté qui y construisirent un gratte ciel avec de magnifiques appartements.​ Kowloon, territoire loué à la Chine jusqu’à sa rétrocession totale par l’Angleterre en 1997 renfermait plusieurs hôtels cinq étoiles, plusieurs ateliers et usines qui progressivement se délocalisèrent en Chine continentale notamment à Shenzhen et Canton dans la « rivière des perles ».

Je fréquentais aussi de temps en temps la synagogue Habad Loubavitch où je retrouvais des Français de passage à Hong Kong.​

Nos promenades

Les hommes d’affaires Juifs ne gardèrent que leurs bureaux à Kowloon et on se retrouvait le soir à l’hôtel Régent avec son restaurant et sa magnifique vue sur Harbour view. C’était notre lieu de rendez ​-vous les soirs de semaine pour échanger et inviter nos clients de passage.

Le soir, après une promenade à Lam Kwai Chung, on pouvait visiter les boutiques d’antiquaires de meubles et de pièces d’art de la Chine d’antan. Ensuite, par un dédale de ruelles qui n’arrêtaient pas de monter vers le sommet de petites montagnes, on arrivait  au sommet « le Pic » avec sa magnifique vue de tout Hong-Kong.

Shanghaï

La rétrocession de Hong Kong à la Chine fit que progressivement une partie de l’activité  artisanale et industrielle se déplaça dans le nord de la Chine à Wenzhou, Yiwu et Shanghai.

Shanghaï devint alors mon nouveau point de chute en Chine. Ma connaissance de la langue chinoise me rendait capable de rédiger désormais des messages en Pinyin, la phonétique latine en mandarin chinois. Là aussi je fréquentais le centre communautaire Juif dirigé par monsieur Ohana. Je visitais à plusieurs reprises l’ancien quartier Juif de Hongkou qui abrita ​à la fin des années 30, plusieurs dizaines de milliers de réfugiés Juifs  essentiellement d’origine Polonaise qui fuyaient le nazisme.

Shanghai était la seule ville au monde où des étrangers pouvaient entrer sans visa et même sans passeport. Ce fut la seule ville qui a ouvert ses portes aux Juifs fuyant le nazisme expliquait Pan Guang doyen du centre des études Juives de Shanghai. Les Juifs eurent la vie sauve et quittèrent la Chine dans les années 47/48 à la fondation de l’Etat d’Israël. 

Le musée établit sur l’emplacement de l’ancienne synagogue témoigne de l’accueil bienveillant de la population Chinoise qui partagea avec la communauté Juive l’occupation Japonaise. Les objets et photos dans les lieux de ce musée restent une visite incontournable pour les touristes de passage, dans la mégapole de Shanghai.

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Pierre Mamou

Pierre Mamou

Pierre Mamou est né à Tunis qu’il quitte adolescent mais où il garde de nombreux amis et relations.Il choisit une carrière dans le commerce international qui lui permet de voyager dans le monde entier ,notamment en Chine et en Inde,mais sa véritable passion est d’aller à la rencontre des communautés Marranes,ces Juifs Espagnols obligés de se convertir ou de s’exiler il y a 5 siècles.Chaque mois il nous fera un récit historique et racontera ses rencontres d’Amsterdam à Livourne, de la Jamaïque à Goa en Inde à la découverte des communautés Marranes

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