Le meurtre de Sarah Halimi, un test pour Macron

Le meurtre de Sarah Halimi, juive de France, est un test pour la nouvelle administration Macron face au déni d’antisémitisme en France

(JTA) – Avant qu’il ne pousse Sarah Halimi vers la mort du haut d’une fenêtre de son appartement du 3ème étage, à Paris, l’assassin de 27 ans Kobili (Kada) Traoré, avait appelé sa voisine juive « Satan » et hurlé « Allah W’akbar ».

Ces faits et bien d’autres, concernant l’incident du 4 avril qui a choqué la communauté juive de France, sont connus d’après les témoignages et d’un enregistrement réalisé par un voisin, selon l’observatoire qu’est Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme.

Des années avant l’attaque, Traore a traité la fille de sa victime âgée de 65 ans, qu’il a violemment battue avant de la tuer : de « Sale Juive », selon le témoignage de cette fille.

Malgré ces comptes-rendus accablants, Traoré qui n’a pas de passé connu en matière de maladie mentale, a été directement placé en évaluation psychiatrique, suivant ses allégations de « folie passagère ». Les Procureurs ont présenté contre lui un projet d’inculpation d’homicide volontaire qui ne contient aucun caractère aggravant de crime de haine (antisémite).

Cette omission, en plus de l’indifférence perceptible des autorités et des médias en France à un crime qui a largement été éclipsé par une campagne électorale à rebonds et marquées par les « Affaires » (judiciaires), laisse de nombreux membres traumatisés et dirigeants de la communauté juive du pays un sentiment de marginalisation et de colère contre une société qui s(‘avère réticence à faire face les yeux dans les yeux à l’antisémitisme qu’elle tolère.

« La faillite des autorités à désigner clairement la nature terroriste et antisémite de  ce meurtre n’a [malheureusement] rien d’inhabituelle », a déclaré  Shmuel Trigano, auteur de 24 livres et érudit en matière d’antisémitisme, dans une interview sur Radio J, trois semaines après le meurtre.

Trigano accuse, depuis des années les autorités françaises de détourner les yeux face à l’antisémitisme – y compris dans des périodes où les dirigeants de la communauté juive de France saluaient leur gouvernement pour les mesures extraordinaires prises afin de protéger les Juifs, en particulier, pour avoir déployé des milliers de soldats armés autour des institutions juives afin d’assurer leur protection, à la suite de la mort de 4 Juifs dans une supérette Casher à Paris en janvier 2015.

Pourtant, au beau milieu du silence des autorités et des médias nationaux sur ce meurtre du 4 avril, l’affaire Halimi Bis a surgi comme une question fédératrice pour les dirigeants juifs, les militants et les penseurs prédominants. Ils disent que l’enquête est indicative d’un problème plus profond entre la société française et sa communauté juive, pour la nouvelle administration du Président récemment élu, Emmanuel Macron.

« Tout concernant ce crime suggère l’existence d’un déni permanent de la réalité » de la part des autorités, ont écrit ce mois-ci 17 intellectuels dans une lettre ouverte publiée dans le Figaro. « Nous exigeons que toute la vérité soit mise en lumière dans le meurtre de Sarah Halimi », ajoutaient les auteurs, dont Alain Finkielkraut, philosophe juif et membre de l’Académie Française -le gardien du langage et de la culture françaises.

A cause de critiques grandissantes de la part de l’opinion publique dans la communauté,le CRIF a substitué à ses appels à la « patience » dans l’attente que les autorités reconnaissent l’affaire et acceptent de s’en saisir à bras le corps, une critique ouverte de cette absence de prise en considération et une tentative pour interjeter sur le plan judiciaire.

« Une femme juive, médecin qui s’occupait d’un jardin d’enfants, a été assassinée à son domicile au beau milieu de cris « Allah Hu Akbar », a écrit le Vice-Président du Crif Robert Ejnes, dans un communiqué intitulé : « Un lourd silence grandissant », près de deux mois après l’événement. L’expression « “Allah hu akbar,” est fréquemment un cri de ralliement lié aux attentats terroristes.

Le corps judiciaire, ajoute Ejnes, « n’a pas mentionné le caractère antisémite de ce meurtre, mais il est évident que Mme Sarah Halimi de mémoire bénie, a été tuée parce qu’elle était Juive par un meurtrier motivé par l’Islamisme ».

Et les médias « n’ont pratiquement pas parlé de cela, comme si la défenestration d’une femme n’avait rien d’inhabituel dans le Paris des années 2017! », écrit-il, en donnant un écho à l’un des aspects de l’affaire que de nombreux Juifs de France disent faire partie des aspects les plus douloureux.

Mais c’est surtout la lettre ouverte de 17 intellectuels, le 4 juin, qui a brisé le silence dans les médias nationaux, au sujet de cette affaire, selon Hervé Gardette, un journaliste de la radio France Culture. Le 8 juin, Gardette a enquêté sur ce dossier, lors d’une émission intitulée : « Ya t-il un déni d’antisémitisme en France? »

 

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