Le meurtre de Sarah Halimi et la doctrine du pouvoir

LE MEURTRE DE SARAH HALIMI ET LA DOCTRINE DU POUVOIR

 

L’affaire du meurtre de Sarah Halimi, ou, plus exactement, de son occultation par le Pouvoir et les médias, nous offre un condensé du traitement spécifique de  l’antisémitisme  que la France connaît depuis 17 ans, exactement depuis cet événement que les Palestiniens nomment « la deuxième intifada ». Un modèle cohérent est en effet à l’œuvre qui semble fonder la politique de l’Etat en la matière et qui est à la source de son échec à apporter une solution, de moins en moins possible à mesure que le temps passe, au point qu’on peut estimer qu’elle ne sera jamais corrigée.

Ceux qui le découvrent aujourd’hui et s’en étonnent se réveillent bien tardivement et leur inconscience jusqu’à ce jour rend leur étonnement coupable d’oubli.

L’occultation fondamentale

La répétition générale, l’émergence originelle, de ce dispositif date en effet des années 2000-2002 lorsque le gouvernement Jospin imposa un black out sur les 500 agressions antisémites commises par des originaires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne[1]. Daniel Vaillant, alors ministre de l’intérieur, le révéla quelques années plus tard: le gouvernement Jospin ne voulait pas, en les révélant,  » jeter de l’huile sur le feu ».

Le dispositif « Pravda »

A cette occasion, nous avions pu constater que les médias de même que les institutions juives, qui tenaient cette liste, n’avaient pas dérogé au black out. C’est un état de faits de grande importance pour comprendre la suite, car l’instance médiatique démontra alors qu’elle était, d’un bord à l’autre, au service du Pouvoir (ou d’une idéologie portée par la gauche, ou « les élites » car la droite de gouvernement pratiqua la même politique). Ce fut la première manifestation de ce qui devint évident quelques années plus tard, et notamment durant les récentes élections présidentielles où la sphère médiatique a adoubé le candidat Macron avant qu’il ne soit élu. Cette situation, sur le champ, nous fut incompréhensible. Le sentiment d’une situation à la soviétique où l’organe de la désinformation s’intitulait « Pravda » la « Vérité », nous envahit nous qui croyions vivre dans une société réputée « pluraliste » où la liberté d’opinion était la règle.

Une politique murement décidée : son secret

Nous ne pouvions imaginer qu’il y avait là une politique mûrement décidée tant la chose aurait été – et donc est – grave. Pour comprendre son économie interne, il faut l’éclairer par son arrière-plan : le narratif forgé par le Mitterrand de la deuxième cadence. Pour maquiller son échec lamentable à « changer la vie », il créa de toutes pièces « Le danger Le Pen », alors un personnage insignifiant dans l’arène politique. L’objectif était de mettre en place une stratégie que l’on peut définir comme la stratégie du « Front antifasciste », destinée à pulvériser la droite, en la prenant en tenailles du Front National et en la sommant de choisir entre « la République » (c’est à dire, alors, le Parti socialiste) et le » fascisme »,  incarné par Le Pen, dont l’image fut construite de toutes pièces.

Il ne s’agissait pas seulement de pulvériser la droite mais aussi de stopper le début d’une politisation des immigrés dont la Marche des Beurs représentait alors le premier signe. La « menace Le Pen »  contre les immigrés devait canaliser cette contestation et les revendications sociales françaises vers un ennemi, mis forcément en dehors du système politique mais qui devenait néanmoins son pivot fonctionnel, selon le mode du bouc émissaire. Entre temps, bien sûr, le FN devint une réalité qui échappa à la maîtrise de la manœuvre mitterrandienne. Toute la vie politique française allait désormais tourner autour du FN et jusqu’à ce jour. SOS Racisme fut créé pour en être le levier.

L’embrigadement de la « communauté » juive

Les institutions juives furent embrigadées dans cette opération de manipulation idéologique. La confirmation juive était requise en effet : elle conférait une crédibilité à la menace, eu égard au passé de l’antisémitisme dont les Juifs avaient souffert : l’UEJF, partie constituante de la création de SOS Racisme, apporta ainsi une authentification juive de la réalité de la menace raciste pesant sur les « immigrés », en posture de « nouveaux Juifs ».

La manipulation symbolique

L’opération de substitution symbolique qui était visée se fit alors, parfaitement résumée dans le slogan de SOS Racisme : « juifs= immigrés ». La cause « immigrée » s’inscrivit dans une nouvelle idéologie, réputée a-politique et humanitaire, l’ »antiracisme », et elle fut portée non par un parti mais un mouvement d’opinion et de propagande. Cette cause hérita ainsi de la quintessence symbolique du passé de l’antisémitisme et de la Shoah. Ne luttait-elle pas aussi contre « le fascisme »? Lors de la manifestation contre les lois Debré, les militants de cette mouvance se déguisèrent ainsi significativement en déportés juifs en pyjamas rayés, portant les valises de leur exil, pour représenter les immigrés de France.

Ce glissement symbolique rencontrait la manipulation palestinienne déjà existante, forgeant le narratif d’une pseudo « Shoah » palestinienne : la « Nakba[2]. C’est de cette imbrication que vint l’accusation ultérieure, au sein de la confluence antiracisme- néo-gauchisme – islamisme (l’ »islamo-gauchisme »), qui accusa Israël de commettre une nouvelle Shoah envers les Palestiniens. Ainsi, la manipulation symbolique de SOS Racisme (Juifs= immigrés ») s’articula à la cause palestinienne (les Palestiniens comme « nouveaux Juifs/victimes de la Shoah[3]« ) et devint un dérivatif  aux « Beurs » en révolte[4].

L’antisionisme « moral », écran à la réalité

L’équivalence palestinienne avait l’avantage de justifier les agressions en France, celles que le Pouvoir ne voulait ni dénoncer, ni réprimer, et leur conférer une origine extérieure. La parole d’Hubert Védrine, alors ministre des affaires étrangères, fût on ne peut plus claire à ce propos. Il déclara, à l’époque des 500 agressions impunies et tues, « comprendre » pourquoi « les jeunes des banlieues » commettaient des agressions, à la lumière de « ce que faisait » Israël aux Palestiniens. Au même moment, et dès le départ de cet état de faits, les médias se déchaînèrent contre Israël en adoptant le point de vue de la propagande palestinienne. Le fameux mensonge sur l’affaire Al Dura dont la source fut rien moins que la télévision d’Etat, France 2, devint l’emblème de ce dévoiement du journalisme … Deux procès sur cette affaire Al Dura ont montré les faiblesses de cette manipulation. La « colère » arabo-musulmane se vit ainsi « moralement » justifiée. Mohamed Merah n’avait pas à voir les télévisions arabes pour fomenter le crime de Toulouse. Il n’avait qu’à voir France 2, jour après jour[5].

L’antisionisme devînt l’exutoire à l’incapacité officielle de faire face au problème réel. Pis: le sionisme se vit accuser d’apporter le trouble en France du fait de sa politique (fantasmée). Il avait aussi l’avantage de s’attirer aussi les bonnes grâces de la population musulmane française qui, donc, avait fait entre temps de la cause palestinienne l’emblème de son incursion sur la scène politique française, protégée par la respectabilité que cet antisionisme avait gagné dans le pays. C’est sous l’égide de la cause des Palestiniens, le « peuple en danger », que les premières manifestations de rue arabo-musulmanes eurent lieu, avec la présence dans leurs rangs de candidats portant le bandeau du martyr du Hamas. On vit écrit sur la statue de la République « Mort aux Juifs », on l’entendit dans certaines manifestations ; Tout ce qui arrivait était à cause du sionisme. Et les Juifs français en étaient responsables en le soutenant.

« La menace Le Pen » comme paravent de l’antisémitisme islamique

Reconnaître dans les années 2000 – et jusqu’à ce jour – que les agressions antisémites étaient le fait de contrevenants inspirés par une cause islamique (en habits « pro-palestiniens ») [6] aurait fait voler en éclat le dispositif mitterrandien et son utilité bassement politicienne pour conserver le pouvoir. Ce n’est pas seulement parce que la gauche épouse la cause des ex-colonisés et accuse son propre pays d’être coupable, c’est surtout parce que la menace cardinale n’aurait plus été Le Pen mais l’immigration et l’islamisme. Les « nouveaux Juifs » n’auraient plus été ce que l’on attendait d’eux. De menacés, ils seraient devenus menaçants. C’est ce qui explique pourquoi, tout au long de ces 17 ans de crise, l’antisémitisme, qui ne cessa pas, fut toujours, officiellement et médiatiquement, référé à « la menace Le Pen », à l’extrême droite, de façon à empêcher, de façon très planifiée, d’incriminer les milieux de l’immigration. C’est vrai jusqu’à ce jour : la dernière campagne présidentielle fut remarquable par son occultation massive du principal et monumental problème français : l’intégration de l’islam et de sa nombreuse population. Par contre, l’appel à « résister » au « fascisme », au lepenisme, les visites au Mémorial de la Shoah ne manquèrent pas.

La politique de l’occultation

Le Pouvoir des années 2000 ne put ni ne voulut reconnaître la nature antisémite des 500 agressions commises. Il ne mit pas en garde la population issue de l’immigration ni ne fustigea et punit les agresseurs. Il choisit de taire les événements. On assista à des choses étonnantes,  par exemple ce juge de Montpellier qui prétexta que la tentative d’incendie d’une synagogue était l’ »œuvre de jeunes désœuvrés » mais pas de l’antisémitisme et encore moins de l’islamisme.

Le dispositif rhétorique

Tout un dispositif rhétorique s’est mis alors en place pour ne pas reconnaître la source et la motivation des actes antisémites en rapport avec l’islam ou les milieux de la population d’origine immigrée. Il ne faut pas négliger le fait que les représentants de cette population reconnus par l’Etat dans le cadre du CFCM sont les adeptes des Frères Musulmans, ce qui ne lasse pas d’étonner et d’inquiéter. Cette occultation rhétorique de la réalité des faits induisit une atteinte morale aux victimes. Puisque le coupable était préservé, et puisque les faits ne pouvaient plus être cachés, on partagea sa culpabilité avec sa victime. Des mots-valises furent forgés, sans doute par des agents de publicité politique (les « éléments de langage »).  On ne parla pas d’antisémitisme mais de « tensions intercommunautaires » ou de « conflit importé » : les Juifs en devenaient ainsi « co-responsables ».

Le prétexte « pathologique »

Quand l’acte ne put être occulté du fait de son évidence objective, sa motivation islamique se vit annulée  sous une excuse « pathologique » (les terroristes seraient tous « dérangés » mentalement, c’est possible, mais alors on ne comprend pas pourquoi seuls les psychopathes de religion musulmane pratiqueraient le terrorisme). Quand la motivation islamique est encore plus patente et qu’on ne peut plus la cacher, un autre dispositif fut inventé : celui de la « radicalisation », une catégorie dans laquelle ne transparaît aucunement la motivation islamique et l’influence de l’islam. Un vocabulaire délirant est né de ce dispositif, qui a engendré et justifié une procédure invraisemblable : celle qui vise à « déradicaliser » les « radicalisés », à leur retour de Syrie – c’est à dire des crimes qu’ils ont commis – comme s’ils étaient des malades que leur cible d’hier, la France, se devait de « soigner » et pas des terroristes. Tout un vocabulaire fut créé à cet effet pour tromper les consciences: « loups solitaires » fut sans doute le concept le plus flamboyant….

Le prétexte « sociologique »

Le discours socialiste, fidèle à son analyse de classe, tira quant à lui une autre conclusion, réputée « sociologique »: la France était responsable de cette « radicalisation » parce qu’elle aurait opprimé la population concernée en l’enfermant dans des ghettos et en ne combattant pas la discrimination dont elle souffrirait. Toute une terminologie a alors fleuri: les « classes populaires », « le peuple », les « laissés pour compte »… Le postcolonialisme a alors connu un essor inespéré: CCIF, indigènes de la République, CAPJIPO, militants du boycott d’Israël (et des Juifs)  sous couvert de la cause palestinienne, relayés par la nouvelle extrême gauche, unifiant dans la même haine la France et Israël….

 

Un discours discriminant pour ceux même qu’il est censé protéger

En ne reconnaissant pas la responsabilité de milieux musulmans, en ne séparant pas le bon grain de l’ivraie et donc en massifiant la population immigrée et musulmane, en l’exonérant en bloc, le Pouvoir a, bien au contraire, jeté « de l’huile sur le feu » en excitant et en justifiant le ressentiment des « banlieues » et en ignorant la nature islamique de la revendication terroriste. La protection de l’islam devint une politique d’Etat au point même de devenir une théologie, quand le président Hollande déclara à Tunis que l’ »islam est soluble dans la démocratie », une pétition de principe incroyable sur le plan de la laïcité quand on sait que pour être admis dans l’Etat, chrétiens et Juifs avaient du sérieusement se réformer.

Une censure immanente

Ce système rhétorico-politique s’est accompagné d’un bras répressif qui a pour finalité, avec la clause pseudo morale du « pas d’amalgame », d’enfermer la critique dans le ghetto du « racisme » et du « fascisme » pour ceux qui enfreindraient la règle de discours que médias et justice firent appliquer. Même système qu’avec « le danger Le Pen »…

Une mise en accusation de principe des Juifs

L’occultation d’une contravention, en l’occurence une agression, se paie inéluctablement – parce qu’il faut rendre compte de la réalité – de l’accusation et de la criminalisation de la victime. Sous prétexte de sauvegarder la paix sociale, l’Etat a ainsi porté objectivement atteinte à la citoyenneté et à l’égalité des Juifs. Leur sécurité a été laissée à l’abandon tout au long de ces années jusqu’après « Charlie Hebdo », événement sans lequel l’habitude de les voir agressés (au point que l’on n’en parlait plus et qu’eux mêmes n’allaient plus se plaindre) aurait continué comme auparavant. Quoique l’enseignement de cet événement s’avère inexistant à la lumière de l’affaire Sarah Halimi et l’on peut avec facilité penser que, sans Charlie Hebdo, l’attaque de l’Hyper cacher n’aurait pas eu un tel écho[7]. Outre l’accusation d’ »agressivité » qui a poursuivi les Juifs dans les médias, tout au long des années 2000, le soupçon  de « communautarisme » les a mis de facto en dehors de la République, assignés à un no man’s land: le slogan « toucher à un Juif, c’est toucher à la République » ne visait en effet que l’extrême droite « fasciste » et pas l’antisémitisme islamique. L’Etat a traité inégalement les citoyens, privilègiant les uns aux dépens des autres. « Ne pas jeter de l’huile sur le feu », c’est en jeter sur un autre feu, allumer un autre feu.

L’accusation de « racisme » lancée aux Juifs

Quand les Juifs dénoncèrent les agressions dont ils étaient victimes, leur appel fut accueilli par une accusation de racisme anti-arabe.  Le « journal » n’avait effectivement pas parlé des événements dont ils se plaignaient, donc ils ne s’étaient pas produits… Ce sont surtout les Juifs d’Afrique du Nord qui furent fustigés, crédités d’un ressentiment raciste et colonial envers les « ex-colonisés ». Au point que, dans les milieux de la gauche « postcolonialiste », on commença alors à réécrire leur histoire afin de les rétrograder dans l’histoire centenaire de leur citoyenneté française [8]. Avec le livre de Michel Wieviorka, en 2005, La tentation antisémite, un seuil fut franchi. Sur la base d’une enquête réputée « sociologique », notamment à Sarcelles, il affirmait qu’il n’y avait pas d’antisémitisme islamique mais qu’il y avait bien un communautarisme juif provocateur…


C’est bien ce qui arriva lorsque nous publiâmes la liste des 500 agressions, dans le premier bulletin de l’Observatoire du monde juif que je créais à cet effet: nous nous vîmes accusés de « racisme anti-arabe ». Lorsque SOS Racisme publia cette liste 6 mois plus tard : elle eût tous les honneurs des médias. Nous eûmes alors l’explication de cet état de faits:  toutes les mentions d’identité des agresseurs avaient été « expurgées » au profit de la formule bien connue: « les jeunes ». La preuve fut alors faite. Pour sauvegarder la crédibilité de « la menace Le Pen », il fallait cacher la menace islamiste et pour cacher celle ci, il fallait taire les agressions dont les Juifs étaient les victimes, jusqu’à les en rendre responsables, plus tard.

L’accusation de « communautarisme » juif

Quand les Juifs dénoncèrent les agressions dont ils étaient victimes, ils se virent accusés de provoquer des « tensions communautaires ». Quand ils pointèrent du doigt la cause islamique – une causalité religieuse – dans les agressions dont ils étaient les objets, ils se virent accusés de « communautarisme », comme s’il y avait « deux communautés » dans le pays, une expression de Mitterrand lors de la première guerre du Golfe. La protestation juive fut ainsi mécaniquement enfermée dans la poche « communautarisme », un  signe stigmatisant dans le climat « républicain » de l’époque, alors que le communautarisme islamique est une évidence, mais non dénoncée dans ce cadre-là, sans doute par crainte de la réaction des milieux musulmans, je  le rappelle, emmenés par des adhérents à la secte des Frères Musulmans.

La mise en danger de toute la société

L’incapacité à nommer et exclure les coupables eût de graves conséquences pour la sécurité publique.  Durant toutes ces années d’antisémitisme islamique, les medias n’agitèrent que « la menace Le Pen » induisant ainsi la vigilance publique et tout l’appareil policier dans l’erreur, une erreur qui s’avèra fatale quand la terreur islamique envahit la France et plus seulement les Juifs, qui avaient été mis entre parenthèses dans leur pays même, enfermés derrière des barrières dans leurs lieux communautaires comme pour que le mal ne s’étende pas à toute la France. La cause du terrorisme ne pouvait plus être nommée à cet instant. Mais les dégats s’avérèrent encore plus larges: elle étendit le soupçon à tous les musulmans qu’elle voulait protéger.

La pacification

Sur ce dysfonctionnement de l’Etat, se greffa toute une politique prétendument  pacificatoire. En effet, après avoir communautarisé les Juifs (et bien évidemment les deux autres religions), le Pouvoir socialiste innova dans la pratique républicaine et laïque en développant une démarche de pacification des « communautés », dans un geste qui rappelle l’époque coloniale. Elle se donnait pour but de socialiser l’islam dans l’espoir que, par ce biais, il entretienne des relations pacifiques avec les membres des autres religions et jugule l’activisme de certains de ses milieux. C’était le seul aveu, indirect, statuant sur le caractère « religieux » (« islamiste ») de l’insécurité. Pour les besoins, le christianisme fut même « reconstruit » comme une « communauté » parmi d’autres, alors qu’il est la religion majoritaire quasi bi-milllénaire. La pacification inter-religieuse dans laquelle l’Etat se lança comportait avant tout une finalité publicitaire et spectaculaire: les dignitaires religieux se serrent la main devant les caméras, de préférence dans leurs uniformes cléricaux, et proclament leur fraternité. C’est comme un aveu subliminal que toutes les religions sont coupables et responsables de l’état des choses, comme si toutes en étaient au même stade de leur réforme destinée à entrer dans la logique de l’Etat, comme si leurs ressortissants sans distinction d’origine menaçaient l’Etat[9]. Ces cérémonies, dont les socialistes furent les inventeurs – avant tout le sénateur-maire de Marseille, Robert Vigouroux, fondateur de l’association « Marseille Espérance -, n’ont orchestré rien de moins qu’une démission de la République et notamment du pouvoir régalien du ministère de l’Intérieur qui ne devrait pas se dégager de ses obligations sécuritaires sur des religions qui n’ont pas à remplir un tel rôle. L’Etat n’a pas à missionner les religions pour assurer la paix publique. Le résultat de cette opération de communication eût un effet négatif pour les religions concordataires: pour écarter les demandes excessives de l’islam, et ne pas oser exiger de lui ce qui avait été exigé des autres religions, l’Etat rétrograda les acquis de ces dernières qui n’ont absolument aucun problème avec la laïcité.

L’assentiment des Institutions juives

Pour tenir ces cérémonies, l’Etat obtînt la collaboration zélée des institutions juives (à la présence capitale), et même plus. Entre l’acceptation initiale du black out sur la liste des agressions antisémites et la participation à un « dialogue » des religions missionné par l’Etat, leur faiblesse sur le front de la lutte contre l’antisémitisme, ces institutions ont vu leur autorité et leur représentativité s’éroder profondément au dedans et au dehors de la communauté juive. Leur statut d’association de la société civile s’est effiloché. On ne sait plus si elles représentent les Juifs auprès de l’Etat ou l’Etat auprès des Juifs, un signe inquiétant du recul du caractère volontariste d’une communauté dans la citoyenneté.

Le Cas Sarah Halimi: kaléïdoscope de la politique d’Etat

A la lumière des éléments du dispositif que nous avons analysé:

L’occultation fondamentale

Le dispositif « Pravda »

Une politique murement décidée: son secret

L’embrigadement de la « communauté » juive

La manipulation symbolique

L’antisionisme « moral », écran à la réalité

« La menace Le Pen » comme paravent de l’antisémitisme islamique

La politique de l’occultation

Le dispositif rhétorique

Le prétexte « pathologique »

Le prétexte « sociologique »

Un discours discriminant pour ceux même qu’il est censé protéger

Une censure immanente

Une mise en accusation de principe des Juifs

L’accusation de « racisme » lancée aux Juifs

L’accusation de « communautarisme » juif

La mise en danger de toute la société

La pacification

L’assentiment des Institutions juives

l’affaire Sarah Halimi est exemplaire. Le silence total des médias et des pouvoirs publics, l’occultation du motif islamique, le recours à l’explication pathologique, l’attentisme des policiers dans l’immeuble alors que le meurtrier martyrisait la victime, l’accusation de « communautarisme » venant cette fois-ci du directeur du Journal du Dimanche, Claude Askolovitch, accusant les acteurs et les institutions communautaires de manifester du « communautarisme » en invoquant la cause islamique comme cause du meurtre en question[10], l’agitation autour de la Shoah durant cette période électorale où le crime s’est produit, la faiblesse de l’engagement des institutions juives, le désintérêt total du public… Il ne manque que la cérémonie de pacification, mais attendons…

Un véritable système

Il y a là à l’œuvre un véritable système idéologico-pratique. Deux narratifs le commandent : la menace fasciste sous sa forme lepeniste et l’innocence victimaire de principe de la population immigrée. Une opération de substitution lie ces deux narratifs que l’équation de SOS Racisme exprime bien : « Juifs=immigrés ». Comme la figure juive, dans la perspective du « fascisme », rappelle le souvenir du nazisme et de la Shoah, comme le FN avait ciblé les immigrés, ces derniers s’inscrivent dès lors dans la « logique » de la Shoah. Ils sont les « nouveaux Juifs » du fascisme. C’est à ce niveau que surgit et enfle le narratif palestinien de la Nakba dont les Juifs sont « coupables ». L’équivalence « Juifs= immigrés » se retournent à cette jonction argumentaire.

Du coup l’accusation du FN déborde et glisse dans une accusation du sionisme, d’Israël et des Juifs. Une équivalence d’Israël et du nazisme est ainsi rendue possible à l’avantage du pôle « immigré » de l’équivalence. Pour ce faire et sauver la cohérence argumentaire, le signe juif se dédouble alors entre Juif (victime de la Shoah) – marqué positivement – et sioniste (agresseur des victimes palestiniennes-immigrés). Nous tombons alors dans une nouvelle torsion de l’équivalence « Juifs de la Shoah=Palestiniens », catégorie dans laquelle vont s’engouffrer les islamo-gauchistes et notamment les activistes de la cause islamique (via l’équivalence « immigrés=Palestiniens= musulmans »). Dans l’accusation du FN, s’insère ainsi de façon sous-jacente, l’accusation des Juifs, du sionisme, du « communautarisme » (l’antisémitisme devient : « conflit importé », « tensions intercommunautaires »). D’une certaine façon, la figure de Natanyahou est agitée comme celle d’un Le Pen israélien et dans le gallimatias journalistique, la droite israélienne est une reprise du FN. L’accréditation de cette équivalence vient cependant de la « gauche » israélienne et des activistes de Shalom Akhchav et de J Call en France. La sarabande rhétorique folle est alors en place!

Face au développement dans la population immigrée d’une agressivité antisémite, d’inspiration religieuse, un dispositif rhétorique est mis en place pour éteindre tout constat et toute conscience de cette réalité. Tout ce qui arrive sera donc réécrit, « corrigé » (« politiquement correct« ) pour ne pas sortir du double narratif. Quant à sa matérialité, qui résiste à toute réécriture, elle sera mise sur le compte de l’infra-rationnel (pathologie, conditions sociales): c’est le corps (celui de l’inconscient ou de la société française) qui sera coupable, pas l’esprit (l’islam/isme)!

L’équivalence « Juifs= immigrés » a ainsi conduit à une substitution qui s’est déclinée en plusieurs figures : le musulman, le Palestinien, le colonisé, la Shoah (Nakba oblige), pour entrer dans une sorte d’équivalence générale. J’ai pu voir sur la place de la République une manifestation pour les handicapés, arborant le drapeau palestinien et des placards contre Israël.

La systématisation que je présente mérite sans doute bien d’autres aperçus… Les éléments de la situation sont extrêmement cohérents et pas le résultat d’une accumulation de hasards, de défaillances, ou de malentendus.

SHMUEL TRIGANO

*Source: Menora.info

[1] Cf. Bulletin n°1 de l’Observatoire du monde juif, novembre 2001, « Questions sur un black out. Les Juifs de France visés par l’Intifada? », éditorial de ma plume suivi par la liste des faits. http://obs.monde.juif.free.fr/pdf/omj01.pdf

[2] L’art de transformer en « passion » l’échec d’une guerre d’extermination des Juifs lancée par plusieurs Etats arabes et les Palestiniens lors de la création de l’Etat d’Israël

[3] Selon le pape du postcolonialisme, Palestinien d’adoption (car né en Egypte et élevé aux Etats Unis), Edward Saïd, les Palestiniens sont  les « victimes des victimes ».

[4] C’est une semblable manœuvre qu’avoua, pour les années 1970, Benny Lévy qui s’était targué d’avoir « inventé » les Palestiniens lorsque la Gauche Prolétarienne cherchait à agiter le « prolétariat » ouvrier des usines française, originaire de l’immigration, qu’il était difficile d’unifier du fait du conflit des nationalités antérieures des ouvriers. Benny Levy et sa mouvance imaginèrent alors de leur proposer une cause fédérative: la Palestine. Elle devint ainsi l’emblème des causes arabo-musulmanes en France jusqu’à ce jour.

[5] Nous disposons de centaines de pages d’étude de ces manipulations gravissimes à travers l’activité de l’Observatoire du monde juif (obs.monde.juif.fr), de la revue Controverses (controverses.fr), des centaines de pages éditées par moi même et rassemblées dans un ouvrage, 15 ans de solitude, Berg International.

[6] Cf. Mohamed Merah tuant les enfants juifs de Toulouse pour « venger ce qu’Israël fait aux enfants de Gaza ».

[7] Il faudrait analyser comment sa leçon fut annulée, quasiment sur le champ, avec l’invention médiatique de l’héroïsme supposé d’un employé musulman d’Afrique sub-saharienne qui aurait sauvé les victimes enfermées dans le supermarché…

[8] Voir à ce propos les films d’Arte sur l’histoire des rapports judéo -arabes, analysé dans mon livre 15 ans de solitude, les livres américains de Maud Mandel et Ethan Katz.

[9] Rappelons le Grand sanhédrin napoléonien de 1807 pour les Juifs, le Concordat avec le Vatican pour les catholiques. L’islam pour des raisons historiques n’est jamais passé par là.

[10] http://www.slate.fr/story/143018/juif-meurtre-paris

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source : JForum