Le lien particulier qui unit John Steinbeck au quartier Hatikva de Tel-Aviv

 

Quartier défavorisé depuis de nombreuses années, « Hatikva » fait à ce jour la une de l’actualité car devenu le secteur d’une implantation anarchique, d’une immigration clandestine venue d’Afrique.  Ce quartier porte le nom du devenir, de l’espoir et de l’esprit pionnier. Mais pas forcement celui auquel vous pensez… Par Rony Akrich.

En 1853 deux groupes de chrétiens protestants, venant de Prusse et des États-Unis, s’installent en Eretz Israël et y fondent une ferme agricole au sud de la cite actuelle de Tel-Aviv. Ils donnent à ce domaine le nom de « Mont de l’Esperance », c’est là que se trouve, aujourd’hui encore, l’école « Shevah’ Mofet », dans le quartier Hatikva.

Les fondateurs de la ferme prussienne appartiennent pratiquement tous à la même famille, les Grossteinbeck, ils sont originaires de la cite de Wuppertal (Allemagne) et immigrent en Israël en Novembre 1849. Au tout début ils vivent à Jérusalem puis déménagent à Jaffa en 1851. Le groupe américain, des chrétiens observants le sabbat, arrivent de Philadelphie au début de l’année 1853, ils sont dirigés par Clorenda Mynor, accompagnée de son fils Charles. Les membres de ces deux groupes avaient en commun une même idéologie, ils pensaient très sincèrement que leur établissement en Eretz Israël rapprocherait le temps de la rédemption pour l’humanité.

Une tâche lourde et difficile

Clorenda Mynor loua un terrain de 30 acres à David Ben Avraham (Peter Klassen, né en 1809 à Tinghof, en Prusse – décédé le 10 juillet 1865 à Jérusalem, converti au judaïsme, il vécut au milieu du 19eme siècle en Eretz Israël afin de promouvoir l’agriculture juive.) sur lequel la ferme du « Mont de l’Esperance » sera édifiée. Elle loua également le verger ‘Montefiore’ appartenant à Yehuda Halevi Margoza (Rabbi Yehuda Halevi Margoza (1783 – 17 août 1879), l’un des fondateurs de la colonie juive de Jaffa, l’un des premiers agriculteurs, rabbin et patron des Juifs de Jaffa à partir de 1840).

Le groupe travaille avec des ouvriers juifs de Jaffa, la tâche est lourde et le labeur difficile, Mynor écrit dans une lettre aux lecteurs du magazine juif américain ‘Occident’ et leur demande une aide financière. En 1854 une nouvelle famille, originaire de Groton dans le Massachusetts, rejoint le groupe, ce sont: Dixon Walter avec sa femme Sarah, son fils Henry et ses filles Almira, Ann, Marie et Caroline. Premiers mariages en juin 1854, Johan Grossteinbeck épouse Elmira Dixon, Friedrich Grossteinbeck épouse quant à lui la sœur d’Elmira, Mary.

L’auteur de Moby Dick en visite

En 1855, Moses Montefiore arrive pour la quatrième fois en Israël. Il acquiert les terres du Rabbin Margoza et nomme Clorenda comme administratrice du domaine. Les habitants de la ferme souffrent du paludisme et du harcèlement de leurs voisins arabes du village de Salameh. Suite à un cancer, Clorenda Mynor meurt le 6 novembre 1855, son fils Charles poursuit le travail de sa mère et continue à gérer le verger de Montefiore pendant deux autres années avant de retourner aux États-Unis. Une partie du groupe de Clorinda retourne aux États-Unis, laissant la ferme avec seulement trois familles: les deux frères Johann et Friedrich Grossteinbeck accompagnés de leurs femmes, la famille des Dixon, les parents, Walter et Sarah et leurs enfants.

En Janvier 1857, ils reçoivent la visite de l’écrivain Herman Melville, auteur de « Moby Dick », à la ferme, ce dernier écrit alors dans ses notes: « l’école agricole construite par les Américains et les Juifs a échoué. Des Juifs sont en effet venus, mais firent les malheureux, obtinrent des vêtements et disparurent. »

La famille pionnière de John Steinbeck

Le 11 janvier 1858, cinq Arabes attaquent la ferme, assassinent Friedrich Grossteinbeck et violent Sarah Dixon et sa fille Mary. Sous la pression des consulats américain et prussien, les autorités ottomanes arrêtent quatre des assaillants et les condamnent à la réclusion à perpétuité. C’en est trop pour le groupe, en juin 1858, ils quittent définitivement la terre d’Israël et retournent tous aux États-Unis. La ferme avait ainsi cessé d’exister. Le petit-fils d’Elmira et Johan Grossteinbeck n’est autre que le célèbre écrivain John Steinbeck (prix Nobel de littérature en 1962, auteur entre autres: des « raisins de la colère » et de « à l’est d’Eden »)

L’école « Shevah’ Mofet » fut fondée en 1948 sur le terroir de la ferme du « Mont de l’espoir » (Ar aTikva). Dans la cour de l’école se dresse un sycomore planté alors par les colons. Le 30 janvier 1966, John Steinbeck s’est rendu en Israël, voyage au cours duquel il visita le site et rendit hommage à sa famille pionnière.

Rony Akrich

Rony Akrich

Rony Akrich 62 ans (les Passions d'un Hebreu) enseigne l'historiosophie biblique, il est l'auteur de 3 ouvrages sur la pensee Hebraique et ecrit nombre de chroniques et aphorismes en hebreu et francais. Il est le fondateur du "Cafe Daat" a Jerusalem (une forme d'universite populaire). Il reside a Kiriat Arba en Judee, pere de 7 enfants et 19 petits enfants

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