Le jour où le juif est redevenu un citoyen de seconde zone en Europe

9h42, 17 décembre 2020. Le jour où le Juif est redevenu un citoyen de seconde zone en Europe. Par Alex Benjamin*

En tant que directeur des affaires publiques de l’Association juive européenne, j’avais prêt ce matin là notre communiqué de presse sur la décision de la Cour européenne sur l’abattage casher en Belgique. Notre équipe média l’a fait traduire en français, italien, allemand. J’ai appelé le bureau de presse de la Cour et je leur ai demandé de m’envoyer la décision et la déclaration dès qu’elle a été annoncée. Nous étions préparés et prêts.

Le problème était que j’avais le mauvais communiqué de presse. Nous avions tort. Nous avions prévu que la Cour suivrait l’avis du procureur général qui, en septembre, avait déclaré que les interdictions relatives à l’abattage rituel casher constituaient un obstacle au droit fondamental à la liberté de religion, inscrit dans la charte des droits fondamentaux de l’UE.

Nous pensions qu’il n’y avait aucun moyen pour le tribunal de gifler une communauté déjà aux prises avec le double poids de la pandémie et dans tous les cas, une augmentation de l’antisémitisme.

Nous avions tort.

La Cour de justice européenne peut habiller cela dans tout le langage juridique qu’elle souhaite. Une décision claire a été prise ce 17 décembre. Les droits juifs, la pratique juive, la croyance juive jouissent désormais d’un statut européen de seconde zone. Derrière les droits des animaux, derrière la chasse.

Je peux vous assurer que cela me fait mal d’écrire ces mots. Je peux également assurer que je ne suis en aucune façon sensationnaliste de la question. C’est ce que le tribunal a décidé. Bien sûr, ils ne le diront pas avec mes mots, mais en tant que juif, je peux vous dire, c’est ce que cela m’inspire.

Vous connaissez l’ironie de la situation? Je ne mange pas vraiment casher, donc l’interdiction de la viande casher ne m’affecte même pas. Et pas davantage ma famille en soi. Mais cela m’affecte, moi et tous les Juifs d’Europe, profondément, douloureusement, que nous pratiquions ou non.

Ce sont nos règles

En tant que peuple de foi, nos traditions ne sont pas des vestiges archaïques, mais une manifestation vivante et respirante de nos croyances. Certains d’entre nous ne choisissent peut-être pas de respecter toutes les règles, mais ce sont nos règles. Elles font de nous ce que nous sommes en tant que peuple. Elles nous ont soutenus, nous ont donné notre identité pendant des millénaires. Il ne s’agit pas de s’adapter à la dernière tendance en vogue ou de «vivre avec le temps», il s’agit de la façon dont nous choisissons de vivre et de la façon dont nous avons vécu génération après génération

Et juste comme ça, d’un coup de stylo, à 9 h 42, lorsque le courrier électronique du tribunal est arrivé dans ma boîte de réception, tout ce peuple glorieux, fier et constant a été relégué au statut européen de deuxième classe. Derrière les hommes et les femmes à cheval chassant les renards et les lapins dans les champs pour les mettre en pièces avec des chiens, et pire, derrière le bétail qui est conduit dans les complexes industriels de masse dédiés à leur abattage «humain» par un boulon à la tête avant la coupe finale.

L’hypocrisie généralisée de l’Europe

Je ne vais pas, dans le court espace qui m’est accordé ici, entrer dans la fausse science entourant l’abattage, qui prétend que le massacre sans étourdissement est par nature cruel. Bon sang, je ne vais même pas perdre mon souffle sur la façon dont certains évoquent ce sujet avec une telle autorité tout en ignorant la beauté et le caractère sacré de la pensée qui entre dans le processus d’abattage casher. Je ne connais pas un seul shohet qui ne soit pas doux, gentil, dont la première et seule pensée est de rendre la mort de l’animal aussi rapide et indolore que possible.

Au lieu de cela, je veux parler de l’hypocrisie généralisée de l’Europe envers les juifs. Les tapotements bien intentionnés dans le dos quand nos synagogues sont attaquées, quand on nous crache dessus, nous insultent, nous assassinent dans les rues européennes. «L’Europe n’est pas l’Europe sans les Juifs», disent ces gens. Ils commandent des rapports, ils les publient. Ils font la queue après qu’une synagogue a été incendiée. «Nous vous aimons» disent-ils, «nous sommes avec vous».

Pas une fraction de seconde ne leur vient à l’esprit à quel point c’est à deux faces. À quel point il est moralement répréhensible pour nous de se faire dire que nous sommes importants et que nous comptons, alors qu’ils légifèrent sur notre mode de vie qui n’a plus lieu d’être en Europe.

Le barrage a été brisé le 17 décembre. Ce matin là, le Juif a de nouveau été relégué au statut de deuxième classe en Europe. Et les dirigeants n’ont rien dit.

*Alex Benjamin est le directeur des affaires publiques de l’Association juive européenne, une ONG basée à Bruxelles représentant et défendant les communautés juives à travers l’Europe.

3 pensées sur “Le jour où le juif est redevenu un citoyen de seconde zone en Europe

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    13 janvier 2021 à 16 h 34 min
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    Bonjour.
    J’aurais aimé en savoir plus. « L’abattage casher » était-il seul, visé par cette directive ? Auquel cas il y aurait là sans aucun doute une discrimination, doublée de l’utilisation d’un langage suspect. Ou bien : n’étaient-ce pas certaines formes d’abattage qui globalement étaient visées, et qui concernent aussi d’autres religions ?
    Cordialement

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    14 janvier 2021 à 13 h 15 min
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    venez en israel c’est VOTRE pays, il n’y en a pas d’autres.
    vous etes libres en israel, c’est vrai vous n’en avez pas l’habitude ,vous n’en avez pas les coutumes , vous n’avez pas de souvenirs en israel, Mais VOS enfants en auront et surtout, surtout, il n’auront plus jamais les problemes auquels vous etes confrontes ET ils seront heureux ce sera leur PAYS

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      14 janvier 2021 à 20 h 20 min
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      détrompez-vous, j’ai de très bons souvenirs en Israël, et suis heureux quand j’y viens : mais décider d’y vivre est bien sûr autre chose
      Bien cordialement

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