Le coup de Michel-Ange au Pape dans la Chapelle Sixtine

Le plafond de la Chapelle Sixtine ! Dans ce lieu chrétien par excellence, peut-être le plus sacré, une fresque exceptionnelle représente la naissance d’Adam mais bien plus encore. Cette peinture hors du commun, a été admirée, photographiée, imprimée, reproduite, diffusée par milliers et pourtant peu de gens connaissent l’histoire intime de ce chef d’œuvre…

Peu de gens, même, réalisent qu’ils contemplent, qu’ils admirent en levant les yeux vers la voûte de cette église, (la forme) une représentation de concepts beaucoup plus judéo que chrétiens ! (le fond.), les uns abritant les autres.

Comment en est-on arrivé là ? Par un jeu de circonstances étonnantes.

« Adopté » à l’adolescence par le richissime Laurent de Médicis, Michel-Ange suivit le même enseignement que les enfants de son bienfaiteur et en particulier les cours d’un certain « Pico della Mirandola », (rien que ça !) lui-même plus qu’interpellé par la lecture des textes juifs et l’étude de la Torah.

C’est ainsi que « Pic de la Mirandole » transmit à Michel-Ange sa passion pour le Talmud et la Cabbale… Devenu adulte, Michel-Ange Buonarroti, ce génie incontestable, versé donc en philosophie de l’Art aussi bien qu’en théologie chrétienne ou mysticisme juif, cherchera toujours à être reconnu en tant que sculpteur et non en tant que peintre.

Pourtant, en 1508, le pape Jules II lui ordonna,- sans aucun ménagement et interdiction de refuser,- non seulement de repeindre mais de replâtrer le plafond de la chapelle totalement en ruines. Et voilà notre Michel-Ange, abasourdi, avec pour seule consigne étalée devant lui, une rapide esquisse de la demande sans imagination du pape : un croquis de Jésus et Marie entourés des apôtres…

Fut-ce sa façon de se venger ?

Pour commencer, Michel-Ange réussit à convaincre son « employeur » d’étendre une toile entre lui et les ouailles pour les protéger des risques de recevoir de la peinture ou quelque outil, voire plus grave, sur la tête. Et d’ajouter un autre avantage : l’empêcher de se laisser distraire par les allées-et-venues des fidèles.

Il faut dire qu’il n’avait nul besoin de se justifier : traiter et peindre 3 000 m2, (ce qui en fait la fresque la plus grande jamais réalisée au monde), demandait une séparation, une mesure de sécurité élémentaire. C’est ainsi que pendant quatre années, Michel-Ange, caché de tous, installé comme faire se peut, par 19 mètres de haut, traita d’un thème cher à son cœur, étudié dans son adolescence et fit, délibérément, le choix de glorifier la naissance des hommes, représentés par Adam il y a 5776 ans à la sacralisation d’un seul homme, Jésus il y a 2016 ans. Le peintre génial n’oublia pas d’y ajouter la victoire d’Esther la juive contre Aman, le conseiller du roi de Perse.

C’est ainsi que le pape découvrit sa chapelle décorée presque exclusivement de personnages de l’Ancien Testament si ce n’est, pour évoquer le troisième terme, l’ancêtre, des sibylles païennes et des adolescents complètement nus, dispersés çà et là.…Décrire la stupeur du Pape devant la réalisation de sa commande parait inutile et de toute façon, c’est une autre histoire !

Bely Landerer

Bely Landerer

Avec Bely, Coolamnews vous propose un œil iconoclaste terriblement avide du monde qui l’entoure

Une pensée sur “Le coup de Michel-Ange au Pape dans la Chapelle Sixtine

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    6 janvier 2021 à 11 h 21 min
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    Chère Madame,

    Vous souhaitant le meilleur, je vous félicite de votre article mais, me permets de faire part de ma surprise.
    Jules II, « pape » politique et militaire, n’était il pas un philosemite, entouré de personnalités éclairées, kabbalistes dont Gilles de Viterbe. N’a t-il pas demandé la représentation de Mosche sur son tombeau ?
    Vasari, témoigne de la souffrance de Michel Ange, le seul capable de créer un échafaudage invisible afin de peindre dans une position pénible, corps et cou pliés, une fresque dont l’une des vertus graphiques est d’être  » sculptée  » en apparence et que Raphael voulait absolument voir, insistant auprès de Bramante, l’architecte qui avait les clefs des lieux…
    Sur les Kabbalistes chrétiens, les premiers étaient des Juifs lettrés, d’où l’ adhésion entre les pensées hébreues juives et chrétiennes, charismatiques, humanistes, dignes de ce nom et toutes respectables.
    Sur les concepts et symboles cachés de la fresque de la Sixtine, je me tiens à votre disposition afin de les dévoiler… A l’époque, l’intelligentsia des artistes et mécènes prouvait de l’érudition, comme l’expose l’Histoire de l’Art.
    Après des guerres et violences inouies, les églises se revêtent de saintes familles et d’images véhiculant, en principe, la douceur… Qu’en dites vous svp ?

    Merci de votre attention

    Sylvia

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