L’arrivée chaotique des Marranes en Amérique

Aidés par les Marranes installés au nord du Brésil, les Hollandais purent conquérir en 1624 le nord de ce pays et autoriser les crypto-Juifs à retourner ouvertement au judaïsme. mais ce fut pour une courte période. Car en 1654, les Portugais reconquirent ce territoire et rétablirent l’inquisition.

De nombreux Juifs réussirent à s’enfuir. Notamment​ 23 d’entre eux qui, à bord du navire Sainte Catrina fuyant Récife, accostèrent en Amérique du nord à la Nouvelle Amsterdam. Ils furent très mal accueillis​ par le maire antisémite Peter Stuyvesant. Mais fort heureusement la compagnie Néerlandaises des Indes Occidentales​, son employeur, fit pression. Ainsi fut créée la première communauté Juive fondée dans cette ville qui changera bientôt de nom et s’appellera New York. D’autres petites communautés Juives furent fondées plus tard à Newport en 1677, à Savannah en 1733, à Philadelphie en 1745 et à Charleston en 1750.

C’est en 1763 que la plus vieille synagogue Séfarade d’Amérique du nord, encore existante aujourd’hui fut fondée à Newport (Rhode Island) nommée Touro. Les sermons se font en Espagnol. Il faudra attendre un siècle pour voir arriver des immigrants Juifs d’Allemagne qui introduisirent un judaïsme réformé. Puis quelques années plus tard, jusqu’à la fin du 19ème siècle, arriva un flux continu de Juifs de Russie et des pays d’Europe de l’est qui fuyaient l’antisémitisme et les pogroms.

L’influence des Marranes

Plusieurs descendants des Marranes s’illustreront et deviendront célèbres aux Etats Unis, nous en retiendront deux :

Daniel De Leon 

Né en 1852 à Coro au Venezuela. D’origine Antillo-Néerlandaise, il fut un leader socialiste et syndical Américain. Il participa à la fondation du parti socialiste ouvrier des Etats Unis et sa pensée marxiste fut appelée :marxisme-deleonnism. Son père Salomon De Léon était officier dans l’armée Néerlandaise. A sa mort, il fut enterré dans le célèbre cimetière Juif de Curaçao.

Daniel de Léon fut diplômé d’un « bachelor of laws » du Columbia College et devint procureur à Brownville au Texas, avant de retourner à New York et d’enseigner les sciences politiques à l’université Columbia. En 1883 il part à Curacao pour se marier avec Sarah Lobo issue d’une grande famille judéo-espagnole des Antilles Néerlandaises et du Venezuela. Il décède à New York en 1914 et reste à ce jour comme la figure la plus éminente du socialisme américain.

Emma Lazarus 

Née en 1849. Elle est la fille de Mosés Lazarus et Esther Cardoso, tous deux Juifs sépharades Portugais dont les familles étaient installés à New-York depuis plusieurs générations. Par sa mère, elle est liée à un juge de la cour suprême des Etats Unis, Benjamin N. Cardoso.

Sa judaïcité d’origine sépharade joua un grand rôle dans sa carrière d’écrivain, et l’a influencée dans ses choix politiques et son action publique. Elle étudia dés son plus jeune âge la littérature américaine et européenne et parlait plusieurs langues. Elle écrivait ses propres poèmes et traduisait des auteurs allemands notamment Goethe et Heine. Emma Lazarus écrivit un roman et deux pièces de théâtre. Mais elle est surtout connue pour son poème « the new Colossus » :le nouveau colosse écrit en 1883 et qui​ est gravé sur une plaque de bronze dans une paroi du socle de la Statue de la Liberté à l’entrée du port de New York. Le passage le plus connu de ce poème est dans sa traduction française :

Donnez-moi vos pauvres, vos exténués. Qui en rangs serrés aspirent à vivre libres. Le rebut de vos rivages surpeuplés. Envoyez-moi ces déshérités rejetés par la tempête. De ma lumière, j’éclaire la porte d’or !

Elle a étudié l’hébreu et traduit des poèmes hébreux classiques des grandes figures littéraires de l’âge d’or espagnol. Son œuvre comprend ceux de Juda Halevi et Salomon Ibn Gabirol. Beaucoup de ses traductions furent plus tard incorporées dans des livres de prière standard.

Aider les indigents

Lorsque les réfugiés Ashkénazes affluèrent à New York en hiver 1882, Emma Lazarus ouvrit un centre de réfugiés pour les indigents Juifs. Elle milita activement afin de subvenir à leurs besoins en recevant une éducation technique. Elle est aussi connue comme précurseur du sionisme puisqu’ elle demanda treize ans avant Théodore Herzl, la création d’un foyer Juif en terre sainte. Lazarus commença à utiliser le mot « sionisme » bien avant qu’il ne soit popularisé. Décédée prématurément en 1887, elle est enterrée au cimetière Beth-Olom de Brooklyn.

En mars 2008, elle a été honorée par le bureau du président de l’arrondissement de Manhattan. Sa maison sur la 10ème rue Ouest fait partie du circuit sur l’histoire des droits des femmes et des lieux historiques.

Sépharades en terre d’Amérique

Aujourd’hui les descendants des Marranes ne sont plus très visibles. Les Sépharades aux Etats Unis sont principalement des immigrés Juifs Syriens et moyen-orientaux ainsi que des Juifs d’Afrique du nord installés au 20ème siècle.

Cependant certains habitants du Nouveau-Mexique à Santa Fé, officiellement chrétiens, suivent des traditions judaïques. Ils sont les descendants de Marranes Espagnols. Ceux la même qui ont continué secrètement à pratiquer un judaïsme résiduel. Ces crypto-Juifs avaient gagné la frontière nord de l’empire colonial espagnol où il était plus facile d’échapper à l’autorité de l’église. De même, il devrait exister parmi les nombreux Latinos venus d’Amérique du sud des descendants de Marranes qui eux ignorent majoritairement leur origine.

A la découverte de l’Amérique, un mythe naquit et persista: Les amérindiens seraient les descendants des dix tribus perdues lors de la conquête de Jérusalem par Nabuchodonosor. Mais ceci relève de l’imaginaire de certaines sectes protestantes…

Le Canada, sous administration française fut intolérant et exclut toute présence protestante ou Juive. Ce ne sont que quelques Marranes s’affichant catholiques et cachant leur identité juive qui réussirent à s’installer au Québec. Cependant des Marranes de Bordeaux et Bayonne « nouveaux chrétiens », réussirent à contourner le décret Richelieu de 1627 qui interdisait aux personnes de confession juive de s’enraciner en Amérique boréale. Ce fut notamment le cas du riche Bordelais Abraham Gradis qui développa un commerce florissant avec la Nouvelle-France.

Il faudra attendre la conquête du Canada par l’Angleterre pour que la présence Juive soit enfin officialisée au Canada.

Mon livre sur l’histoire des Marranes est sorti , et peut vous être livré à votre domicile en adressant un chèque de 15 euros (prix du livre port compris) à l’INSTITUT DE RECHERCHES MARRANES : 47, rue du Caire, 75002 Paris, ou par paypal en envoyant 15 euros à [email protected] avec votre adresse postale

Pierre Mamou

Pierre Mamou

Pierre Mamou est né à Tunis qu’il quitte adolescent mais où il garde de nombreux amis et relations.Il choisit une carrière dans le commerce international qui lui permet de voyager dans le monde entier ,notamment en Chine et en Inde,mais sa véritable passion est d’aller à la rencontre des communautés Marranes,ces Juifs Espagnols obligés de se convertir ou de s’exiler il y a 5 siècles.Chaque mois il nous fera un récit historique et racontera ses rencontres d’Amsterdam à Livourne, de la Jamaïque à Goa en Inde à la découverte des communautés Marranes

Une pensée sur “L’arrivée chaotique des Marranes en Amérique

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    2 septembre 2021 à 17 h 48 min
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    Merci pour vos parutions a venir.
    Travail fantastique et oh combien bienvenus.
    A bientôt.
    Yves ATLAN Strasbourg
    De Bougie

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