L’Alyah de France: balagan des chiffres et grille de lecture

Par Binyamin Lachkar

Ces dernières années, l’Alyah de France a grandement augmenté. D’une moyenne d’environ 2 000 olim par an  durant la décennie précédente, le nombre d’olim (nouveau immigrants) est passé à près de 7 000 en 2014 puis 8 000 en 2015 et encore 5 000 en 2016. Cette année, on attend entre 3 et 4 000 olim. Grille de lecture de ces données, parfois contradictoires.

D’abord une précision: il existe des différences dans les chiffres de l’Alyah des Juifs de France suivant les sources. Car tout le monde ne compte pas les olim selon les mêmes critères. Ainsi, les données incluent toujours ceux qui ont fait leur Alyah depuis la France mais parfois pas ceux qui ont changé de statut directement sur place. Néanmoins la principale différence, en particulier entre les chiffres de l’Agence juive et ceux du bureau des statistiques israéliens, découle des différents statuts des olim.

Il en existe trois: l’olé hadash classique, le citoyen olé, et le katin hozer, le mineur qui revient. Les citoyens olim sont les enfants d’Israéliens nés à l’étranger, même si le parent israélien lui-même est un ancien olé revenu dans son pays, tandis que les ktinim hozrim sont nés en Israël mais étaient partis avec leurs parents avant l’âge de 10 ans. Le bureau des statistiques compte tous ces gens-là comme des Israéliens qui reviennent, pas des olim. Au contraire de l’Agence juive et du ministère de l’Intégration. Cela explique les différences dans les chiffres qui représentent quelques centaines de personnes par an.

Chiffres de l’Alyah en baisse: les hypothèses

Commençons par la fin: personne ne sait réellement exactement pourquoi les chiffres de l’Alyah sont en baisse. Il y a plusieurs hypothèses que voici:

  1. Parce que tous ceux qui voulaient faire leur Alyah sont partis. En fin de compte, la plupart des olim viennent du noyau dur communautaire, estimé à 100,000 personnes en 2012. 25,000 personnes ont fait leur Alyah depuis. Sans compter ceux qui sont partis vers d’autres pays. Il ne reste tout simplement plus assez de gens pour entretenir de grosses vagues d’Alyah – qui reste malgré tout à un niveau important. L’Agence juive n’a pas investi d’efforts pour toucher les Juifs du second cercle.  Ils sont plus éloignés de la communauté. L’Agence juive ne s’ait pas comment s’y prendre  et nous voyons maintenant les résultats.
  2. A cause des difficultés d’intégration de la dernière vague d’Alyah qui ont fait peur à ceux restés en France. Tout le monde a entendu parler des problèmes, gonflés en dehors de toute proportion réelle, de « non-reconnaissance des diplômes » – dans la pratique cela ne concerne qu’un tout petit nombre de gens. Ceux qui se plaignent font toujours plus de bruit. Il y a plus d’olim donc plus de gens qui font du bruit. Ceux qui retournent en France – on ne sait pas encore combien pour la dernière vague mais auparavant ça tournait autour de 9% – souhaitent faire porter la responsabilité de leur échec sur l’Etat d’Israël plutôt que de l’assumer et donc se déchaînent aussi. De plus, de nouveaux groupes ont été montés pour défendre l’Alyah de France. Ils utilisent les médias, mènent des combats, légitimes. Mais qui là encore, peuvent donner une fausse impression. Il se peut donc que les échos de tout ceci qui sont revenus aux oreilles des Juifs restés en France en aient fait hésiter plus d’un.
  3. A cause de la situation en France. De façon paradoxale, les attentats de masse qui ont touché la France, loin de donner aux Juifs encore plus l’envie de fuir ce pays, ont réduit leur motivation à partir. Car si auparavant seuls les Juifs étaient touchés, maintenant tout le monde est dans la même galère. Une sorte de solidarité dans la peur s’est créée, et les Juifs se sentent réintégrés dans la nation française après des années d’aliénation. Il est possible aussi que certains espèrent sincèrement que le président Macron va changer les choses.
  4. C’est juste du bruit statistique. Sur le long terme l’Alyah de France va continuer à progresser. On ne peut pas parler d’inversion de tendance avec les données d’un an ou deux. L’Alyah marche par vague, et chaque vague est plus forte que la vague précédente.

Mettre l’accent sur l’Alyah des 18-25 ans

La vérité est sans doute un mélange de toutes ces raisons. Il y a encore, semble-t-il, 450,000 Juifs en France et beaucoup d’entre eux voient Israël comme leur possible maison dans le futur. Chaque année, entre 150 et 200 000 touristes juifs de France viennent en Israël – et pas les mêmes chaque année, ce qui fait que presque tous les Juifs de France sont déjà venus au moins une fois dans leur vie en Israël, et une bonne partie, de nombreuses fois.

Quelques soient les raisons de la baisse du nombre d’olim, il faut continuer en Israël à se battre contre les barrières bureaucratiques qui freinent les olim et aider ces derniers à s’acclimater à un nouveau pays. Surtout, il faut mettre l’accent sur l’Alyah des 18-25 ans. C’est l’âge idéal pour partir et réussir son intégration.

 

Binyamin Lachkar

Binyamin Lachkar

Conseiller au ministère israélien des Sciences. Analyste en politique publique.

Une pensée sur “L’Alyah de France: balagan des chiffres et grille de lecture

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    3 juillet 2017 à 5 h 27 min
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    Excellente analyse, sauf que vous avez oublié d’expliquer comment nous sommes mal reçu au Global Center de Paris… surtout lorsque vous êtes pauvre.
    On ne peut poser aucune question, car lorsqu’on est citoyen olé, les aides et la fiscalité ne sont pas identiques.
    Je me suis retrouvé devant un sale bonhomme qui m’a dit :
    « Israël ne vous attend pas » (depuis il a quitté la France), en revanche il a bien encaissé mes 50 euros et vendu mon e-mail à des milliers de spammeurs.
    Je n’ai pas pu choisir la ville où je voulais vivre… ni ma date d’arrivée.
    Parait-il que vous ne sauvez en priorité que les jeunes de -25 ans et les familles… et que tous les autres peuvent crever en France.
    Est-ce que mon témoignage rentre dans vos stats’ ?
    Une honte.

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