La coalition est sur le point de se disloquer : des élections anticipées sont inévitables

L’hiver trouve sa place à la Knesset où les négociations sur toutes les questions importantes sont gelées. Tout se passe autour de la coalition où l’avenir des hommes et femmes politiques qui la composent va se jouer dans les jours à venir. Il est toutefois difficile de démêler les écheveaux de la pelote de fils que le Premier ministre a volontairement mélangé.

Les personnalités : tout commence avec la ministre de la Justice, Tzipi Livni, qui louvoie entre le désir de porter un coup fatal au Premier ministre et la législation majeure à laquelle elle s’oppose, puis vient Lapid qui est écartelé entre certains des députés de son parti qui veulent quitter le gouvernement, comme Péri, et d’autres qui veulent rester, comme Piron, la ronde se poursuit avec le Secrétaire du Parti Travailliste, Itzhak Herzog, qui se sert de ce désordre pour fomenter la chute de Netanyahou, et se conclut avec le Premier ministre qui se prépare sérieusement à se séparer de ceux qui sont responsables à ses yeux du chaos. Les élections anticipées n’ont jamais semblé plus proches.

Cafétéria 2

La cafétéria de la Knesset a d’ailleurs été ces derniers jours le lieu des toutes les animations politiques. Le ministre des Transports Israël Katz était installé à une table, entouré par les membres du caucus du Likoud, quelques membres de la coalition, que préside Zeev Elkin (Likoud), étaient assis à une table voisine, engagé dans une conversation animée avec d’autres membres du caucus. Le député du Shass Elie Yishai, était assis à proximité, en consultation avec deux de ses confidents. Quant aux fonctionnaires du bureau du Premier ministre et du personnel administratif de la coalition, ils étaient assis autour d’une autre table, attendant que l’orage passe.

Il y a seulement une semaine, ils étaient tous à courir avec frénésie, essayant d’obtenir une majorité étroite mais suffisante pour voter contre les projets de loi introduits par le gouvernement. Mais cette semaine, ils semblent plus détendus, comme s’ils avaient accepté la réalité de leur précarité politique. Les cercles formés dans la cafétéria de la Knesset représentent une image des élections générales, qui semblent se rapprocher de plus en plus. Le point culminant, bien sûr, viendra quand la Knesset votera la fin du Cabinet, alors, la remise en question du pouvoir deviendra inévitable.

knesset

A partir de maintenant, les débats sont suspendus. Le budget de l’Etat n’est plus en discussion, la loi sur la suspension de la T.V.A sur les appartements est gelée, la proposition de loi visant à cimenter le statut d’Israël comme l’Etat-nation du peuple juif est contestée. Tout un temps précieux est gâché par des discussions politiciennes sans fin. Pendant ce temps, c’est un Itzhak Herzog optimiste qui a répondu aux journalistes de la chaîne Channel 10 aujourd’hui : « Je pense qu’il est clair que je représente une alternative à Netanyahou, je crois que je formerai le prochain gouvernement ». Le leader travailliste a appelé à former une coalition centriste avec Yaïr Lapid, Tsipi Livni et Shaul Mofaz.

Les preuves deviennent alors accablantes

Lors d’une réunion sur la question de l’Etat juif avec les membres de la faction Yesh Atid, il a été convenu que les projets de loi parrainés par Zeev Elkin, Ayelet Shaked, et Yariv Levin seraient retirés de l’ordre du jour de l’assemblée plénière, et qu’une nouvelle proposition de loi basée sur le projet du Premier ministre serait proposée. Récemment, cependant, il est devenu clair que certains des 19 députés de Lapid ont leurs propres idées. Son parti est divisé entre ceux qui veulent des élections anticipées, comme Ofer Shelah, le ministre des Sciences et Technologie, Yaakov Peri, et les autres membres qui penchent plus vers la gauche de Yesh Atid, et d’autres qui préfèrent la continuité pour faciliter le mandat du gouvernement actuel et faire en sorte qu’il dure aussi longtemps que possible, comme Piron.

lapid

 En conséquence de la situation, des tensions éclatent au grand jour entre le Premier Ministre Netanyahou et son Ministre des Finances, Yaïr Lapid. Lors d’une conférence de presse vendredi, le Premier Ministre a déclaré que  » la façon donc fonctionne ce gouvernement ne peut plus durer ». Netanyahou a lancé plusieurs piques contre Y. Lapid, notamment contre le projet de loi de TVA à 0% sur les logements neufs « qui coûtera des milliards sans baisser les prix de l’immobilier » et contre le budget proposé par Y. Lapid, accusé de faire peu de cas des besoins de Tsahal.

bennett

Mais les prochaines élections comportent des risques considérables pour Netanyahou. De récents sondages ont montré une baisse de la puissance du Likoud qui diminue ses chances de former le prochain gouvernement. Avant de déclencher ces élections, Netanyahou espère que les partis orthodoxes s’engageront à le soutenir. Toutefois, la décision de dissoudre la Knesset pourrait être prise rapidement par le Premier Ministre. En cause : l’érosion de son parti le Likoud dans les sondages, alors que son Ministre de l’Économie Naftali  Bennett voit son parti prendre de plus en plus d’importance avec le temps. Certains analystes créditent au parti de Bennett, Habayit Hayeoudi, un potentiel d’une vingtaine de sièges. Une campagne réussie dans une Knesset renouvelée. Par contre les temps sont difficiles pour le leader du parti centriste Yesh Atid, une majorité des électeurs de ce parti jugent l’action de Yaïr Lapid « décevante » en temps que ministre des Finances.

religieux

Il serait erroné de mettre ses tensions sur le dos des mauvaises relations entre les principaux acteurs de la coalition, les différences idéologiques sont le fondement même de leurs différends. Dès que se rapprochèrent les primaires du Likoud et que le Premier voulut se montrer un fédérateur implacable, en proposant des lois drastiques sur l’identité juive et le traitement des minorités arabes agissantes, un fossé abyssal est apparu entre les idées progressistes de droite de certains et le visage d’un Israël moins tolérant, moins enclin à la surdité qui a caractérisé l’Etat pendant des décennies.

Netanyahou a déclaré ce matin qu’il ne pouvait plus gouverné avec la coalition qu ‘il avait lui-même choisie. Les orthodoxes deviennent donc la clé de ses prochaines élections et, le sachant, ils en profitent pour faire danser tous ceux qui les approchent. L’incertitude des Israéliens fait par conséquent place à la stabilité apparente, mais cette incertitude va obliger le peuple à faire des choix plus tranchés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *