Juifs orthodoxes, religieux, laïcs. Et si nous vivions tous ensemble ?!

 

En raison du conflit entre religieux et laïc, le «bassin (piscine) de la dispute» à Kiryat Arba fermera ses portes, condamnant ainsi les uns et les autres. (Si proche du 9 av 2018 par Rony Akrich)

Tous ensemble ? Le sujet, qui portait sur un certain nombre d’heures d’ouverture pour le public non religieux, provoqua une levée de boucliers dans les rangs des tenants d’une conduite religieuse plus fondamentaliste. A la demande de certains de ses dirigeants rabbiniques, plusieurs familles décidèrent d’annuler leurs inscriptions à la piscine municipale. Ils préféraient ainsi provoquer la fermeture de l’établissement publique en lieu et place d’un compromis sociétale ou tous pourraient jouir de se possible vivre ensemble.

J’habite cette merveilleuse cite ancestrale depuis 32 ans, je suis fier d’y avoir fait grandir ma famille, d’en être un membre actif et de respirer le même air que mes patriarches et matriarches. Ils et Elles m’ont appris l’Amour, la Justice et la Vérité, ici à Hevron, ville de tous les liens possibles et inimaginables.

Paradoxe ?

Le peuple D’Israël savait respecter ses commandements, et pratiquait la bienfaisance envers autrui, mais en même temps, il était capable de se laisser aller à une haine destructive et arbitraire. Comment comprendre un tel paradoxe? Comment les Juifs pouvaient-ils en même temps étudier la Thora et dispenser cette haine? S’il agissait ainsi, était-ce en raison de carences dans son étude? Comment pouvait-on respecter les mitzvot tout en haïssant l’autre? N’est-il pas écrit: «Tu aimeras ton prochain comme toi-même»? Le peuple avait-il donc omis d’étudier ce conseil? Et lorsqu’il est question de générosité, comment concilier ce trait de caractère avec la haine gratuite?

En fait à cette époque ils percevaient la mitzva d’aimer son prochain à leur façon: ils prétendaient que leurs prochains dont la Tora parle n’étaient que leurs «proches», les gens de leur milieu, de leur groupe, et certainement pas l’ensemble du peuple. Ils croyaient ainsi détenir la science infuse, tandis que les autres étaient dans l’erreur et méritaient la mort. «Etre semblable à moi ou ne pas être», pourrait-on dire en paraphrasant Hamlet. Or la haine gratuite, c’est précisément cette négation de l’autre. Au lieu d’haïr notre prochain, essayons de le reprendre et surmontons notre ressentiment qui est malsain pour tout le monde.

Haine gratuite

J’estime que la haine gratuite est l’excrétion de personnes différentes de soi ou appartenant à un autre courant de pensée que le sien: on ne haït pas de haine gratuite une personne spécifique, mais on peut haïr un groupe de personnes. Pourtant, chaque être humain est différent de l’autre et ce droit à la différence est essentiel.

A l’époque du Second Temple, cette haine, justement des hommes de loi et de foi, était au « nom de dieu », chaque fois que l’on se réclame d’une quelconque cause, on fait tout pour la justifier et la travestir d’une reconnaissance éminente. «L’enfer est pavé de bonnes intentions», dit le proverbe.

Le célèbre historien Flavius Josèphe décrit parfaitement bien l’état d’esprit qui régnait alors: «Pendant la journée, nous luttions contre les Romains et pendant la nuit, nous luttions les uns contre les autres.» Est-il capital d’être un grand dirigeant pour appréhender que la volonté du peuple à se défigurer au-devant de son histoire, amèneraient les Romains a une victoire et à une reddition sans conditions ?

Les trois courants au sein du peuple juif

On distingue ainsi trois courants essentiels au sein du peuple juif: les religieux, les nationalistes et les laïques. Le courant religieux reste préoccupé par la seule étude de la Tora et sa pratique. Le mouvement nationaliste attache une importance primordiale à rétablir une souveraineté juive sur cette terre. Quant au courant humaniste ou laïque, il accorde la priorité aux valeurs humaines, ainsi qu’aux idéaux de la culture et de la moralité, sans tenir compte des préceptes religieux, ni même parfois, du nationalisme juif.

Nous pourrions dire que ces trois courants détiennent tous une parcelle de vérité, mais chacun d’eux croit posséder la Vérité absolue et unique. Chaque courant tente donc, parfois violemment, de convaincre l’autre de la justesse de ses thèses au lieu de s’imprégner des éléments positifs de l’autre.

Qui peut prétendre être parfait ?

Malheureusement, des relents de cette inimitié arbitraire envers ceux qui sont différents de nous subsistent encore. Nul n’est parfait, nous avons tout un chacun la responsabilité d’examiner les tares qui sont en nous, de les fustiger et d’y remédier, tout en révélant et en appréhendons les qualités que possèdent autrui. C’est le cas au niveau individuel et également sur le plan collectif: les nationalistes doivent comprendre le rôle essentiel des mitzvot et les religieux doivent admettre l’importance de l’Etat.

Le Rav Kook estimait qu’aucune collectivité à l’intérieur du peuple d’Israël ne pouvait être parfaite, c’est pourquoi il ne se réclamait d’aucun courant spécifique. Il appartenait à tous les courants et tendances de la nation Hébraïque. Nous aussi, nous devrions pouvoir nous reconnaître au travers tout ce qui est juste, vrai et droit dans en tout mouvement, quel qu’il soit, au sein de notre société plurielle.

Rony Akrich

Rony Akrich

Rony Akrich 62 ans (les Passions d'un Hebreu) enseigne l'historiosophie biblique, il est l'auteur de 3 ouvrages sur la pensee Hebraique et ecrit nombre de chroniques et aphorismes en hebreu et francais. Il est le fondateur du "Cafe Daat" a Jerusalem (une forme d'universite populaire). Il reside a Kiriat Arba en Judee, pere de 7 enfants et 19 petits enfants

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *