Ismaël, Esaü, Israël, une ancienne nouvelle histoire

En ce début du XXIème siècle, le monde semble être dans la tourmente. Le philosophe Onfray prédit la fin de la civilisation occidentale, Éric Zemmour parle du suicide français, les économistes nous promettent une crise financière mondiale exceptionnelle et certains penseurs parlent du grand remplacement en raison de la migration massive d’une population jeune, essentiellement masculine en provenance de pays musulmans.Par le Dr Yehouda DJAOUI

Paradoxalement, le monde occidental se masque la face et affiche un imperturbable déni de la réalité. Par contre, il demeure obsédé par Israël, pas un jour ne passe sans qu’on focalise l’actualité sur le conflit palestino-israélien, sur le statut de Jérusalem et celui des lieux saints musulmans, chrétiens et juifs. Peu importe si la réalité historique impose de dire que ces lieux saints étaient interdits aux Chrétiens et aux Juifs du temps de l’occupation jordanienne illégale, on oublie de souligner qu’ils ne sont redevenus libres d’accès qu’après la renaissance de l’Etat d’Israël. Tous les prétextes sont bons pour délégitimer Israël et pour tenter de spolier une fois de plus les biens juifs.

Dans ce grand chamboulement, les juifs vivants en Israel, contrairement aux juifs encore en exil, affichent dans leur majorité un optimisme inébranlable, une joie de vivre étonnante et bénéficient d’un développement socioéconomique qui étonne les pays qui nous entourent de près comme de loin.

Quel est ce mystère selon la terminologie chrétienne, comment expliquer cette prétention de l’Islam à se croire l’unique et véridique religion et à vouloir islamiser le monde ?

Un conflit Théologique

                                                  « Lisez la Bible, vous y trouverez le commencement et la fin de cette étonnante histoire ». (André Chouraqui)[1]

Le conflit entre l’Islam, l’Occident et Israël se résume-t-il a un simple conflit territorial ou politique selon l’analyse rationnelle frappée au sceau de la laïcité ou serait-il essentiellement un conflit théologique ?

Pour tous les juifs qui étudient les textes sacrés hébreux avec des maîtres intelligents et compétents, cette évidence théologique est enseignée et comprise dès l’enfance. C’est tout simplement la dimension prophétique d’Israël.

Pour tous les juifs érudits, l’étude des comportements d’Ismaël, de Esaü et de Jacob qui deviendra après son combat contre l’ange, Israël permet de comprendre la genèse, le développement et la finalité de ces conflits métapolitiques. J’entends bien les rires des humanistes auto-proclamés qui se moquent de cette analyse biblique hébraïque mais je serai comme Isaac dont le nom en hébreu signifie :il rira,

Pour les Juifs, la Bible hébraïque, le Tanakh [2] n’est pas seulement une « histoire sainte », elle raconte à ceux qui savent la lire, l’histoire de l’humanité, elle dévoile les clefs pour comprendre le présent et l’avenir de l’aventure humaine.

Alors que les religions chrétiennes et musulmanes apparaissent au décours de l’histoire de l’humanité grâce à un fondateur unique, la Bible hébraïque débute par la création du monde et par celle de l’Homme universel, Adam, en hébreu, Adam ha richon.

Quatre niveaux de lecture de la Bible

Il existe en hébreu quatre niveaux de lecture de la Bible : le sens littéral pschat, le sens allusif remez, le sens allégorique drach et le sens ésotérique ou secret sod. Ces différences essentielles ne sont pas décelables dans une traduction quelle qu’elle soit, ce qui explique les erreurs de compréhension, les contre sens, voire les « emprunts » détournés de leurs sens à des fins, parfois peu louables.

Tous les enfants juifs qui étudient la Bible hébraïque connaissent, dès leur plus jeune âge les empires qui ont jalonnés l’histoire d’Israël, l’Egypte, l’empire de Babel, celui des Perses, l’empire Grec puis Romain. Ces empires, qui ont tous opprimés, tués ou exilés le peuple juif, ont disparu aujourd’hui, alors que le peuple juif sorti de la nuit de l’exil étonne le monde par sa vitalité retrouvée.

Le christianisme et l’islam se veulent des religions universelles qui s’imposent à tous les hommes, quelles que soient leurs différences. Par contre, le judaïsme est une religion « universaliste », qui dans « sa conception du salut pour les hommes, propose à l’universel humain une place, sans pour autant s’impose comme telle à tous ».[3]

Par essence, la doctrine de l’Islam est exclusive : « L’Islam n’est pas venu au monde pour exister à côté d’autres religions, comme égal entre égaux, mais pour les remplacer ».[4]

Selon l’Islam, la Bible hébraïque ne serait qu’un texte falsifié et abrogé et les personnages juifs et chrétiens de la Bible sont dans le Coran, considérés comme des prophètes mais des prophètes musulmans !

Le conflit théologique entre l’Islam et Israël, est encore plus aigu qu’avec le christianisme. Les Juifs qui reviennent en Israël, représentent, aux yeux de l’Islam, une double offense. En prenant les armes, ils osent se révolter contre leur statut de dhimmis[5]et en retournant sur la terre d’Israël, les Juifs profaneraient le Dar al Islam  parce que cette terre fut, conquise par l’Islam, au cours de l’histoire!

Quand l’occident s’éveillera

En hébreu, on dit : « maassé avot simane la banime», ce qui veut dire : «les actions de nos Patriarches (et Matriarches) sont des signes (ou des indications) pour les enfants». Encore faut-il le savoir et surtout comprendre ce langage symbolique et ésotérique.

Dans la Bible hébraïque on apprend qu’Esav (Esaü), la figure emblématique de ce qui sera le Christianisme, se maria tout d’abord avec Yehoudit bat Beeri dont le nom veut dire en hébreu, « Judith la fille de mon puits » (Genèse chapitre XXVI, verset 34).  Mais sous ce nom apparemment parfaitement hébreu se cache en réalité une fille cananéenne. Ce subterfuge a permis à Esav de se marier sans contrarier son grand-père Abraham, qui n’aurait pas accepté que son petit-fils épousa une étrangère.  Plus loin, au chapitre XXVIII, versets 9 de la Genèse, on lit : « Alors Esav alla vers Ismaël et prit pour femme Mahalat, fille d’Ismaël, fils d’Abraham, sœur de Nevayot, en plus de ses premières femmes ».

Selon certains Sages de la tradition hébraïque, ces deux mariages d’Esav préfigurent, pour le premier, la période dite judéo chrétienne pendant laquelle la chrétienté a voulu se parer du nom de Nouvel Israël ; quant à la deuxième période, elle correspondrait à la situation actuelle où l’on a assisté à un certain rapprochement, voire une connivence entre l’Occident chrétien et l’Islam.

Une fadaise, un présage ou bien une prophétie.

Mais, c’est la suite qui est étonnante, Esav se sépara aussi de la fille d’Ismaël et il se révolta de façon très cruelle contre les enfants d’Ismaël…….

Doit-on y voir une possible réaction violente d’un Occident excédé d’être dupé par ceux qu’il a accueillis généreusement ?

Chacun selon ses convictions, pourra considérer ce commentaire de la Thora comme une fadaise, un présage ou bien une prophétie.

 Lorsque le prophète parle, il dit ce que Dieu dit de l’homme, alors que lorsque le philosophe parle, il dit ce que l’homme pense de Dieu ».Ouri Cherki [2]

 


 

[2]  Jérusalem, de la division à l’unité. Editions Ivriout. Collection Pensée juive et identité.

[1] Editions PUF

[2] Le Tanakh est composé du Pentateuque, des Prophètes et des Hagiographes

[3] Léon Ashkénazi. La parole et l’écrit. Albin Michel

[4] Mordechai Kedar. A Jewish and Non-Legitmate State. BESA Center, Perspectives. No 87, 28 juillet 2009

[5] Le statut de dhimmi s’applique aux Chrétiens et aux Juifs n’ayant pas reconnu Allah et Muhammad. Selon la doctrine de l’Islam, les Chrétiens et les Juifs doivent être humiliés et abaissés pour être protégés !

[6]Jérusalem, de la division à l’unité. Editions Ivriout. Collection Pensée juive et identité.

 

Yéhouda Djaoui

Yéhouda Djaoui

Ecrivain israélien. Auteur des livres - Israël, la paix et les médias. Editions Brit Chalom 1998. - Le temps des confusions. Editions Le Manuscrit 2006. - Israël miroir du monde. Editions Persée 2009. - Quand l’Occident s’éveillera…Editions Persée 2012 -Amnésie internationale. Editions Persée 2014.

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