« Il nous reste un espoir, mais il ne faut pas le gâcher »

Les dernières semaines n’ont pas été faciles pour le rabbin Noam Lousky de la synagogue David Ben Ichay, dans le 19ème arrondissement de Paris. Juste avant Noël, des vandales ont tiré des coups de feu vers la synagogue. C’était le quatrième incident de toute une série d’événements en France, mais la communauté juive n’a pas voulu faire de tapage. Ces coups de feu qui ont été tirés avaient peut-être pour but de nous préparer à ce qui est arrivé en France la semaine dernière.

A l’entrée de la synagogue, on peut encore voir des preuves de la fusillade. « Nous allons remplacer le verre très bientôt », a déclaré Lousky. « Nous n’avons toujours pas abandonné, mais les vies des quatre victimes juives assassinées dans le supermarché casher ne peuvent être oubliées. » Quand il parle des victimes, Lousky pleure. Il connaît très bien l’une des victimes de l’attaque, Phillipe Barham, ils étaient proches. Yoav Hattab avait lui-aussi 22 ans, comme son fils qui étudiait dans une yeshiva à Marseille avec lui. Il connaissait même un employé du supermarché, un bon ami de la famille.

benja;in hattabLe Rav Benjamin Hattab, (à droite)

Lorsque le Shabbat a commencé vendredi soir, il ne savait pas ce qui allait lui arriver. Le jour du Shabbat, les Juifs sont censés être heureux. Mais Shabbat dernier, ce n’était pas facile d’être heureux, même pour un rabbin. Surtout pour un rabbin en France. « Bien sûr, il pouvait s’agir d’une folie meurtrière. Mais quatre incidents les uns après les autres ? Tout le monde est devenu fou, demande Lousky ?

Interrogé pour savoir si les Juifs de France devraient cesser de se sentir en sécurité, il a répondu, « Vous me posez une question difficile. Je ne suis pas président et je ne suis pas ministre de la Défense, mais je crois que les choses sont difficiles pour les Juifs. » Il a rappelé qu’un jour avant l’attaque de Charlie Hebdo, les Juifs français avaient demandé une sécurité accrue dans les institutions juives.

Le président français François Hollande a accueilli les dirigeants de la communauté juive de France à l’Elysée avant la manifestation de dimanche. S’adressant aux dirigeants de la communauté, y compris au président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Roger Cukierman, Hollande a dit qu’il ferait tout son possible pour protéger les Juifs de France, même si cela signifiait qu’il impliquerait l’armée. Il y a une présence policière accrue près de chaque synagogue et  de chaque école juive, et Hollande s’est engagé à protéger la communauté, non seulement en tant que Juifs, mais en tant que partie du peuple français.

alya

L’Agence Juive a organisé une exposition spéciale dans le 12ème arrondissement destinée surtout aux adultes âgés de 55 ans et plus qui envisagent d’immigrer en Israël. Daniel Benhaim, directeur de l’Agence Juive en France, est heureux de la croissance de l’immigration en Israël. Il y avait 7.000 immigrants français en Israël en 2014 et on en prédit 10 000 pour 2015 – avant l’attaque du supermarché –  .

Des centaines de personnes sont arrivées à l’exposition, tôt le matin, et notamment des jeunes. « En raison de la situation, les jeunes gens sont venus ainsi », a déclaré Benhaim. Nous lui avons demandé pourquoi des centaines de milliers de Juifs choisissent de rester en France et il a répondu: «C’est une question d’habitude. En outre, il n’est pas si simple de simplement ramasser ses affaires et de partir. »

J’ai continué: « Qu’en est-il de ceux qui viennent, pourquoi veulent-ils y aller? » Benhaim a répondu: « Il y a trois raisons que vous devez comprendre : d’abord, la France est en train de perdre son caractère judéo-chrétien, deuxièmement, la menace à leur propre sécurité et, troisièmement, la crise économique. Tous ces facteurs font que les Juifs veulent s’installer en Israël. J’ai retenu les mots d’une femme qui est venue avec sa fille et qui m’a dit: « Il nous reste un espoir, mais il ne faut pas le gâcher. »

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