Gauche-droite, religieux-laïcs : Où est le respect ?

Respecter le frère c’est vraiment utile. Les réseaux sociaux nous apportent des informations intéressantes sur nos concitoyens, amis voire pas du tout amis. Peu de gens prennent le risque de se découvrir, en rédigeant eux-mêmes des textes impliquant une position. Trop exposés aux critiques. En revanche, beaucoup ont le « courage » de contredire, d’insulter, de salir, sur la base d’un simple paragraphe-ou deux- souvent assez indolore. Où est le respect ? Par José Boublil

Mon propos ici est de parler d’un énorme sujet de morale générale. Je l’adresse aux juifs pour me simplifier la vie mais les non-juifs sont concernés au même titre. Ainsi, nous avons tous des convictions, politiques ou religieuses et même artistiques. Nous avons sans doute le droit de ne pas être ouvert aux quatre vents, mais considérer que l' »autre » n’a absolument pas le droit d’avoir une opinion qui diverge de notre vision me semble terrible.

Prenons le cas simple de la croyance en Dieu et ses conséquences. Je vois d’un côté des amis, certains très cultivés, brillants, qui estiment que ceux qui croient sont des idiots. Les idiots qui eux pensent que les non-croyants sont à la fois des idiots ET des méchants. Oui, je sais, ce que j’explique est puéril.

Seulement quand un type dit « tu es un âne, évidemment que Dieu existe », ça me laisse pantois ; surtout lorsqu’on sait l' »évidence limpide » du sujet… Je peux rire?

La grande dispute entre les non-religieux et les « haredis »

Un autre thème récurrent est celui de l’irrespect absolu des convictions personnelles ou des modes de vie de certains. Prenons la grande dispute entre les non-religieux et les « haredis », ces fameux super orthodoxes portant chapeau et costard trois pièces ; ou contre les divers groupes hassidims de Mea Shearim ou d’ailleurs. Ça commence avec le reproche que ces religieux ne font pas l’armée, refusent de protéger le pays, de l’aider. Et puis, une proportion considérable ne travaille pas, et se limite à étudier la Thora à temps-plein. Symétriquement, ces religieux considèrent les non-religieux/non-croyants comme des « rechayims »(méchants), qui n’ont aucun engagement juif, aucun droit au monde futur en somme. Souvent, ils estiment que ces laïcs sont des goys.

Le sujet pourrait s’arrêter là, mais je pousse le raisonnement d’un cran : aujourd’hui ce monde religieux est, en moyenne, à cause du refus de travailler, à cause des aides qui ont baissé de façon drastique à l’initiative de Bibi, à cause de leur très bas niveau d’études hol (profanes), dans un état de pauvreté insupportable.

Et j’entends « ils n’ont qu’à se débrouiller seuls pour bouffer. Ou travailler. Et que leurs enfants fassent l’armée ». Pourtant, je croyais qu’on devait faire les choses dans le bon sens: d’abord , on les aide à bouffer, puis on discute pour les convaincre de travailler, voire de faire l’armée ou un service civil.

Un enfant qui ne mange pas à sa faim

Quoi, chez nous on regarderait si le mec est blanc ou noir? S’il est circoncis ou pas? S’il prie Dieu ou pas pour les sauver ? Je vous le dis sincèrement, et même si je sais que parfois, en rentrant à Mea Shearim, certains se disent que je suis Goy à cause de mon look et de ma kippa fine et tricotée : je dois les sauver et s’ils sont idiots -qui sait?- je les sauve quand même.

Pour ceux qui doutent, je les inviterais à mieux comprendre la situation en croisant un enfant, cent enfants, qui vont à l’école sans manger tous les jours, et ce jusqu’à 16 heures, dont les chaussures sont éventrées et qui n’ont pas les moyens de porter des caleçons. Dites-leur qu’ils crèvent puisque leur père ne veut pas travailler. Je ne fais pas ça, car ces disputes n’ont pas de sens: on permet de manger après on philosophe les amis.

Le sectarisme, lorsqu’il n’autorise même pas la place au Hessed est un pur fascisme. C’est pareil en politique, les limites étant toujours les mêmes: il est indispensable de se  violer-ou pas- pour respecter les opinions d’autrui, à condition qu’elles ne mettent pas en danger notre vie de façon claire. En Israël, par exemple, je n’imagine pas de considérer n’importe quel démocrate des grands partis comme des salauds; car chacun a le droit d’aimer Israël à sa manière.

Le « héros » du 17e arrondissement

Lorsque je vois un petit facho français en herbe, qui vient d’arriver de Paris 17è, n’a pas fait l’armée, et a fait du krav maga en pensant que ça le rend un héros, expliquer que toute la gauche du pays, y compris les gens qui ont fondé Israël, est constituée de traitres (mesurez la gravité) ça me laisse sans voix. Faut-il attribuer cette hérésie à un QI très défaillant, ou à une prétention extrêmement dangereuse.

Il est urgent de revenir à l’une des missions d’Israël: la recherche de la justice et de la vérité. Non pas comme des choses qu’on impose mais comme des tâtonnements délicats et des échanges entre des expériences différentes. Si un homme déteste à ce point les chapeaux noirs qu’il se souvienne que Dieu les a créés aussi « Betselem Elokim ». S’il est athée, qu’il sache que comme nous respectons nos frères de toutes les couleurs de peau. Il faudrait en faire de même pour toutes les couleurs de costumes.

Et si un homme déteste l’existence de son propre pays, Israël, on peut lui suggérer l’intérêt urgent d’aller poursuivre sa vie dans la campagne Toscane ou Normande….

José Boublil

José Boublil

Chef d’entreprise dans les nouvelles technologies, ancien associé du cabinet Deloitte, sioniste convaincu.

Une pensée sur “Gauche-droite, religieux-laïcs : Où est le respect ?

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    6 mai 2018 à 10 h 18 min
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    j’adhère tout à fait à l’esprit de ce message authentiquement humaniste et tellement conforme à l’esprit du judaïsme : 2 petits divrei thora personnels : sédèq , sédèq tirdof : justice justice tu poursuivras ! et non tu atteindras (tassig) ! il n y a pas de justice absolue ! chacun voit la justice à sa porte . la vérité se dit émèt : les trois lettres alèf mèm tav sont les plus éloignées l’une de l’autre : comme pour nous montrer la grande difficulté à atteindre cette valeur , tout comme la justice …toutes deux associées dans le couple émèt va sédèq . cela devrait nous inviter , nous juifs en particulier à un peu de modestie quant à la certitude de détenir la vérité et à la prétention de définir la justice .

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