Fils de pétainiste : Gérard Garouste ou la folie maîtrisée d’un génie

 

Peintre incontournable, cet iconoclaste s’offre la délectation de trois expositions qui se tiendront simultanément ce printemps à Paris à ne rater sous aucun prétexte :

L’une aux Beaux-Arts sur le thème de la Divine Comédie de Dante, une autre à la Galerie Templon à propos du Talmud et la dernière au Musée de la Chasse et de la Nature autour du Mythe de Diane et Actéon. Trois expositions, un seul titre : « Zeugma ».

Mais par laquelle choisir de commencer quand la folie domine et l’œuvre et son auteur ? Comment poursuivre la quête de cet être qui n’est que fusion insensée issue d’un temps révolu plus vivant que jamais ?

Comment appréhender ce génie créatif et sa folie destructive, cet homme partagé entre diable et bon dieu ?!  Car Gérard Garouste est tout cela et beaucoup plus encore.

Fils d’Henri Auguste Garouste, un antisémite et pétainiste convaincu, il exprimera comme dans une vision prémonitoire qu’ « être fils d’un antisémite déclaré quand on est né après la Shoah, il y a de quoi devenir fou » !

Comme beaucoup d’autres dans son cas il prendra vite le contre-pied de ce contexte et ses copains de pension seront des Patrick Modiano, Jean-Michel Ribes, François Rachline. Plus tard, faut-il s’en étonner, c’est une Elisabeth juive, dont les ascendants polonais sont morts à Auschwitz, qui deviendra « le pilier de son existence » !

A l’école des Beaux-Arts de Paris, il découvrira Marcel Duchamp qui lui apprendra les aspects les plus traditionnels de la technique picturale. Puis auprès de restaurateurs de peinture ancienne, il étudiera la chimie, ce qui lui permettra de broyer lui-même ses couleurs.

Il trouve sa voie dans l’apprentissage de l’hébreu et dans l’étude des textes sacrés

Le voilà sur les rails : Sa première exposition aura lieu en 1969. Suivront mille autres en France et à l’étranger, notamment dans les galeries Léo Castelli à New York, la Villa Médicis à Rome, le Centre Pompidou, ou, la liste n’est pas exhaustive, au Musée d’art et d’histoire du judaïsme à Paris.

Ainsi donc, ce fils d’antisémite trouvera sa voie dans l’apprentissage de l’hébreu et dans l’étude des textes sacrés, (comme il le racontera lors d’une visite au musée d’Israël où il découvre les manuscrits de la Mer Morte), au point qu’il finira par se convertir.

Ce qui amènera Garouste à se portraitiser le plus souvent sous la forme d’un héros biblique, d’un mystérieux animal ou d’un malade, alternant folie destructrice et génie créatif dans de mystiques images subliminales issues du Talmud, des fables de La Fontaine et des contes de la tradition ashkénaze.

1970:  première crise

C’est à la naissance de Guillaume, son fils aîné, au début des années 1970, que Garouste fera sa première et réelle crise sérieuse. Il est alors interné à l’hôpital psychiatrique de Villejuif et diagnostiqué « maniacodépressif », puis « bipolaire ».

Dans les années 1980, alors qu’il travaille aux décors du Palace, il est à nouveau interné. Un internement suivi de dix longues années de dépression. Mais peu à peu, grâce à la sollicitude et la patience de sa femme, Garouste apprendra à gérer ses crises et à dompter comme faire se peut sa « folie ».

2017: il entre à l’Académie des beaux-arts

Parallèlement à son œuvre, Gérard Garouste créé en 1991 l’association « La Source » dont il est le Président. Elle se veut pouvoir proposer aux jeunes en difficultés, (il sait de quoi il parle), de retrouver une image positive d’eux-mêmes par le biais de toutes les expressions artistiques qu’elles soient du domaine de la peinture, la sculpture, la photo, le théâtre, la chorégraphie, l’écriture ou la musique,.

Homme hors du commun, on ne lui souhaite que le meilleur, que tout soit bien qui finit bien :

Bon début : Elu le 13 décembre 2017 à l’Académie des beaux-arts au siège de Georges Mathieu, notre fantastique artiste attend tranquillement la parution de sa distinction au Journal officiel pour se réjouir de la vie simplement sans états d’âme….

Bely Landerer

Bely Landerer

Avec Bely, Coolamnews vous propose un œil iconoclaste terriblement avide du monde qui l’entoure

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